Dr Luc Kopel
Dr Luc Kopel

Dr Luc KOPEL

Chirurgien spécialiste de la main et du membre supérieur

"Mes mains, au service des vôtres"

La chirurgie de la main nécessite précision, expertise et un plan thérapeutique adapté à chaque patient.

Je prends en charge les pathologies nerveuses, tendineuses, articulaires et traumatiques de la main, du poignet, du coude et de l’épaule, par des techniques mini-invasives, microchirurgicales et arthroscopiques.

Domaines de prise en charge

Un catalogue détaillé des pathologies les plus fréquentes de la main et du membre supérieur : présentation, symptômes, diagnostic et options de traitement.

Chirurgie de la main

Main

Nerfs et compressions

Syndrome du canal carpien
Présentation

Le canal carpien est un tunnel étroit situé à la face palmaire du poignet, délimité par les os du carpe et un ligament épais (le ligament annulaire antérieur du carpe). Il livre passage au nerf médian, qui assure la sensibilité du pouce, de l'index, du majeur et de la moitié de l'annulaire, ainsi qu'une partie de la motricité du pouce. Le syndrome du canal carpien correspond à une compression de ce nerf à l'intérieur du tunnel. C'est, de très loin, la neuropathie de compression la plus fréquente au niveau de la main.

Symptômes

Les premiers signes sont des fourmillements (paresthésies) et des engourdissements des trois premiers doigts, souvent nocturnes, réveillant le patient et soulagés en secouant la main. Avec le temps peuvent apparaître des douleurs irradiant vers l'avant-bras, une maladresse, puis une perte de force pour les gestes de pince (tenir un objet, boutonner une chemise) et, dans les formes évoluées, une fonte du muscle situé à la base du pouce (amyotrophie thénarienne).

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique : reproduction des fourmillements en percutant le nerf au poignet (signe de Tinel) ou en maintenant le poignet fléchi (test de Phalen), associée à un questionnaire validé (score CTS-6). Selon les recommandations 2024 de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS), ce score clinique suffit souvent à poser le diagnostic, sans qu'un électromyogramme (EMG, test mesurant la conduction nerveuse) ou une imagerie soit systématiquement nécessaire, ce qui évite des examens inconfortables et coûteux inutiles.

Traitement

En première intention, on propose une attelle de repos nocturne et une adaptation des gestes répétitifs. Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager temporairement mais les recommandations AAOS 2024 soulignent qu'elles n'apportent pas de bénéfice durable, tout comme les injections de plasma riche en plaquettes (PRP), qui ne sont plus conseillées en routine. Lorsque les symptômes persistent, s'aggravent ou qu'une perte de force apparaît, la chirurgie devient l'option la plus efficace et durable.

Chirurgie

L'intervention consiste à sectionner le ligament qui comprime le nerf, afin de lui rendre de l'espace : c'est la « neurolyse » du nerf médian. Elle peut être réalisée à ciel ouvert (mini-incision) ou sous endoscopie, les deux techniques donnant des résultats comparables à long terme selon l'AAOS. Elle se fait le plus souvent sous simple anesthésie locale, en ambulatoire, parfois même au cabinet. Une kinésithérapie systématique n'est pas nécessaire après l'opération, et de simples antalgiques (paracétamol, anti-inflammatoires) suffisent à gérer les suites. Les fourmillements nocturnes disparaissent en général très rapidement, la récupération de la sensibilité fine et de la force étant plus progressive.

Sources : American Academy of Orthopaedic Surgeons, Management of Carpal Tunnel Syndrome — Clinical Practice Guideline, mise à jour 2024 ; Kadhum et al., Improved Agreement With AAOS Clinical Practice Guidelines on Carpal Tunnel Syndrome, 2022 (PubMed).

Syndrome du canal de Guyon (compression du nerf ulnaire au poignet)
Présentation

Le canal de Guyon est un petit tunnel situé à la face antérieure et interne du poignet, entre deux reliefs osseux (le pisiforme et l'apophyse du crochu). Il livre passage au nerf ulnaire (ou cubital) et à l'artère ulnaire. Sa compression peut être due à un kyste synovial (la cause la plus fréquente), une fracture de l'apophyse du crochu de l'hamatum (fréquente chez les cyclistes et sportifs de raquette), un appui répété sur le talon de la main (cyclisme, bricolage, usage d'outils vibrants) ou une anomalie de l'artère ulnaire.

Symptômes

Le tableau associe des fourmillements et un engourdissement du petit doigt et de la moitié interne de l'annulaire, en respectant en général la paume et le dos de la main (contrairement à une atteinte du nerf ulnaire au coude). Selon la partie du nerf touchée, une faiblesse des petits muscles de la main peut s'installer, entraînant une perte de force pour écarter les doigts ou une maladresse dans les gestes de pince fine, parfois jusqu'à une déformation en griffe dans les formes sévères et négligées.

Diagnostic

L'examen clinique recherche la reproduction des symptômes par la percussion du canal (signe de Tinel), évalue la force des muscles de la main et la sensibilité. Un électromyogramme permet de localiser précisément la compression et de la différencier d'une atteinte au coude. Une échographie ou une IRM est utile pour rechercher une cause compressive (kyste, fracture, anévrisme de l'artère ulnaire).

Traitement

Pour les formes légères à modérées évoluant depuis moins de trois mois, l'étude européenne multidisciplinaire HANDGUIDE recommande un traitement conservateur : port d'une attelle de poignet en position neutre la nuit pendant plusieurs semaines, éviction des appuis répétés (réglage du guidon pour les cyclistes), rééducation par glissements nerveux. Les anti-inflammatoires et les infiltrations de corticoïdes n'ont, en revanche, pas démontré de bénéfice selon cette même étude. Au-delà de trois mois d'évolution, en cas de symptômes modérés à sévères ou de lésion causale identifiée, la décompression chirurgicale est recommandée.

Chirurgie

L'opération consiste à ouvrir le canal de Guyon pour libérer le nerf et à traiter la cause lorsqu'elle est identifiée (ablation d'un kyste, résection d'un fragment osseux fracturé). Chez les sportifs présentant une fracture de l'apophyse du crochu, la simple ablation du fragment donne d'excellents résultats, avec une reprise du sport en trois à quatre semaines. En cas d'atteinte artérielle symptomatique, un geste vasculaire peut être associé. Les suites sont généralement simples, avec une rééducation adaptée si nécessaire.

Sources : Jager et al., How to treat Guyon's canal syndrome? Results from the European HANDGUIDE study, 2013 (PubMed) ; StatPearls, Guyon Canal Syndrome, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 ; Chen et al., Influential factors of surgical decompression for ulnar nerve neuropathy in Guyon's canal, 2021 (PubMed).

Syndrome du tunnel radial (compression du nerf interosseux postérieur)
Présentation

Le nerf interosseux postérieur est la branche profonde et motrice du nerf radial ; il chemine dans l'avant-bras à travers un muscle, le supinateur, au niveau d'un défilé appelé « arcade de Frohse ». Sa compression à cet endroit donne deux tableaux différents selon le degré d'atteinte : le syndrome du tunnel radial, où domine la douleur sans déficit moteur franc, et le véritable syndrome du nerf interosseux postérieur, où une paralysie motrice s'installe. Ces deux situations sont parfois confondues avec une épicondylite latérale (« tennis elbow »), avec laquelle elles peuvent d'ailleurs coexister.

Symptômes

Dans le syndrome du tunnel radial, le patient ressent une douleur profonde de la face externe de l'avant-bras, sous le coude, aggravée par la préhension, l'extension du poignet ou la rotation de l'avant-bras. Dans le syndrome du nerf interosseux postérieur proprement dit, la douleur s'efface progressivement au profit d'une faiblesse, voire d'une impossibilité d'étendre les doigts et le pouce, avec un poignet qui part en déviation externe à l'extension (car le muscle qui l'étend en ligne droite est épargné) ; il n'y a en revanche aucun trouble de la sensibilité, ce nerf étant purement moteur à ce niveau.

Diagnostic

Le diagnostic reste avant tout clinique : douleur reproduite à la pression environ quatre centimètres sous le coude, ainsi que par la mise en tension du nerf (extension résistée du majeur, supination résistée). D'après une revue systématique récente portant sur ce sujet, la valeur de l'électromyogramme reste débattue et inconstante d'une étude à l'autre. Une IRM ou une échographie est demandée en cas de suspicion de lésion compressive sous-jacente (kyste, lipome), en particulier devant une véritable paralysie.

Traitement

Le traitement de première intention est non chirurgical : adaptation des gestes en cause (éviter la répétition d'extension du coude associée à la pronation de l'avant-bras), anti-inflammatoires, attelle de repos amovible. Une infiltration locale de corticoïdes dans le tunnel radial peut apporter un soulagement notable, une étude rapportant une résolution complète de la douleur chez 72 % des patients à six semaines. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ce traitement conservateur bien conduit, ou d'emblée en cas de paralysie motrice vraie, surtout si une lésion compressive est identifiée à l'imagerie.

Chirurgie

L'intervention consiste à libérer le nerf interosseux postérieur sur tout son trajet à travers le supinateur, en levant l'arcade de Frohse et les brides fibreuses responsables de la compression, et à retirer une éventuelle lésion causale. Les taux de succès rapportés dans la littérature sont plus modestes que pour d'autres syndromes canalaires (de l'ordre de 60 à 70 %), et la récupération, notamment motrice, peut demander plusieurs mois, parfois jusqu'à 9 à 18 mois, le temps que le nerf se régénère.

Sources : Naam & Nemani, Radial Tunnel Syndrome, Orthopedic Clinics of North America, 2021 (PubMed) ; revue systématique, Diagnosis and Treatment of Posterior Interosseous Nerve Entrapment, Acta Ortopédica Brasileira, PMC, 2017 ; StatPearls, Radial Tunnel Syndrome, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023.

Névrome post-traumatique (névrome d'amputation / névrome digital)
Présentation

Un névrome n'est pas une tumeur mais une repousse désorganisée des fibres nerveuses après la section complète ou partielle d'un nerf, qu'elle soit accidentelle (traumatisme, plaie) ou chirurgicale (amputation d'un doigt). Les extrémités des fibres nerveuses, au lieu de retrouver leur cible initiale, forment un petit nodule fibreux et hypersensible. Cette situation est particulièrement fréquente au niveau des nerfs digitaux, très superficiels et exposés lors des traumatismes de la main et des amputations partielles de doigt.

Symptômes

Le maître symptôme est une douleur localisée, souvent décrite comme une décharge électrique ou une brûlure, déclenchée ou aggravée par le simple contact, le froid, ou l'appui (par exemple au bout d'un moignon d'amputation). On retrouve un signe de Tinel très net : la percussion de la zone reproduit exactement la douleur ressentie par le patient. Une hypersensibilité au toucher (allodynie) peut gêner considérablement les gestes du quotidien et l'usage d'une prothèse le cas échéant.

Diagnostic

L'examen clinique, avec la recherche du signe de Tinel et la palpation d'un nodule sensible, oriente fortement le diagnostic. Un bloc anesthésique local (injection de lidocaine) au site suspect, qui fait disparaître temporairement la douleur, permet de confirmer que le névrome en est bien responsable. Une échographie ou une IRM peut visualiser le névrome et écarter d'autres causes de douleur du moignon ou du doigt.

Traitement

Le traitement débute par des mesures non chirurgicales : désensibilisation par massages du moignon, percussions douces, stimulation électrique transcutanée (TENS), en lien avec un kinésithérapeute spécialisé de la main. Sur le plan médicamenteux, les molécules à visée neuropathique (gabapentine, prégabaline), certains antidépresseurs (amitriptyline, duloxétine) et les traitements locaux (patchs de lidocaïne, capsaïcine) peuvent réduire significativement la douleur. Lorsque ce traitement conservateur échoue et que le retentissement fonctionnel est important, la chirurgie est discutée.

Chirurgie

Plusieurs techniques, validées par une revue systématique récente, peuvent être proposées selon la localisation et le contexte : la réparation directe du nerf lorsque cela est possible (jusqu'à 84 % de patients soulagés dans certaines séries), la transposition de l'extrémité nerveuse dans un muscle, une veine ou l'os pour la mettre à l'abri des chocs, l'interface nerveuse périphérique régénérative (RPNI), qui consiste à implanter le nerf dans un greffon musculaire libre (environ 85 % de bons résultats rapportés), ou encore la réinnervation musculaire ciblée (TMR), particulièrement intéressante chez les patients amputés puisqu'elle prévient la formation du névrome tout en améliorant le contrôle d'une éventuelle prothèse. Le choix de la technique est adapté à chaque patient par le chirurgien.

Sources : Shadid et al., Surgical Management of Digital Neuromas: A Systematic Review of Techniques, Outcomes, and Pain Relief, Hand, 2026 (PubMed) ; Management of digital neuromas: an update on current nonoperative and operative interventions, Plastic and Aesthetic Research, 2023 ; Maslow et al., Digital Nerve Management and Neuroma Prevention in Hand Amputations, Hand, 2023 (PubMed/PMC).

Tendons et maladie de Dupuytren

Doigt à ressaut (ténosynovite sténosante)
Présentation

Le doigt à ressaut est une pathologie fréquente qui touche le système des tendons fléchisseurs, ces cordages qui permettent de plier les doigts. Autour de chaque tendon fléchisseur, une gaine (une sorte de tunnel fibreux) le maintient plaqué contre l'os. Lorsque le tendon s'épaissit ou que la poulie d'entrée de ce tunnel (appelée poulie A1, située à la base du doigt) se rétrécit, le tendon a du mal à glisser librement. Il se bloque puis se débloque brutalement, provoquant le fameux « ressaut ». Cette affection touche préférentiellement les femmes entre 50 et 60 ans, les diabétiques et les personnes exerçant des activités manuelles répétitives.

Symptômes

Le patient décrit un doigt qui « accroche » ou se bloque en flexion, avec un ressaut douloureux au moment où il se débloque, parfois avec l'aide de l'autre main. Une petite boule douloureuse (nodule) est souvent palpable à la base du doigt, dans la paume. La raideur est plus marquée le matin. Dans les formes évoluées, le doigt peut rester bloqué en flexion (blocage complet).

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : l'examen du chirurgien, qui recherche le nodule et le ressaut lors de la flexion-extension du doigt, suffit dans la grande majorité des cas. Aucune imagerie n'est indispensable, mais une échographie peut être utile en cas de doute diagnostique ou pour visualiser l'épaississement de la poulie A1.

Traitement

En première intention, on propose une adaptation des activités, éventuellement une attelle nocturne, et surtout une infiltration de corticoïdes au niveau de la poulie A1, qui reste le traitement de référence en première ligne : les études récentes confirment un taux de succès significatif, en particulier pour les formes peu évoluées, même si le risque de récidive existe et peut justifier une seconde infiltration. Lorsque les infiltrations échouent ou que le blocage est sévère et ancien, la chirurgie devient l'option recommandée, avec un taux de guérison proche de 95 %.

Chirurgie

L'intervention, réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, consiste à sectionner la poulie A1 responsable du conflit (ouverture de la poulie), libérant ainsi le passage du tendon. Le geste est bref (10 à 15 minutes), la cicatrice minime, et la reprise des activités de la vie quotidienne est quasi immédiate, avec une rééducation le plus souvent inutile. Le taux de récidive après chirurgie est très faible.

Sources : Wang J. et al., « Comparative effectiveness of corticosteroid injections for trigger finger: A systematic review of randomized controlled trials », Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery, 2025 ; Fleisch S.B. et al., « Open Surgery Versus Ultrasound-Guided Corticosteroid Injection for Trigger Finger: A Randomized Controlled Trial », Journal of Hand Surgery, 2017.

Ténosynovite de De Quervain
Présentation

La ténosynovite de De Quervain est une inflammation de la gaine qui entoure deux tendons situés au bord du poignet, côté pouce (les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce). Ce tunnel fibreux, appelé premier compartiment des extenseurs, peut s'épaissir et comprimer les tendons, provoquant douleur et gêne au moindre mouvement du pouce ou du poignet. Elle touche surtout les femmes, en particulier en période post-partum (gestes répétés de portage du nourrisson) ou dans certaines activités manuelles ou sportives sollicitant le pouce de façon répétitive.

Symptômes

La douleur est localisée au bord externe du poignet, à la base du pouce, augmentée par les mouvements de préhension, de torsion du poignet ou d'écartement du pouce. Un gonflement local peut être visible. Le geste consistant à saisir un objet ou à essorer un linge devient douloureux. Un signe caractéristique, le test de Finkelstein (mise en flexion du pouce dans le poing puis inclinaison du poignet), reproduit la douleur.

Diagnostic

Le diagnostic repose essentiellement sur l'examen clinique et le test de Finkelstein. Une échographie peut confirmer l'épaississement de la gaine et éliminer d'autres causes de douleur du poignet (arthrose, kyste). Une radiographie n'est utile qu'en cas de doute sur une atteinte osseuse ou articulaire associée.

Traitement

Le traitement de première intention associe repos relatif, port d'une attelle immobilisant le pouce et le poignet, anti-inflammatoires, et surtout infiltration de corticoïdes dans la gaine du premier compartiment, qui constitue le traitement conservateur le plus efficace selon les revues récentes de la littérature, avec des taux de succès rapportés autour de 60 à 80 % après une à deux infiltrations. Un algorithme de prise en charge conservatrice publié en 2020 recommande une escalade progressive (attelle et anti-inflammatoires, puis infiltration) avant d'envisager la chirurgie en cas d'échec.

Chirurgie

En cas d'échec du traitement médical bien conduit (attelle et infiltrations), une intervention chirurgicale simple est proposée : elle consiste à ouvrir la gaine fibreuse du premier compartiment pour libérer les tendons (décompression du tunnel). Réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, elle permet une amélioration rapide et durable des symptômes, avec une reprise des activités en quelques semaines et un excellent taux de succès.

Sources : Goel R., Abzug J.M., « Conservative Management of de Quervain Stenosing Tenosynovitis: Review and Presentation of Treatment Algorithm », PubMed, 2020 ; « Corticosteroid injection versus immobilisation for the treatment of De Quervain's tenosynovitis: A systematic review and meta-analysis », ScienceDirect, 2024.

Maladie de Dupuytren
Présentation

La maladie de Dupuytren est une affection bénigne mais évolutive du tissu conjonctif de la paume de la main, l'aponévrose palmaire (une fine membrane fibreuse sous la peau). Ce tissu s'épaissit progressivement et forme des cordes fibreuses qui, en se rétractant, tirent les doigts vers la paume et empêchent leur extension complète. Elle touche préférentiellement les hommes de plus de 50 ans, d'origine du Nord de l'Europe, avec une composante héréditaire fréquente ; le diabète, l'alcool et le tabac sont des facteurs favorisants reconnus.

Symptômes

Les premiers signes sont souvent un nodule ferme et indolore dans la paume, puis l'apparition progressive d'une corde palpable sous la peau. Avec le temps, un ou plusieurs doigts (le plus souvent l'annulaire et l'auriculaire) se rétractent et ne peuvent plus s'étendre complètement, gênant les gestes du quotidien (poser la main à plat, mettre un gant, serrer une main).

Diagnostic

Le diagnostic est purement clinique. Le chirurgien évalue le degré de flexion irréductible des articulations touchées (le fameux « test de la table », où le patient ne parvient plus à poser sa main bien à plat) et mesure le déficit d'extension en degrés pour suivre l'évolution. Aucune imagerie n'est nécessaire au diagnostic.

Traitement

Tant que la gêne fonctionnelle reste minime, une simple surveillance est proposée. Dès qu'une flexion invalidante apparaît, deux grandes options thérapeutiques mini-invasives ou chirurgicales sont recommandées selon la sévérité de la rétraction et le nombre de rayons atteints : l'aponévrotomie à l'aiguille (section de la corde à l'aiguille sous anesthésie locale) et l'injection de collagénase (une enzyme qui dissout la corde fibreuse), suivie d'une manipulation pour rompre le cordon. Un essai randomisé publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, ainsi que des méta-analyses récentes, montrent que la collagénase et l'aponévrectomie chirurgicale limitée obtiennent des résultats fonctionnels comparables à moyen terme, la collagénase offrant une récupération plus rapide mais avec un taux de récidive à plus long terme potentiellement plus élevé selon certaines séries.

Chirurgie

Pour les formes plus évoluées, avec atteinte de plusieurs articulations ou récidive, l'aponévrectomie chirurgicale (ablation du tissu fibreux pathologique) reste la référence : elle permet une correction plus complète et durable de la déformation, au prix d'une convalescence plus longue (rééducation, pansements, parfois attelle) qu'une simple injection. Le choix entre les techniques est discuté au cas par cas avec le chirurgien, en fonction de l'âge, du terrain et de la sévérité de l'atteinte.

Sources : Peters S.E. et al., « Collagenase Injection versus Limited Fasciectomy for Dupuytren's Contracture », New England Journal of Medicine, 2023 ; « Collagenase clostridium histolyticum injection versus limited fasciectomy for the treatment of Dupuytren's disease: a systematic review and meta-analysis of comparative studies », Archives of Orthopaedic and Trauma Surgery, 2023.

Doigt en maillet (mallet finger)
Présentation

Le doigt en maillet correspond à une rupture ou à un arrachement du tendon extenseur à l'endroit précis où il s'insère sur la dernière phalange (zone dite « zone 1 » de l'extenseur). Sans ce tendon fonctionnel, l'extrémité du doigt ne peut plus se redresser activement. Cette lésion survient le plus souvent lors d'un choc direct sur le bout du doigt en extension (ballon qui heurte le doigt, doigt qui accroche un drap), provoquant une flexion forcée brutale de la dernière articulation.

Symptômes

Le signe caractéristique est l'incapacité à étendre activement la dernière phalange du doigt, qui reste tombante en crochet (« en maillet »), alors que l'extension passive (avec l'autre main) reste possible. Une douleur et un gonflement modérés sont présents au niveau de la dernière articulation. Dans certains cas, un petit fragment osseux est arraché avec le tendon (mallet finger osseux).

Diagnostic

L'examen clinique retrouve la déformation caractéristique. Une radiographie du doigt de face et de profil est systématique pour rechercher un fragment osseux associé et évaluer si l'articulation est stable ou subluxée (légèrement déboîtée), ce qui oriente le choix entre traitement orthopédique et chirurgical.

Traitement

Dans la grande majorité des cas (lésion tendineuse pure ou petit fragment osseux non déplacé), le traitement est orthopédique : une attelle maintenant la dernière articulation en légère extension, portée en continu pendant 6 à 8 semaines, puis progressivement la nuit. Les revues systématiques confirment que ce traitement conservateur bien conduit donne de bons résultats dans la majorité des cas, à condition d'une observance stricte (l'attelle ne doit jamais être retirée sans précaution durant la phase initiale, sous peine de devoir reprendre le traitement à zéro).

Chirurgie

La chirurgie est réservée aux formes avec un fragment osseux volumineux et déplacé, une subluxation de l'articulation, ou en cas d'échec du traitement orthopédique bien conduit. Elle peut consister en une fixation du fragment osseux par une ou plusieurs broches, ou plus rarement en une réparation tendineuse directe. Après l'intervention, une immobilisation est également nécessaire pendant plusieurs semaines, suivie d'une rééducation progressive.

Sources : Lin J.S., Samora J.B., « Surgical and Nonsurgical Management of Mallet Finger: A Review », Journal of Hand Surgery, 2017 ; Valdes K., « Conservative treatment of mallet finger: A systematic review », Journal of Hand Therapy, 2015.

Boutonnière (rupture de la bandelette centrale de l'extenseur)
Présentation

La déformation en boutonnière résulte d'une lésion de la bandelette centrale du tendon extenseur, la partie de ce tendon qui permet d'étendre l'articulation du milieu du doigt (l'articulation interphalangienne proximale). Lorsqu'elle se rompt, les bandelettes latérales du tendon glissent progressivement vers le côté et vers l'avant de l'articulation, créant avec le temps une déformation typique : l'articulation du milieu se plie tandis que celle du bout du doigt part en hyperextension, comme un doigt qui passerait à travers une boutonnière.

Symptômes

Au stade initial, juste après le traumatisme (choc direct, plaie, entorse forcée), le doigt peut sembler seulement gonflé et douloureux, avec une extension du milieu du doigt qui reste possible mais affaiblie : c'est pourquoi cette lésion est fréquemment sous-estimée au départ. Si elle n'est pas traitée, la déformation caractéristique en « Z » du doigt s'installe progressivement sur plusieurs semaines.

Diagnostic

Le diagnostic repose sur l'examen clinique, avec des tests spécifiques (notamment le test d'Elson) qui recherchent une faiblesse de l'extension de l'articulation médiane du doigt en position fléchie. Ce diagnostic précoce est essentiel, car une lésion méconnue et non traitée à temps évolue presque toujours vers la déformation fixée, beaucoup plus difficile à corriger. Une radiographie élimine une fracture associée.

Traitement

Lorsque la lésion est diagnostiquée précocement (dans les jours suivant le traumatisme) et que la déformation n'est pas encore fixée, le traitement conservateur par attelle est privilégié : l'articulation médiane du doigt est immobilisée en extension pendant environ 6 semaines, en laissant l'articulation du bout du doigt libre pour qu'elle continue à se mobiliser, ce qui favorise la cicatrisation du tendon en bonne position. Ce traitement fonctionne bien pour les formes fermées et récentes.

Chirurgie

En cas de plaie associée, de rupture complète avec instabilité, ou lorsque la déformation est déjà fixée et ancienne (boutonnière chronique), une réparation chirurgicale est nécessaire. Elle consiste à reconstruire la continuité de la bandelette centrale, parfois à l'aide d'une plastie tendineuse ou d'une réinsertion par ancre, suivie d'une immobilisation puis d'une rééducation spécifique et prolongée sous contrôle d'un kinésithérapeute ou d'un ergothérapeute spécialisé en chirurgie de la main, les résultats étant globalement moins prévisibles que ceux d'une prise en charge précoce et conservatrice.

Sources : StatPearls, « Boutonniere Deformity », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 ; Torres Zambrano A. et al., « Anatomic Repair of the Central Slip with Anchor Suture Augmentation for Treatment of Established Boutonniere Deformity », PMC, 2021.

Rupture ou plaie des tendons fléchisseurs des doigts
Présentation

Les tendons fléchisseurs sont les cordages qui, situés à la face palmaire des doigts, permettent leur flexion. Une plaie de la main (coupure avec un objet tranchant, verre, couteau) ou, plus rarement, une rupture par arrachement (par exemple lors d'une prise brutale de vêtement, cause du « jersey finger ») peut sectionner ou arracher un ou plusieurs de ces tendons. La zone la plus délicate à traiter est la « zone II », au niveau des doigts, où les deux tendons fléchisseurs (superficiel et profond) coulissent l'un contre l'autre dans un tunnel étroit.

Symptômes

Le signe principal est l'incapacité à plier activement une ou plusieurs articulations du doigt concerné, alors que la mobilité passive reste normale. En cas de plaie, ce déficit de flexion doit systématiquement être recherché, même si la plaie paraît superficielle, car un tendon sectionné peut passer inaperçu à l'inspection simple. Une perte de sensibilité associée doit faire rechercher une lésion des nerfs collatéraux, souvent situés juste à côté des tendons.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, par un testing minutieux de chaque tendon fléchisseur (superficiel et profond) doigt par doigt, réalisé par un chirurgien de la main. Une échographie peut aider à localiser une rétraction tendineuse en cas de doute. Face à toute plaie de la paume ou des doigts avec suspicion de lésion tendineuse, un avis chirurgical spécialisé en urgence est indispensable.

Traitement

Contrairement aux tendons extenseurs, une rupture ou une section des tendons fléchisseurs ne cicatrise pas spontanément de façon fonctionnelle : la réparation chirurgicale est le traitement de référence, et elle doit idéalement être réalisée rapidement (dans les premiers jours) pour éviter la rétraction du tendon et faciliter la réparation. Les protocoles de rééducation postopératoire ont beaucoup évolué : les revues récentes confirment la supériorité des protocoles de mobilisation active précoce et contrôlée (sous la supervision d'un kinésithérapeute ou ergothérapeute spécialisé) par rapport à l'immobilisation stricte, pour limiter les adhérences et optimiser la récupération de la mobilité.

Chirurgie

L'intervention consiste à suturer bout à bout les extrémités du ou des tendons sectionnés, à l'aide de points spécifiques renforcés (technique à plusieurs brins), généralement sous anesthésie loco-régionale ou générale. Elle est le plus souvent suivie d'une attelle protectrice et d'un protocole de rééducation précoce et rigoureux pendant plusieurs semaines, la qualité de cette rééducation étant aussi déterminante que la qualité du geste chirurgical lui-même pour le résultat final. En cas de lésion négligée ou de délabrement majeur, une reconstruction en deux temps (greffe tendineuse) peut être nécessaire.

Sources : Chen S.H. et al., « Maximizing hand function following zone II flexor tendon repair: A systematic review and meta-analysis of rehabilitation strategies », PubMed/PMC, 2024 ; American Society of Hand Therapists (ASHT), « Therapy after Flexor Tendon Repair », document de synthèse clinique, 2023.

Traumatologie et infections

Entorses de l'articulation interphalangienne proximale (IPP)
Présentation

L'articulation interphalangienne proximale (IPP), c'est-à-dire l'articulation du milieu de chaque doigt, est l'une des zones les plus fréquemment blessées de la main. Une entorse correspond à un étirement, voire une déchirure partielle ou complète, des ligaments qui stabilisent cette articulation --- en particulier la plaque palmaire (un épais ligament situé sur la face « paume ») et les ligaments latéraux. Ces lésions surviennent typiquement lors d'un choc direct sur l'extrémité du doigt : ballon de sport, chute, doigt « accroché » dans un vêtement.

Symptômes

Le doigt est douloureux, gonflé au niveau de l'articulation touchée, parfois déformé juste après le traumatisme. On observe souvent une ecchymose (bleu), une raideur et une difficulté à plier ou étendre complètement le doigt. La douleur est réveillée par la pression latérale de l'articulation, signe d'une atteinte ligamentaire.

Diagnostic

L'examen clinique recherche une laxité anormale de l'articulation (instabilité), une zone douloureuse précise et l'amplitude des mouvements. Des radiographies de face et de profil sont systématiques pour éliminer une fracture associée (arrachement osseux) ou une luxation. En cas de doute sur une lésion plus sévère de la plaque palmaire, une échographie ou une IRM peut être demandée.

Traitement

La majorité des entorses de l'IPP sont stables et guérissent avec un traitement fonctionnel simple : la mobilisation précoce protégée avec syndactylisation (le doigt blessé scotché à son voisin, « buddy taping ») est aujourd'hui reconnue comme la clé pour retrouver la mobilité et limiter le gonflement. Une attelle amovible peut être proposée les premiers jours en cas de douleur importante, mais l'immobilisation prolongée est déconseillée car elle favorise l'enraidissement, complication la plus fréquente de ces entorses. Le suivi rééducatif (kinésithérapie) est souvent utile pour retrouver une mobilité complète.

Chirurgie

La chirurgie reste rare et réservée aux formes instables : rupture complète de la plaque palmaire avec instabilité persistante, entorse associée à une fracture articulaire déplacée (plus de 30 à 40 % de la surface articulaire), ou lésion chronique négligée entraînant une déformation. Elle peut consister en une réparation ligamentaire directe ou, dans les formes anciennes et invalidantes, en une plastie de la plaque palmaire.

Sources : Kolovich GP, Heifner JJ, « Proximal interphalangeal joint dislocations and fracture-dislocations », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 (PubMed/SAGE) ; « Swelling, Stiffness, and Dysfunction Following Proximal Interphalangeal Joint Sprains », Journal of Hand Surgery, 2023.

Luxations des doigts
Présentation

Une luxation digitale survient lorsque les surfaces articulaires d'un doigt perdent tout contact normal, le plus souvent au niveau de l'IPP (milieu du doigt) ou de l'articulation interphalangienne distale (IPD, près de l'ongle), à la suite d'un traumatisme en hyperextension ou d'un choc axial (ballon, chute). Le doigt peut se déplacer vers l'arrière (luxation dorsale, la plus fréquente) ou vers l'avant (luxation palmaire, plus rare mais potentiellement plus grave pour les tendons).

Symptômes

La déformation est en général visible d'emblée, avec une impossibilité de bouger le doigt, une douleur intense et un gonflement rapide. Certains patients ou personnes présentes réduisent spontanément la luxation sur le terrain, ce qui peut masquer la gravité réelle de la lésion sous-jacente.

Diagnostic

L'examen clinique confirme le déplacement articulaire ; des radiographies avant et après réduction sont indispensables pour vérifier l'alignement, rechercher une fracture associée (fracture-luxation) et éliminer une interposition de tissus mous empêchant la réduction. Un contrôle de la stabilité après réduction (test de stress latéral et en extension) oriente la suite du traitement.

Traitement

La réduction se fait par traction longitudinale douce associée à une pression dirigée dans le sens inverse du déplacement --- par exemple une pression palmaire sur la phalange déplacée en cas de luxation dorsale. Après réduction d'une luxation simple et stable, la prise en charge repose sur une syndactylisation (buddy taping) pendant 3 à 6 semaines avec mobilisation précoce. En cas d'instabilité résiduelle en extension, une attelle dite « dorsal-block » (bloquant l'extension complète tout en autorisant la flexion) est utilisée, réglée environ 10° au-delà de l'angle où l'instabilité apparaît. Les luxations palmaires nécessitent souvent une attelle en extension plus prolongée (6 à 8 semaines) en raison du risque d'atteinte de l'appareil extenseur.

Chirurgie

Une intervention chirurgicale est nécessaire en cas de luxation irréductible (interposition de la plaque palmaire ou d'un tendon empêchant la remise en place), d'instabilité persistante malgré une réduction correcte, ou de fracture-luxation complexe touchant une large part de la surface articulaire. Selon les cas, le chirurgien réalise une réduction ouverte avec réparation ligamentaire, un embrochage de protection (broches), voire, pour les formes anciennes ou très comminutives, une arthroplastie ou une greffe articulaire (hemi-hamate).

Sources : Kolovich GP, Heifner JJ, Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 ; StatPearls, « Finger Dislocation », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Fractures des phalanges
Présentation

Les phalanges sont les trois petits os qui composent chaque doigt (à l'exception du pouce, qui n'en a que deux). Leurs fractures sont extrêmement fréquentes, qu'elles surviennent lors d'un accident domestique, sportif, professionnel (écrasement) ou d'une chute. Elles peuvent toucher la base, la diaphyse (partie centrale) ou l'extrémité de l'os, et parfois s'étendre à l'articulation voisine.

Symptômes

Douleur, gonflement, déformation ou raccourcissement du doigt, parfois rotation anormale visible en fermant le poing (les ongles ne sont alors plus alignés). Un hématome sous-unguéal (sous l'ongle) peut accompagner les fractures de la dernière phalange.

Diagnostic

Des radiographies de face, profil et trois-quarts du doigt confirment le trait de fracture, son déplacement, et une éventuelle atteinte articulaire. L'examen clinique recherche surtout un défaut de rotation en flexion des doigts, souvent plus révélateur qu'une image radiographique isolée, ainsi que l'état de la peau (fracture ouverte) et de la sensibilité (atteinte nerveuse associée).

Traitement

L'objectif est une consolidation solide tout en évitant la raideur, complication la plus redoutée. Les fractures stables et non déplacées relèvent d'un traitement orthopédique : réduction si besoin, syndactylisation, puis une attelle ou un plâtre de courte durée (habituellement 3 à 6 semaines), avec une mobilisation précoce dès que la stabilité le permet. Cette approche évite les cicatrices internes liées à la chirurgie mais impose une immobilisation temporaire du doigt.

Chirurgie

Une fixation chirurgicale est indiquée en cas de fracture ouverte, de fracture instable avec risque de déformation ou de perte de fonction, de fractures multiples de la main, ou de fracture articulaire avec un déplacement de la surface articulaire supérieur à 2 mm ou une subluxation associée. Les techniques principales sont l'embrochage percutané (broches de Kirschner, peu invasif mais nécessitant souvent une immobilisation complémentaire) et l'ostéosynthèse par plaque ou vis (plus stable, autorisant une rééducation plus précoce mais avec une dissection plus large des tissus). Une rééducation précoce, dès que la fracture est jugée stable, reste la clé du résultat fonctionnel.

Sources : StatPearls, « Phalanx Fractures of the Hand », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed) ; « Fractures of the phalanges », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 (PubMed).

Fractures des métacarpiens (dont la « fracture du boxeur »)
Présentation

Les métacarpiens sont les cinq os longs qui relient le poignet aux doigts. Leurs fractures touchent le plus souvent le col (partie proche de la tête de l'os) du cinquième métacarpien, celui du petit doigt --- d'où le nom de « fracture du boxeur », classiquement causée par un coup de poing donné avec le poing fermé sur une surface dure. Les autres métacarpiens peuvent aussi être fracturés, par choc direct ou torsion.

Symptômes

Douleur et gonflement du dos de la main, difficulté à fermer le poing, et parfois un affaissement visible de la jointure (la tête du métacarpien « s'enfonce » vers la paume du fait de l'angulation du foyer de fracture). Une rotation anormale du doigt correspondant doit être activement recherchée.

Diagnostic

Les radiographies de la main de face, de profil et oblique mesurent précisément l'angulation du foyer de fracture, élément clé de la décision thérapeutique. L'examen clinique évalue surtout l'absence de rotation anormale des doigts et l'intégrité de la peau et des nerfs.

Traitement

Le traitement conservateur reste la référence pour les fractures fermées, sans rotation et avec une angulation modérée. Le col du cinquième métacarpien tolère une angulation relativement importante (jusqu'à environ 70°, contre environ 30° pour la diaphyse) sans conséquence fonctionnelle majeure, ce qui explique pourquoi la majorité des fractures du boxeur guérissent sans chirurgie. Une attelle ou une gouttière cubitale est mise en place, poignet en légère extension, articulations métacarpo-phalangiennes fléchies à 70-90° (position dite « intrinsèque plus »), qui protège les ligaments et prévient l'enraidissement.

Chirurgie

Une intervention est recommandée en cas de fracture ouverte, de fracture très comminutive, de rotation du doigt, d'atteinte articulaire, d'atteinte neurovasculaire, ou d'angulation résiduelle trop importante malgré le traitement orthopédique (au-delà d'environ 40° sur la diaphyse avec un raccourcissement de plus de 6 mm). Les techniques disponibles comprennent l'embrochage percutané par broches, le vissage (pour les fractures obliques longues, permettant une mobilisation précoce) et l'ostéosynthèse par plaque. Les études comparatives ne montrent pas de différence significative de force de préhension ni de résultat fonctionnel global entre broches et plaques, le choix dépendant surtout du type de fracture.

Sources : « Management of Fifth Metacarpal Neck Fracture (Boxer's Fracture): A Literature Review », Cureus, 2020 (PubMed) ; StatPearls, « Fifth Metacarpal Fracture », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Amputations digitales et réplantation
Présentation

Une amputation digitale correspond à la section complète d'un doigt ou d'une partie de doigt, le plus souvent à la suite d'un accident domestique, de bricolage, industriel ou d'un accident de la route. La réplantation est l'intervention chirurgicale microchirurgicale qui consiste à réattacher le segment amputé à la main, en reconnectant os, tendons, artères, veines et nerfs sous microscope opératoire.

Symptômes

Le tableau est celui d'une plaie franche ou déchiquetée avec perte d'un segment digital, saignement variable selon le mécanisme, et douleur importante. L'état du moignon (net ou écrasé) et celui du segment amputé conditionnent fortement les chances de réplantation.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique et immédiat. L'enjeu principal est l'évaluation rapide de la « replantabilité » : mécanisme lésionnel (une coupure nette se prête bien mieux à la réplantation qu'un écrasement ou un arrachement), niveau de l'amputation, durée d'ischémie (temps écoulé depuis l'accident) et état général du patient. Le segment amputé doit être conservé enveloppé dans une compresse humide, placé dans un sac plastique fermé, lui-même déposé sur de la glace --- jamais en contact direct avec la glace, afin d'éviter de le geler.

Traitement

La prise en charge initiale associe nettoyage de la plaie, protection stérile du segment amputé selon les modalités ci-dessus, antalgiques, prévention du tétanos et transfert rapide vers un centre spécialisé en chirurgie de la main dès lors qu'une réplantation est envisageable. Ce transfert doit être organisé sans délai, l'ischémie prolongée réduisant les chances de succès.

Chirurgie

Les indications reconnues de réplantation incluent l'amputation du pouce, les amputations de plusieurs doigts, les amputations transmétacarpiennes (au milieu de la paume), les amputations distales à l'insertion du tendon fléchisseur superficiel, ainsi que toute amputation chez l'enfant. À l'inverse, les lésions par écrasement ou arrachement sévères, les atteintes à plusieurs niveaux sur un même doigt, l'amputation isolée d'un doigt (autre que le pouce) à un niveau proximal, une ischémie trop prolongée ou un état général instable du patient sont des contre-indications reconnues. La technique chirurgicale suit un ordre précis : raccourcissement et fixation osseuse, réparation des tendons extenseurs puis fléchisseurs, anastomose artérielle (avec greffon veineux si nécessaire), réparation nerveuse, reconstruction veineuse, et enfin couverture cutanée. Le succès repose sur l'expérience du chirurgien microchirurgien, un plateau technique adapté (microscope opératoire) et une rééducation postopératoire prolongée.

Sources : StatPearls, « Digit Replantation », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Panaris et infections de la main
Présentation

Le panaris désigne une infection aiguë des tissus mous du doigt, le plus souvent au niveau de la pulpe de la dernière phalange (on parle alors de « felon » en anglais) ou autour de l'ongle (paronychie). Ces infections sont généralement dues à une porte d'entrée minime --- piqûre, écharde, petite coupure, mordillement des cuticules --- permettant la pénétration de bactéries, le plus souvent du staphylocoque doré.

Symptômes

Rougeur, chaleur, gonflement et douleur pulsatile localisée, qui s'aggrave typiquement la nuit en raison de la pression exercée par le pus au sein d'un espace anatomique fermé et peu extensible (la pulpe digitale est cloisonnée par de fines cloisons fibreuses). Une collection purulente visible ou palpable (fluctuation) signe le passage au stade d'abcès.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, basé sur l'examen du doigt. Il convient de distinguer un stade précoce, inflammatoire, sans collection (cellulite), d'un stade abcédé nécessitant un drainage. Un prélèvement bactériologique du pus est utile pour adapter l'antibiothérapie, en particulier si un staphylocoque résistant (SARM) est suspecté.

Traitement

Au stade précoce, sans collection ni fluctuation, un traitement antibiotique ciblant le staphylocoque et le streptocoque, associé à des bains antiseptiques et à l'élévation de la main, peut suffire. Dès qu'une tension ou une fluctuation apparaît, signant la constitution d'un abcès, un drainage chirurgical devient nécessaire --- les antibiotiques seuls ne permettent pas d'évacuer une collection déjà constituée. Une antibiothérapie de 7 à 10 jours est généralement associée au geste de drainage, ainsi qu'une vérification du statut vaccinal antitétanique.

Chirurgie

Le drainage chirurgical du panaris pulpaire (felon) est réalisé sous anesthésie locale (bloc digital), par une incision unique en regard de la face latérale de la pulpe, à distance de l'articulation et parallèle au bord de l'ongle, en évitant les incisions transversales ou en « bouche de poisson » qui exposent à des complications nerveuses et cicatricielles. Une dissection douce au moyen d'une petite pince permet de rompre les cloisons internes de la pulpe pour assurer un drainage complet de tous les compartiments. La plaie est ensuite mèchée 24 à 48 heures avant une réévaluation. Pour les paronychies, une simple incision-évacuation en bordure de l'ongle suffit le plus souvent.

Sources : StatPearls, « Felon », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed) ; « Management of Finger Felons and Paronychia: A Narrative Review », Journal of Emergency Medicine, 2025 (PubMed).

Phlegmon des gaines des fléchisseurs
Présentation

Le phlegmon des gaines correspond à une infection grave qui se propage à l'intérieur de la gaine synoviale entourant les tendons fléchisseurs, ce fin conduit qui permet aux tendons de glisser à l'intérieur du doigt. Il fait généralement suite à une plaie pénétrante (piqûre, morsure, plaie par corps étranger) directement au contact de la gaine, ou à l'extension d'un panaris négligé. Il s'agit d'une urgence chirurgicale, car l'infection peut détruire rapidement les tendons et se propager à la main puis à l'avant-bras.

Symptômes

Le diagnostic clinique repose sur les quatre signes de Kanavel, décrits dès le début du XXe siècle et toujours utilisés aujourd'hui : position en légère flexion du doigt au repos, douleur exquise à la palpation le long du trajet de la gaine, douleur intense provoquée par l'extension passive du doigt, et gonflement fusiforme (en « fuseau ») de l'ensemble du doigt. Fièvre et altération de l'état général peuvent s'y associer dans les formes évoluées.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, fondé sur la recherche systématique de ces signes de Kanavel à l'examen. Des examens complémentaires peuvent être demandés en cas de doute ou pour rechercher une extension, mais ne doivent jamais retarder la prise en charge chirurgicale lorsque le tableau clinique est évocateur. Les germes les plus fréquemment en cause sont le staphylocoque doré (dont des souches résistantes, SARM) et le streptocoque.

Traitement

Le phlegmon des gaines des fléchisseurs constitue une urgence chirurgicale : le traitement de référence associe un drainage chirurgical rapide (irrigation-lavage de la gaine) à une antibiothérapie intraveineuse probabiliste, secondairement adaptée aux résultats des prélèvements bactériologiques peropératoires. Un traitement uniquement médical reste possible mais n'est proposé que dans des formes très précoces et peu sévères, sous surveillance stricte, avec un recours rapide à la chirurgie au moindre signe d'aggravation.

Chirurgie

L'intervention consiste en un lavage abondant de la gaine synoviale, réalisé soit par une exposition large de la gaine (incision médio-latérale ou en zigzag type Bruner), soit par une technique mini-invasive avec deux petites incisions, l'une au niveau de la poulie A1 (base du doigt) et l'autre au niveau de la poulie A5 (près de l'ongle), permettant une irrigation continue au moyen d'un fin cathéter. Une antibiothérapie intraveineuse est poursuivie en postopératoire, avec relais oral adapté à l'évolution clinique. Les complications possibles, en l'absence de traitement précoce, sont la raideur définitive, la rupture tendineuse et la propagation de l'infection à la main ou à l'avant-bras.

Sources : Orthobullets, « Pyogenic Flexor Tenosynovitis » ; « Pyogenic (Suppurative) Flexor Tenosynovitis: Assessment and Management », 2016 (PubMed) ; StatPearls, « Pyogenic Flexor Tenosynovitis », mise à jour 2023 (PubMed).

Arthrose et tumeurs

Rhizarthrose (arthrose de la base du pouce)
Présentation

La rhizarthrose est l'usure du cartilage de l'articulation trapézo-métacarpienne, la petite articulation en selle située à la base du pouce, entre le trapèze (un os du poignet) et le premier métacarpien. C'est l'une des localisations les plus fréquentes de l'arthrose de la main, touchant surtout les femmes après 50 ans, souvent après la ménopause. Elle est favorisée par des facteurs génétiques, une hyperlaxité ligamentaire ou une sollicitation répétée du pouce (gestes de pince).

Symptômes

Le symptôme principal est une douleur à la base du pouce, déclenchée par les gestes de pince (tourner une clé, ouvrir un bocal, écrire, pincer un objet). Elle s'accompagne progressivement d'une perte de force, d'une raideur matinale, puis d'une déformation caractéristique : le pouce se met en adduction (collé à la paume) avec une hyperextension compensatrice de l'articulation suivante, donnant un aspect en « Z ».

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique : douleur reproduite à la palpation de la base du pouce et lors du test de « broiement » (compression-rotation du pouce, dit grind test). Des radiographies du pouce de face et de profil, avec des incidences spécifiques, confirment le pincement articulaire, les ostéophytes (petites excroissances osseuses) et permettent de classer la sévérité selon les stades d'Eaton et Littler.

Traitement

Dans les formes débutantes à modérées, le traitement est d'abord non chirurgical : une attelle de repos du pouce, des anti-inflammatoires ou antalgiques, des infiltrations de corticoïdes dans l'articulation, et de la rééducation/ergothérapie pour adapter les gestes du quotidien. Une revue systématique récente (Orthopedic Reviews, 2024) comparant les prises en charge chirurgicales de la rhizarthrose confirme que le traitement conservateur reste la première étape recommandée avant d'envisager une intervention. Lorsque la douleur persiste malgré ces mesures ou que la gêne fonctionnelle devient trop importante, la chirurgie est discutée.

Chirurgie

Deux grandes techniques sont validées par la littérature actuelle. La trapézectomie (ablation du trapèze), associée ou non à une ligamentoplastie de suspension, reste la technique de référence historique, fiable à long terme. Les prothèses trapézo-métacarpiennes (« prothèse du pouce ») offrent une récupération plus rapide de la force et de la mobilité dans les premières années. Une revue systématique de 2024 (Orthopedic Reviews) et une analyse comparative de 2024 (PMC) montrent des résultats fonctionnels globalement comparables à moyen terme entre les deux techniques, avec une récupération plus rapide pour les prothèses mais un risque de complications mécaniques (descellement, luxation) à surveiller, tandis que la trapézectomie expose à une perte de force de préhension un peu plus marquée. Le choix dépend de l'âge, du niveau d'activité et des habitudes du chirurgien.

Sources : Systematic review, « Outcome Comparison between Carpometacarpal Arthroplasty and Trapeziectomy », Orthopedic Reviews, 2024 ; « Comparative Analysis of Prosthetic (Touch) and Arthroplastic Surgeries for Trapeziometacarpal Arthrosis », PMC, 2024 ; « Trapeziectomy Versus Carpometacarpal Arthroplasty for Basilar Thumb Arthritis: A Narrative Review », Cureus, 2024-2025.

Arthrose digitale (nodules d'Heberden et de Bouchard)
Présentation

L'arthrose digitale touche les petites articulations des doigts. Lorsqu'elle atteint l'articulation la plus proche de l'ongle (interphalangienne distale), elle forme les nodules d'Heberden ; lorsqu'elle atteint l'articulation du milieu du doigt (interphalangienne proximale), elle forme les nodules de Bouchard. Ces excroissances osseuses dures, indolores le plus souvent une fois constituées, sont très fréquentes après 50 ans, avec une nette prédominance féminine et une composante héréditaire marquée.

Symptômes

La phase de constitution des nodules peut être douloureuse, avec un gonflement inflammatoire, parfois de petits kystes gélatineux (kystes mucoïdes) près de l'ongle. Une fois formés, les nodules sont surtout gênants sur le plan esthétique et peuvent entraîner une raideur ou une légère déviation du doigt. La force de préhension fine peut être diminuée, mais la douleur chronique reste modérée dans la majorité des cas.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique : présence de nodosités dures et symétriques sur plusieurs doigts. Des radiographies des mains confirment le pincement articulaire et les ostéophytes typiques. Un bilan sanguin (recherche de facteur rhumatoïde, d'anticorps anti-CCP) est parfois demandé pour écarter une polyarthrite rhumatoïde débutante, dont la présentation peut prêter à confusion au stade initial.

Traitement

Les recommandations européennes (EULAR, mise à jour 2018, réaffirmées par des travaux plus récents) placent en première ligne l'information du patient, la protection articulaire (orthèses nocturnes, ergothérapie), l'application de chaleur ou de froid, et les traitements topiques (anti-inflammatoires locaux, capsaïcine). Les antalgiques ou anti-inflammatoires oraux sont réservés aux poussées douloureuses, en cure courte. Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager une poussée inflammatoire localisée. Il n'existe à ce jour aucun traitement qui inverse l'évolution de l'arthrose elle-même.

Chirurgie

La chirurgie reste rare et n'est proposée qu'en cas de douleur invalidante résistante au traitement médical, de déformation majeure gênant la fonction, ou de kyste mucoïde compliqué (déformation de l'ongle, écoulement, infection). Selon l'articulation et la demande fonctionnelle du patient, on propose soit une arthrodèse (blocage définitif de l'articulation dans une position fonctionnelle, très fiable sur la douleur), soit, plus rarement au niveau proximal, une prothèse digitale pour préserver de la mobilité.

Sources : Kloppenburg M. et al., « 2018 update of the EULAR recommendations for the management of hand osteoarthritis », Annals of the Rheumatic Diseases, 2018 ; EULAR, « evidence-based recommendations for the diagnosis of hand osteoarthritis », Annals of the Rheumatic Diseases, 2024.

Polyarthrite rhumatoïde de la main
Présentation

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune et inflammatoire chronique qui touche en priorité les petites articulations des mains et des poignets, de façon souvent symétrique. Le système immunitaire attaque la synoviale (la membrane qui tapisse l'intérieur des articulations), provoquant une inflammation qui, non traitée, détruit progressivement le cartilage, l'os, les tendons et les ligaments.

Symptômes

Les signes typiques sont une douleur et un gonflement des articulations des doigts et des poignets, une raideur matinale prolongée (souvent plus de 30 minutes), une fatigue générale, et parfois une fièvre légère. Avec le temps, sans traitement adapté, apparaissent des déformations caractéristiques : déviation des doigts vers l'extérieur (« coup de vent cubital »), déformations en « col de cygne » ou en « boutonnière », et des ruptures tendineuses.

Diagnostic

Le diagnostic associe l'examen clinique, des prises de sang (facteur rhumatoïde, anticorps anti-CCP, marqueurs de l'inflammation) et l'imagerie (radiographies, échographie ou IRM des mains, qui détectent les érosions osseuses et la synovite dès les stades précoces, avant même les radiographies). Un diagnostic et une prise en charge rhumatologique précoces sont essentiels pour limiter les dégâts articulaires.

Traitement

Le traitement de fond relève du rhumatologue et repose sur les traitements de fond conventionnels (comme le méthotrexate) et, en cas d'échec, sur les biothérapies ou les thérapies ciblées, avec un objectif de rémission ou de faible activité de la maladie (stratégie dite du « treat-to-target »). La mise à jour 2022 des recommandations EULAR (Annals of the Rheumatic Diseases) confirme cette stratégie. Le chirurgien de la main intervient en complément, en coordination étroite avec le rhumatologue, pour traiter les synovites résistantes ou les lésions tendineuses, idéalement avant qu'elles ne se compliquent.

Chirurgie

Lorsque le traitement médical ne suffit pas à contrôler l'inflammation d'une articulation ou d'une gaine tendineuse, une synovectomie (ablation de la synoviale malade) peut être proposée pour soulager la douleur et prévenir une rupture tendineuse. En cas de déformation installée ou de rupture tendineuse déjà survenue, des interventions de réparation ou transfert tendineux, ou des arthroplasties/arthrodèses permettent de restaurer une fonction utile de la main.

Sources : Smolen J.S. et al., « EULAR recommendations for the management of rheumatoid arthritis with synthetic and biological disease-modifying antirheumatic drugs: 2022 update », Annals of the Rheumatic Diseases, 2023.

Kyste synovial / kyste mucoïde (poignet et doigts)
Présentation

Le kyste synovial (« kyste arthro-synovial », familièrement « ganglion ») est une poche remplie de liquide gélatineux (le liquide synovial), qui se forme au contact d'une articulation ou d'une gaine tendineuse, le plus souvent au dos du poignet. Lorsqu'il se développe à proximité de l'ongle, en lien avec l'arthrose de la dernière articulation du doigt, on parle de kyste mucoïde. Ce n'est jamais une tumeur maligne.

Symptômes

Le kyste se présente comme une petite masse, ferme ou rénitente, indolore ou modérément sensible, dont le volume peut varier dans le temps, voire disparaître spontanément puis récidiver. Il peut occasionner une gêne mécanique ou esthétique, une légère limitation de la mobilité, et pour le kyste mucoïde, une déformation ou une strie longitudinale de l'ongle.

Diagnostic

Le diagnostic est le plus souvent clinique, confirmé si besoin par une échographie qui distingue la nature liquidienne du kyste d'une autre masse. Une IRM peut être demandée en cas de doute diagnostique ou de localisation inhabituelle.

Traitement

Chez un patient peu gêné, la simple surveillance est légitime : de nombreux kystes régressent spontanément. Une revue de référence publiée dans le Journal of Hand Surgery (2015, méta-analyse portant sur 35 études et plus de 2 200 kystes) a comparé les différentes options : la ponction-aspiration (avec ou sans infiltration de corticoïde) est un geste simple et peu invasif, mais expose à un taux de récidive élevé, de l'ordre de 59 %. Une étude plus récente (2019) confirme que le guidage échographique ne réduit pas significativement ce taux de récidive.

Chirurgie

Lorsque le kyste est douloureux, volumineux, gênant ou récidive après ponction, l'exérèse chirurgicale est proposée. Selon la méta-analyse du Journal of Hand Surgery (2015), l'exérèse chirurgicale ouverte présente un taux de récidive d'environ 21 %, et la technique arthroscopique un taux nettement plus faible, autour de 6 %, au prix d'un taux de complications légèrement supérieur à celui de la simple ponction. L'intervention consiste à retirer le kyste avec son pédicule d'origine.

Sources : Head L. et al., « Wrist ganglion treatment: systematic review and meta-analysis », Journal of Hand Surgery (American), 2015 ; « Ultrasound-Guided Aspiration Does Not Reduce the Recurrence Rate of Ganglion Cysts of the Wrist », 2019 ; « Ganglions in the Hand and Wrist: Advances in 2 Decades », 2023.

Tumeur à cellules géantes des gaines tendineuses
Présentation

La tumeur à cellules géantes des gaines tendineuses (synovialome, ténosynovite villonodulaire localisée) est la deuxième tumeur la plus fréquente de la main après le kyste synovial. C'est une tumeur bénigne, qui se développe à partir de la membrane synoviale entourant les tendons ou les petites articulations des doigts. Elle touche surtout l'adulte entre 30 et 50 ans, avec une légère prédominance féminine.

Symptômes

Elle se manifeste par une masse ferme, à croissance lente, le plus souvent indolore, localisée à la face palmaire d'un doigt ou près d'une articulation interphalangienne. Elle peut, en grossissant, comprimer un nerf ou limiter la mobilité de l'articulation voisine, voire créer une érosion de l'os adjacent visible sur les radiographies.

Diagnostic

L'examen clinique oriente le diagnostic devant une masse ferme et bien limitée. L'échographie et surtout l'IRM permettent de préciser sa taille, ses rapports avec les structures nobles (nerfs, vaisseaux, tendons) et d'orienter le geste chirurgical. Le diagnostic de certitude est apporté par l'analyse anatomopathologique de la pièce opérée.

Traitement

Il n'existe pas d'alternative médicamenteuse efficace : le traitement de référence est chirurgical. Une revue systématique récente consacrée aux facteurs prédictifs de récidive a confirmé que la qualité de l'exérèse chirurgicale (marges) est le facteur le plus déterminant du risque de récidive, plus encore que la taille initiale de la tumeur.

Chirurgie

L'intervention consiste en une exérèse chirurgicale complète de la tumeur, en respectant les structures nobles environnantes. Une dissection minutieuse au microscope ou sous loupes grossissantes est recommandée pour retirer l'ensemble des prolongements de la tumeur, souvent multilobée, et réduire le risque de récidive locale, rapporté entre 10 et 20 % dans la littérature récente même après exérèse jugée complète. Une surveillance clinique régulière est proposée après l'intervention.

Sources : « Predictors of Recurrence in Hand Giant Cell Tumor of Tendon Sheath: A Systematic Review », PRS Global Open / PMC, 2024-2025 ; « Giant Cell Tumour of the Tendon Sheath of the Hand: A Retrospective Review With Recurrence Risk Analysis », Cureus, 2024 ; « Giant cell tumor of tendon sheath in the hand: analysis of risk factors for recurrence in 50 cases », BMC Musculoskeletal Disorders, 2019.

Enchondrome de la main
Présentation

L'enchondrome est la tumeur osseuse bénigne la plus fréquente de la main. Il s'agit d'une prolifération de cartilage à l'intérieur de l'os, le plus souvent au niveau des phalanges ou des métacarpiens. Sa cause exacte reste mal connue ; il est le plus souvent découvert fortuitement ou à l'occasion d'une fracture.

Symptômes

De nombreux enchondromes sont totalement silencieux et découverts par hasard sur une radiographie faite pour une autre raison. Lorsqu'ils sont symptomatiques, ils se traduisent par une petite déformation ou un gonflement du doigt, une gêne mécanique, ou surtout par une fracture survenant après un traumatisme minime, l'os étant fragilisé à l'endroit de la lésion (fracture dite « pathologique »).

Diagnostic

La radiographie standard suffit le plus souvent à évoquer fortement le diagnostic, montrant une zone claire (lacune) bien limitée, parfois parsemée de petites calcifications caractéristiques. En cas de doute, une IRM ou un scanner complète le bilan, et l'analyse anatomopathologique après biopsie ou lors de la chirurgie confirme le diagnostic et élimine une tumeur cartilagineuse plus agressive (chondrosarcome), exceptionnelle à cette localisation.

Traitement

Un enchondrome de découverte fortuite, de petite taille, stable dans le temps et sans fracture, peut être simplement surveillé par des radiographies de contrôle espacées. Une revue récente (2022-2024) sur la prise en charge chirurgicale des enchondromes de la main souligne que le curetage chirurgical reste l'option de référence dès que la lésion devient symptomatique, fragilise significativement l'os, ou s'est compliquée d'une fracture.

Chirurgie

L'intervention de référence est le curetage (évidement de la lésion) suivi ou non d'un comblement par greffe osseuse selon la taille de la cavité restante. Des travaux récents (2023-2024) montrent que le curetage seul, sans greffe, avec une mobilisation précoce du doigt, donne de bons résultats fonctionnels dans de nombreux cas, avec un risque de récidive faible. Des techniques endoscopiques mini-invasives permettent également de traiter certains enchondromes avec une cicatrice plus discrète et une récupération plus rapide. En cas de fracture associée, celle-ci est traitée dans le même temps opératoire que le curetage.

Sources : « Surgical Treatment of Enchondromas of the Hand: Our Experience in Curettage Only and Early Mobilization », PMC, 2024 ; « Endoscopic Curettage and Bone Grafting of Enchondroma of Proximal Phalanx of Finger », Arthroscopy Techniques, 2023 ; « Enchondroma of Hands: A Surgical Dilemma and Our Experience », PMC, 2024.

Chirurgie du poignet

Poignet

Traumatologie et ligaments

Fracture de l'extrémité distale du radius (fracture du poignet)
Présentation

La fracture de l'extrémité distale du radius est la fracture la plus fréquente du membre supérieur. Elle touche l'os de l'avant-bras (le radius) juste au-dessus du poignet. Elle survient typiquement de deux façons : chez la personne âgée, souvent sur un os fragilisé par l'ostéoporose, à la suite d'une chute de sa hauteur sur la main tendue ; chez l'adulte jeune ou sportif, lors d'un traumatisme à haute énergie (chute de vélo, ski, accident). Le déplacement typique donne au poignet un aspect en « dos de fourchette ».

Symptômes

Douleur vive et immédiate, gonflement rapide (œdème), parfois déformation visible du poignet, impossibilité de bouger la main ou le poignet normalement, ecchymose (bleu). Des fourmillements dans les doigts peuvent traduire une souffrance du nerf médian, qui passe juste à cet endroit.

Diagnostic

L'examen clinique oriente fortement le diagnostic, confirmé par des radiographies du poignet de face et de profil. Elles permettent d'évaluer le déplacement, l'atteinte ou non de l'articulation (fracture « articulaire »), et des paramètres anatomiques précis qui guident le choix du traitement. Un scanner peut être demandé pour les fractures complexes ou très fragmentées, afin de mieux planifier une éventuelle chirurgie.

Traitement

Les fractures non déplacées ou stables après réduction sont traitées par une simple immobilisation plâtrée pendant 4 à 6 semaines, avec surveillance radiographique régulière. Les recommandations de bonne pratique de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons et de l'American Society for Surgery of the Hand (AAOS/ASSH) soulignent que le choix entre traitement orthopédique (plâtre) et chirurgical dépend surtout du déplacement, de l'atteinte articulaire, de l'âge et du niveau d'activité du patient, plus que de l'âge seul. Chez un patient actif avec une fracture déplacée ou articulaire, une fixation chirurgicale est le plus souvent proposée pour restaurer une anatomie précise et permettre une rééducation plus rapide.

Chirurgie

La technique de référence actuelle est l'ostéosynthèse par plaque vissée verrouillée posée par voie antérieure (volaire), qui permet une stabilité suffisante pour autoriser une mobilisation précoce du poignet. D'autres techniques restent utilisées selon les cas : broches percutanées pour certaines fractures simples, fixateur externe pour les fractures très fragmentées ou avec des lésions cutanées associées. L'intervention se fait le plus souvent en ambulatoire ou en courte hospitalisation, sous anesthésie loco-régionale.

Sources : AAOS/ASSH, Clinical Practice Guideline Summary — Management of Distal Radius Fractures, 2022 ; American Academy of Orthopaedic Surgeons, Clinical Practice Guideline for the Management of Distal Radius Fractures.

Fracture du scaphoïde
Présentation

Le scaphoïde est un petit os du poignet, situé du côté du pouce, essentiel à la stabilité du carpe. Sa fracture est la plus fréquente des fractures des os du carpe. Elle touche surtout l'adulte jeune et sportif, à la suite d'une chute sur la main, poignet en extension (chute de vélo, de trottinette, réception de sport).

Symptômes

La douleur est localisée dans la « tabatière anatomique », ce petit creux situé à la base du pouce, côté dos de la main. Elle peut être discrète au début, ce qui explique pourquoi cette fracture est parfois négligée et prise, à tort, pour une simple entorse.

Diagnostic

Les radiographies initiales sont normales dans près de 20 % des cas, même en présence d'une réelle fracture. En cas de doute clinique persistant, deux attitudes sont possibles : immobiliser le poignet et refaire des radiographies 10 à 14 jours plus tard, ou réaliser d'emblée une IRM ou un scanner, examens plus sensibles pour détecter une fracture invisible initialement.

Traitement

Selon les recommandations européennes (EFORT, 2020) et la mise à jour américaine de 2023 (Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons), les fractures non déplacées du corps du scaphoïde peuvent être traitées par une simple immobilisation (attelle ou plâtre incluant le pouce) pendant 6 à 10 semaines, avec vérification de la consolidation par scanner. En revanche, les fractures déplacées, celles touchant le pôle proximal (partie la moins bien vascularisée de l'os) ou les patients ayant une forte demande fonctionnelle bénéficient d'une fixation chirurgicale d'emblée, qui réduit le risque de non-consolidation (pseudarthrose) et permet une reprise d'activité plus rapide.

Chirurgie

La technique de référence est le vissage percutané (vis de type Herbert), réalisé par une petite incision, par voie antérieure ou postérieure selon la localisation de la fracture. En cas de fracture déplacée ou fragmentée, une réduction à ciel ouvert peut être nécessaire pour repositionner précisément les fragments avant le vissage.

Sources : Duckworth et al., Acute scaphoid fractures: guidelines for diagnosis and treatment, EFORT Open Reviews, 2020 ; Update to Management of Acute Scaphoid Fractures, Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons (JAAOS), 2023.

Pseudarthrose du scaphoïde
Présentation

La pseudarthrose désigne l'absence de consolidation d'une fracture, ici du scaphoïde, généralement plusieurs mois après le traumatisme initial. Elle survient le plus souvent lorsque la fracture n'a pas été diagnostiquée à temps ou pas suffisamment immobilisée, en raison de la vascularisation particulière et fragile de cet os.

Symptômes

Douleur chronique du poignet, souvent intermittente, diminution de la force de préhension et de la mobilité. Certaines pseudarthroses restent longtemps peu douloureuses, ce qui retarde le diagnostic --- mais elles évoluent presque toujours, à terme, vers une arthrose du poignet (dite « SNAC wrist »).

Diagnostic

Les radiographies standards montrent souvent une ligne de fracture persistante, une sclérose (densification osseuse) ou un kyste au site de fracture au-delà de 6 mois. Le scanner est l'examen clé : il précise la perte de substance osseuse, une éventuelle déformation en « dos de bosse » (humpback), et surtout l'état de vascularisation du fragment proximal, souvent évalué en complément par IRM.

Traitement

Une pseudarthrose du scaphoïde guérit très rarement spontanément et le risque d'évolution vers une arthrose invalidante justifie, dans la grande majorité des cas, un geste chirurgical même en l'absence de douleur importante. Le choix de la technique de greffe dépend essentiellement de la vascularisation du fragment proximal : une greffe osseuse « classique » (non vascularisée), associée à un vissage, suffit lorsque l'os reste bien vascularisé. En revanche, en cas de nécrose du fragment proximal ou après échec d'une première chirurgie, une greffe osseuse vascularisée (prélevée sur le radius selon la technique dite « 1,2-ICSRA », ou greffe libre du condyle fémoral médial avec microchirurgie) est recommandée : une méta-analyse de 2023 confirme un meilleur taux de consolidation avec ces greffes vascularisées dans ces situations difficiles.

Chirurgie

L'intervention comprend un avivement du foyer de pseudarthrose (résection du tissu fibreux interposé), une greffe osseuse comblant la perte de substance, puis une fixation stable par vis. La durée de récupération est plus longue que pour une fracture simple, avec une surveillance rapprochée de la consolidation par scanner.

Sources : Vascularised versus non-vascularised bone graft for scaphoid nonunion: Meta-analysis of randomised controlled trials and comparative studies, 2023 ; The Outcome of Scaphoid Fracture Nonunion Managed by 1,2 Intercompartmental Supraretinacular Artery (1,2-ICSRA) Vascularized Bone Graft, 2023.

Disjonction scapho-lunaire (entorse grave du poignet)
Présentation

Le ligament scapho-lunaire relie deux os du poignet, le scaphoïde et le lunatum, et joue un rôle central dans la stabilité du carpe. Sa rupture, appelée disjonction scapho-lunaire, est la forme la plus fréquente d'instabilité du poignet. Elle survient typiquement lors d'une chute sur la main, poignet en extension et légèrement dévié du côté du petit doigt.

Symptômes

Douleur sur le dos du poignet, gonflement, parfois sensation de ressaut ou de claquement, diminution de la force, douleur reproduite par un appui du poignet (par exemple en pompes). Cette lésion est souvent confondue avec une simple entorse et donc sous-diagnostiquée initialement.

Diagnostic

Les radiographies peuvent montrer un élargissement anormal de l'espace entre le scaphoïde et le lunatum (signe dit « de Terry Thomas »), ainsi qu'une bascule du lunatum sur le cliché de profil. Des clichés dynamiques (en contraintes) et surtout l'IRM ou l'arthro-IRM aident à confirmer la lésion. L'arthroscopie du poignet reste l'examen de référence pour les lésions partielles ou de diagnostic incertain, car elle permet une visualisation directe du ligament.

Traitement

Les lésions partielles et stables peuvent être traitées par immobilisation puis rééducation spécifique. Les lésions complètes récentes (moins de 6 semaines) relèvent d'une réparation chirurgicale directe du ligament, associée à une fixation temporaire par broches et parfois un geste de renfort capsulaire. Pour les lésions anciennes (chroniques) ou irréparables, une reconstruction ligamentaire (technique de ténodèse) est proposée si l'articulation reste réductible et sans arthrose ; en cas d'arthrose déjà installée, des interventions dites « de sauvetage » sont nécessaires.

Chirurgie

Selon l'ancienneté et la sévérité de la lésion : réparation ligamentaire arthroscopique ou à ciel ouvert, ténodèse de reconstruction, capsulodèse dorsale. En cas d'évolution vers une arthrose du poignet, des interventions de sauvetage (arthrodèse partielle ou totale du poignet) peuvent être discutées.

Sources : Scapholunate Ligament Injuries, revue PMC/NIH, 2024 ; Scapholunate Ligament Injuries, Journal of Hand Surgery Global Online, 2024.

Lésions du complexe fibro-cartilagineux triangulaire (TFCC)
Présentation

Le TFCC (Triangular FibroCartilage Complex) est un ensemble de ligaments et de cartilage situé du côté du petit doigt (côté ulnaire) du poignet. Il stabilise l'articulation entre le radius et le cubitus et amortit les contraintes lors des mouvements de rotation. Les lésions peuvent être traumatiques (chute, torsion brutale, sports de raquette) ou dégénératives, liées à l'usure progressive avec l'âge.

Symptômes

Douleur du côté du petit doigt du poignet, aggravée par les mouvements de rotation ou de préhension forte (tourner une poignée de porte, jouer au tennis), parfois sensation de craquement ou d'instabilité, gonflement localisé.

Diagnostic

Certains tests cliniques spécifiques (signe de la fossette ulnaire, test de ballottement de l'articulation radio-ulnaire) orientent le diagnostic. L'IRM, idéalement couplée à une injection de produit de contraste (arthro-IRM), précise le siège et le type de lésion. L'arthroscopie du poignet reste l'examen de référence, permettant à la fois de confirmer, de classer (lésions traumatiques ou dégénératives selon la classification de Palmer) et souvent de traiter la lésion dans le même temps.

Traitement

Le traitement de première intention est toujours conservateur : repos, immobilisation par attelle, anti-inflammatoires, rééducation. Une étude de 2020 a montré de bons résultats du traitement conservateur, notamment lorsque l'articulation radio-ulnaire distale reste stable. En cas d'échec après environ 3 mois, ou d'instabilité manifeste de cette articulation, une prise en charge chirurgicale, le plus souvent arthroscopique, est proposée.

Chirurgie

Le geste dépend du type de lésion : les lésions périphériques, mieux vascularisées, sont réparées par suture (technique arthroscopique) ; les lésions centrales, mal vascularisées, sont plutôt régularisées (débridement). En cas d'instabilité de l'articulation radio-ulnaire ou de conflit avec le cubitus (impaction ulnaire), une ostéotomie de raccourcissement du cubitus peut être associée.

Sources : Outcome of conservative treatment for triangular fibrocartilage complex lesions with stable distal radioulnar joint, 2020 ; Arthroscopic algorithm for acute traumatic triangular fibrocartilage complex (TFCC) tears, 2022.

Maladie de Kienböck (ostéonécrose du semi-lunaire)
Présentation

La maladie de Kienböck correspond à une nécrose progressive (ostéonécrose) du lunatum (ou semi-lunaire), un des petits os du carpe. Ses causes exactes restent discutées : elles associent probablement une fragilité vasculaire propre à cet os, une anatomie particulière du poignet (cubitus relativement court, dit « ulna minus »), et des microtraumatismes répétés. Elle touche surtout l'adulte jeune à moyen âge, souvent dans un contexte de travail manuel.

Symptômes

Douleur du poignet d'apparition progressive, raideur, gonflement, diminution de la force de préhension, s'aggravant sur plusieurs mois voire années si la maladie n'est pas prise en charge.

Diagnostic

Aux stades précoces, les radiographies standards peuvent rester normales alors que l'os souffre déjà : l'IRM est alors l'examen clé, montrant un signal anormal de la moelle osseuse traduisant la nécrose débutante. Aux stades plus avancés, les radiographies suffisent à montrer une densification puis un effondrement (collapsus) du lunatum. Cette évolution est classée en quatre stades (classification de Lichtman), qui guident directement le choix thérapeutique.

Traitement

La stratégie dépend du stade de Lichtman et de la longueur relative du cubitus. Aux stades précoces (I-II), l'objectif est de stopper l'évolution : immobilisation et anti-inflammatoires en première intention, ou chirurgie « conservatrice de l'articulation » (ostéotomie de raccourcissement du radius en cas de cubitus court, décompression du lunatum, revascularisation osseuse). Une revue de 2022 souligne l'intérêt d'une prise en charge précoce pour limiter la progression vers les stades avancés. Aux stades avancés (IIIB-IV), avec effondrement carpien et arthrose associée, seules des interventions de sauvetage permettent de soulager la douleur.

Chirurgie

Stades précoces : ostéotomie de raccourcissement radial, greffe osseuse vascularisée, décompression du lunatum sous arthroscopie. Stades avancés : résection de la première rangée des os du carpe, arthrodèse partielle ou totale du poignet, voire exérèse du lunatum avec ou sans implant.

Sources : Recent Advances in Assessment and Treatment in Kienböck's Disease, Journal of Clinical Medicine, 2022 ; Kienböck's disease: preventing disease progression in early-stage disease, 2023.

Arthrose du poignet (SLAC/SNAC wrist)
Présentation

Le SLAC wrist (Scapholunate Advanced Collapse) et le SNAC wrist (Scaphoid Nonunion Advanced Collapse) désignent une arthrose du poignet qui se développe, avec le temps, à la suite d'une lésion négligée du ligament scapho-lunaire ou d'une pseudarthrose du scaphoïde non traitée. C'est la forme la plus fréquente d'arthrose du poignet, et elle suit un schéma d'aggravation très prévisible, articulation par articulation.

Symptômes

Douleur chronique, aggravée par l'activité et le port de charges, raideur progressive, diminution de la force de préhension, gonflement, sensation de grincement (crépitations), perte progressive de mobilité.

Diagnostic

Les radiographies standards suffisent le plus souvent au diagnostic : elles montrent un pincement articulaire qui débute toujours entre le scaphoïde et le radius, puis s'étend, tout en épargnant longtemps l'articulation entre le radius et le lunatum --- une particularité qui explique les stratégies chirurgicales dites « conservatrices ». Le scanner aide à planifier précisément une intervention.

Traitement

Le traitement débute toujours par des mesures conservatrices : attelle, anti-inflammatoires, adaptation des activités, infiltrations de corticoïdes. La dénervation du poignet (section chirurgicale sélective des petits nerfs sensitifs transmettant la douleur, sans toucher à l'articulation elle-même) est une option intéressante pour soulager la douleur tout en préservant la mobilité ; une enquête de 2023 menée auprès des membres de l'American Society for Surgery of the Hand confirme son usage répandu, seule ou associée à d'autres gestes, notamment aux stades précoces à modérés.

Chirurgie

Aux stades précoces (arthrose limitée à l'articulation radio-scaphoïdienne, articulation radio-lunaire encore saine) : résection de la première rangée des os du carpe, ou ablation du scaphoïde associée à une fusion des quatre os restants (arthrodèse des quatre coins). Aux stades avancés (arthrose touchant tout le poignet) : arthrodèse totale du poignet, ou, chez certains patients à faible demande fonctionnelle, prothèse totale de poignet.

Sources : Use of Wrist Denervation in the Treatment of SLAC and SNAC Wrist by ASSH Members, 2023 ; StatPearls, Scapholunate Advanced Collapse, National Center for Biotechnology Information.

Instabilité chronique du poignet
Présentation

L'instabilité chronique du poignet regroupe l'ensemble des situations où les petits os du carpe ne conservent plus une position et un mouvement normaux les uns par rapport aux autres, en raison d'une lésion ligamentaire ancienne, méconnue ou insuffisamment traitée (ligament scapho-lunaire, ligament luno-triquétral, ou instabilité dite « médio-carpienne »). On parle d'instabilité « chronique » lorsque la situation persiste au-delà de quelques semaines à quelques mois après le traumatisme initial.

Symptômes

Douleurs répétées, sensation d'instabilité ou de « ressaut » du poignet, en particulier lors de certains mouvements ou d'un appui, faiblesse, gonflement intermittent, appréhension à utiliser le poignet pour des efforts en charge.

Diagnostic

L'interrogatoire précis (circonstances du traumatisme initial, délai d'évolution) est essentiel. Des tests cliniques dynamiques spécifiques orientent vers le type d'instabilité. Des radiographies dynamiques (en contrainte), une IRM ou arthro-IRM, et surtout l'arthroscopie diagnostique du poignet --- considérée comme l'examen de référence --- permettent de confirmer le diagnostic et d'évaluer précisément l'état des ligaments.

Traitement

La prise en charge dépend du type d'instabilité, de son ancienneté et de sa réductibilité. Un traitement conservateur est proposé en première intention dans de nombreux cas, en particulier pour l'instabilité médio-carpienne : adaptation des activités, immobilisation temporaire, rééducation proprioceptive spécifique du poignet ; une revue de 2023 rapporte des résultats souvent satisfaisants avec cette approche rééducative de première ligne. En cas d'échec, ou d'instabilité clairement d'origine ligamentaire structurelle, une chirurgie adaptée au type précis d'instabilité est discutée.

Chirurgie

Selon le type d'instabilité : réparation ou reconstruction ligamentaire (ténodèse) pour une instabilité scapho-lunaire ou luno-triquétrale, capsulodèse ou arthrodèse médio-carpienne pour une instabilité médio-carpienne, arthrodèse partielle ou totale du poignet en cas d'instabilité fixée ou d'arthrose déjà installée.

Sources : StatPearls, Wrist Instability, National Center for Biotechnology Information ; Wrist arthroscopy for diagnosis and treatment of acute and chronic conditions, 2022 ; Palmar midcarpal instability: a narrative review of the literature, 2023.

Chirurgie du coude

Coude

Pathologies du coude

Épicondylite latérale (tennis elbow)
Présentation

L'épicondylite latérale, plus connue sous le nom de « tennis elbow », correspond à une atteinte des tendons qui s'attachent sur l'épicondyle latéral, ce petit relief osseux situé sur la face externe du coude. Ce sont surtout les tendons extenseurs du poignet et des doigts (en particulier le tendon du muscle court extenseur radial du carpe) qui sont concernés. Contrairement à ce que le nom suggère, cette pathologie touche rarement les joueurs de tennis : elle résulte le plus souvent de gestes répétitifs du poignet (bricolage, informatique, activités manuelles) qui entraînent de micro-lésions du tendon, à un stade que l'on qualifie de « tendinopathie » plutôt que de véritable inflammation.

Symptômes

Le symptôme principal est une douleur localisée sur la face externe du coude, qui peut irradier vers l'avant-bras. Elle est déclenchée ou aggravée par la préhension (serrer la main, porter un objet), l'extension du poignet contre résistance ou les mouvements de vissage. La douleur s'installe progressivement et peut, dans les formes évoluées, gêner des gestes simples de la vie quotidienne comme soulever une tasse.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : la douleur reproduite à la palpation de l'épicondyle et lors de tests spécifiques (extension résistée du poignet ou du majeur) suffit généralement. Une échographie ou une IRM peuvent être demandées en cas de doute ou de résistance au traitement, pour confirmer l'atteinte tendineuse et éliminer d'autres causes (atteinte du nerf radial, arthrose).

Traitement

Le traitement est presque toujours conservateur en première intention. Les recommandations de pratique clinique récentes (Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2022) insistent sur la rééducation, en particulier les exercices en excentrique et le renforcement progressif, associés si besoin à des orthèses (bracelet de contre-appui). Le repos relatif des gestes déclenchants, les anti-inflammatoires locaux et la modification de l'activité sont également recommandés. Les infiltrations de corticoïdes, longtemps utilisées, sont aujourd'hui plus prudemment proposées car leur bénéfice est surtout à court terme et pourrait desservir l'évolution à moyen terme selon plusieurs revues récentes. Les injections de plasma riche en plaquettes (PRP) sont une option envisagée dans les formes chroniques rebelles, avec des résultats encourageants mais encore hétérogènes dans la littérature.

Chirurgie

La chirurgie n'est envisagée qu'après l'échec d'un traitement conservateur bien conduit pendant 6 à 12 mois, ce qui ne concerne qu'une minorité de patients. Elle consiste à réséquer le tissu tendineux pathologique et à raviver l'insertion osseuse pour favoriser la cicatrisation, par voie classique ou arthroscopique. Les résultats sont généralement très satisfaisants, avec une reprise des activités habituelles dans la grande majorité des cas.

Sources : Academy of Hand and Upper Extremity Physical Therapy & Academy of Orthopaedic Physical Therapy (APTA), Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: Clinical Practice Guidelines, JOSPT, 2022 ; A Literature Review of Lateral Epicondylitis: Diagnosis, Risk Factors, Management and Treatment, PMC, 2025.

Épitrochléite (golfer's elbow / épicondylite médiale)
Présentation

L'épitrochléite, ou épicondylite médiale, est l'équivalent interne de l'épicondylite latérale : elle touche les tendons fléchisseurs du poignet et pronateurs qui s'insèrent sur l'épitrochlée (ou épicondyle médial), sur la face interne du coude. Bien que surnommée « golfer's elbow », elle survient chez de nombreux patients sans lien avec le golf, notamment après des gestes répétés de flexion du poignet ou de préhension forcée (bricolage, musculation, port de charges).

Symptômes

La douleur siège sur la face interne du coude et peut irradier le long de l'avant-bras jusqu'au poignet. Elle est majorée par la flexion du poignet contre résistance, la pronation de l'avant-bras ou la préhension. Un engourdissement ou des fourmillements dans les 4ᵉ et 5ᵉ doigts doivent faire rechercher une atteinte associée du nerf ulnaire (cubital), qui chemine juste à proximité.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve une douleur à la palpation de l'épitrochlée, reproduite par la flexion résistée du poignet. Il est important d'examiner systématiquement le nerf ulnaire pour ne pas méconnaître une compression associée. Une échographie ou une IRM peuvent être utiles en cas de doute diagnostique ou avant un geste chirurgical.

Traitement

Comme pour le tennis elbow, la prise en charge est d'abord conservatrice : repos relatif, glace, anti-inflammatoires, puis surtout rééducation avec étirements et renforcement progressif, en particulier en mode excentrique, dont l'efficacité est bien documentée dans les revues récentes de la littérature (2022-2023). Les orthèses de contre-appui peuvent soulager certains patients. Les infiltrations de corticoïdes sont possibles mais réservées aux formes très douloureuses, en raison d'un bénéfice limité dans le temps et d'un risque, en cas d'injections répétées, de fragiliser le tendon. La grande majorité des patients guérissent avec ce traitement conservateur en quelques mois.

Chirurgie

La chirurgie reste exceptionnelle et n'est proposée qu'après échec d'un traitement bien conduit sur une durée prolongée (généralement 6 à 12 mois). Elle consiste à retirer le tissu tendineux pathologique et à stimuler la cicatrisation de l'insertion tendineuse. Lorsqu'une compression du nerf ulnaire coexiste, celle-ci est traitée dans le même temps opératoire. Les suites sont le plus souvent simples, avec une reprise progressive des activités.

Sources : Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview, revue clinique, 2023 ; Medial epicondylitis: evaluation and management, revue de synthèse (PubMed).

Syndrome du tunnel cubital au coude (compression du nerf ulnaire)
Présentation

Le syndrome du tunnel cubital résulte d'une compression du nerf ulnaire (autrefois appelé nerf cubital) au niveau du coude, à l'endroit où il passe dans un canal étroit derrière l'épitrochlée, communément appelé le « nerf du petit doigt ». C'est la deuxième neuropathie de compression la plus fréquente du membre supérieur après le syndrome du canal carpien. Elle peut être favorisée par une flexion prolongée du coude (téléphone, sommeil), un appui répété sur le coude, une arthrose ou un antécédent traumatique local.

Symptômes

Les patients décrivent des fourmillements et un engourdissement touchant le 4ᵉ et le 5ᵉ doigt, souvent majorés la nuit ou lors de la flexion prolongée du coude. Avec le temps peuvent apparaître une maladresse de la main, une perte de force de préhension et, dans les formes évoluées, une fonte musculaire visible entre les doigts (les muscles interosseux).

Diagnostic

L'examen clinique recherche un signe de Tinel (fourmillements provoqués par la percussion du nerf au coude) et un test de flexion du coude prolongée reproduisant les symptômes. Un électromyogramme (EMG) est l'examen de référence pour confirmer l'atteinte du nerf, en préciser la sévérité et éliminer une autre origine (atteinte cervicale notamment). Une échographie peut compléter le bilan pour rechercher une cause locale (kyste, subluxation du nerf).

Traitement

Dans les formes légères à modérées, le traitement conservateur est recommandé en première intention : modification des postures, port d'une attelle nocturne maintenant le coude en légère extension, et éducation du patient pour limiter l'appui et la flexion prolongée. Les revues récentes (2022-2024) confirment qu'une proportion significative des formes débutantes s'améliore avec ces mesures simples, sans qu'il soit démontré de bénéfice net des infiltrations de corticoïdes dans cette indication.

Chirurgie

Lorsque les symptômes persistent malgré le traitement conservateur, ou d'emblée en cas de déficit moteur ou de fonte musculaire, la chirurgie est indiquée. Elle consiste le plus souvent en une simple libération du nerf au niveau du tunnel cubital (neurolyse in situ), parfois associée à une transposition du nerf en avant du coude dans les formes plus sévères ou récidivantes. Les travaux récents soulignent que les deux techniques donnent des résultats comparables dans la majorité des cas. La récupération sensitive est généralement bonne ; la récupération de la force, quand un déficit préexistait, peut être plus lente et parfois incomplète, d'où l'intérêt de ne pas attendre trop longtemps avant d'opérer.

Sources : Modern Treatment of Cubital Tunnel Syndrome: Evidence and Controversy, Journal of Hand Surgery Global Online, 2022 ; From Conservative Measures to Surgical Interventions, Treatment Approaches for Cubital Tunnel Syndrome: A Comprehensive Review, Cureus, 2023.

Arthrose du coude
Présentation

L'arthrose du coude correspond à une usure progressive du cartilage qui recouvre les surfaces articulaires. Elle est moins fréquente que l'arthrose de la hanche ou du genou, car le coude est une articulation peu porteuse, mais elle touche préférentiellement les hommes exposés à des activités manuelles lourdes et répétées, les sportifs (lanceurs, haltérophiles) ou les patients ayant des antécédents de traumatisme du coude (fracture, luxation).

Symptômes

La douleur est le symptôme le plus fréquent, souvent en fin de mouvement (extension ou flexion complète). Un signe très évocateur est la sensation de blocage ou d'accrochage, liée à la présence de fragments cartilagineux ou osseux libres dans l'articulation (« souris articulaires »). Une raideur progressive s'installe également, avec une perte de mobilité qui peut gêner des gestes simples comme porter une charge à hauteur du visage.

Diagnostic

Les radiographies standards permettent de visualiser le pincement articulaire, les ostéophytes et d'éventuels corps étrangers intra-articulaires. Un scanner peut être demandé pour mieux cartographier ces lésions avant une éventuelle chirurgie.

Traitement

Le traitement initial est conservateur : adaptation des activités, kinésithérapie douce pour préserver la mobilité, antalgiques et anti-inflammatoires lors des poussées douloureuses. Les infiltrations peuvent apporter un soulagement temporaire. Les études récentes portant sur la prise en charge chirurgicale conservatrice de l'articulation (2022-2023) montrent que le débridement arthroscopique --- nettoyage de l'articulation, ablation des corps libres et des ostéophytes --- apporte une amélioration durable de la mobilité et de la douleur chez des patients bien sélectionnés, en particulier lorsque le cartilage reste globalement préservé.

Chirurgie

Lorsque le traitement conservateur ne suffit plus, l'arthroscopie du coude (débridement, ablation des corps libres, ostéophytectomie) est le geste de référence dans les formes modérées, avec de bons résultats fonctionnels rapportés à moyen terme dans la littérature récente. Dans les formes très évoluées avec destruction cartilagineuse importante, en particulier chez les patients plus âgés et moins actifs, une prothèse totale du coude peut être discutée.

Sources : Midterm outcomes and survivorship of arthroscopic elbow debridement: a comparison of posttraumatic versus primary degenerative osteoarthritis, PubMed, 2022 ; Elbow Arthritis, revue de synthèse, PubMed, 2023.

Instabilité et luxation du coude
Présentation

Le coude est, après l'épaule, l'articulation la plus fréquemment concernée par les luxations chez l'adulte. Une luxation survient le plus souvent lors d'une chute sur la main, bras tendu, qui provoque un déplacement anormal des surfaces articulaires entre l'humérus, le radius et le cubitus. Selon la violence du traumatisme, elle peut être « simple » (sans fracture associée) ou « complexe » (associée à une ou plusieurs fractures), et peut, dans certains cas, laisser une instabilité résiduelle chronique.

Symptômes

Au moment de la luxation, la douleur est intense, le coude apparaît déformé et impossible à mobiliser. Après réduction (remise en place), la douleur diminue mais une sensation d'appréhension, d'instabilité ou de dérobement du coude peut persister, en particulier lors de certains mouvements, signant une instabilité chronique.

Diagnostic

Des radiographies sont systématiques avant et après réduction pour confirmer le bon repositionnement et rechercher une fracture associée (tête radiale, coroné). Un scanner est souvent nécessaire dans les formes complexes pour analyser précisément les fractures. Une IRM peut être utile pour évaluer l'état des ligaments, notamment le ligament collatéral latéral, principal stabilisateur du coude.

Traitement

Une luxation simple, sans fracture, est réduite en urgence puis traitée par immobilisation courte suivie d'une mobilisation précoce et d'une rééducation progressive, cette prise en charge fonctionnelle précoce étant associée, selon les revues systématiques et consensus récents (2023-2024), à de meilleurs résultats qu'une immobilisation prolongée, qui expose à la raideur. La surveillance de la stabilité pendant la rééducation est essentielle.

Chirurgie

Une réparation chirurgicale est indiquée en cas de luxation complexe avec fractures associées, ou en cas d'instabilité persistante malgré la réduction, avec réparation des ligaments et fixation des fractures. Dans les formes d'instabilité chronique ou de luxations récidivantes, une reconstruction ligamentaire (parfois à l'aide d'un greffon tendineux) est proposée, éventuellement associée à un dispositif de stabilisation interne temporaire dans les cas les plus complexes.

Sources : Conservative and surgical management of simple elbow dislocations: SMDA-SEC consensus and guidelines, Orthopedic Reviews, 2024 ; Does an Internal Joint Stabilizer and Standardized Protocol Prevent Recurrent Instability in Complex Persistent Elbow Instability?, PMC, 2022.

Fracture de la tête radiale
Présentation

La fracture de la tête radiale est la fracture du coude la plus fréquente chez l'adulte. Elle survient typiquement lors d'une chute sur la main, bras tendu, la tête du radius venant heurter le condyle huméral. Elle est classée selon la classification de Mason en trois (ou quatre) types, du simple trait de fracture non déplacé (type I) à la fracture très fragmentée avec luxation associée (type III/IV), cette classification guidant directement le choix du traitement.

Symptômes

La douleur siège sur la face externe du coude, majorée par la pronation et la supination de l'avant-bras (mouvements de rotation, comme tourner une clé). Un gonflement et une limitation de la mobilité, en particulier de l'extension complète, sont fréquents. Un blocage mécanique peut évoquer un fragment osseux déplacé gênant le mouvement.

Diagnostic

Le diagnostic repose sur des radiographies du coude de face et de profil, parfois complétées par des incidences spécifiques si la fracture est peu visible. Un scanner est utile dans les fractures complexes ou fragmentées pour mieux planifier la prise en charge.

Traitement

Les fractures non déplacées ou peu déplacées (Mason I, et une large part des Mason II selon les études les plus récentes) relèvent d'un traitement fonctionnel : brève immobilisation antalgique puis mobilisation précoce, sans chirurgie. Une étude récente (2025) confirme que la majorité des fractures de type II peuvent être prises en charge sans opération, avec de bons résultats fonctionnels, à condition qu'il n'existe pas de blocage mécanique franc ni d'instabilité associée. La mobilisation précoce est un facteur clé pour éviter l'enraidissement, complication classique de cette fracture.

Chirurgie

La chirurgie est réservée aux fractures déplacées avec blocage mécanique, aux fractures très fragmentées ou associées à une instabilité du coude. Selon le degré de fragmentation, elle consiste soit en une ostéosynthèse (vis, plaque) pour fixer les fragments, soit, lorsque la tête radiale n'est pas réparable, en son remplacement par une prothèse de tête radiale. Le choix technique et la rééducation postopératoire précoce sont déterminants pour limiter le risque de raideur.

Sources : Most Mason Type 2 Radial Head Fractures Can Be Managed Nonoperatively, PubMed, 2025 ; Radial Head Fractures, StatPearls, NCBI Bookshelf.

Bursite olécrânienne
Présentation

La bursite olécrânienne est une inflammation de la bourse séreuse qui recouvre la pointe du coude (l'olécrâne). Cette petite poche remplie de liquide sert normalement d'amortisseur contre les frottements et appuis répétés. Elle peut s'enflammer suite à un traumatisme direct, des appuis répétés et prolongés sur le coude (d'où le surnom de « coude du bricoleur » ou « bursite d'étudiant »), ou une infection lorsque des germes y pénètrent, notamment à travers une petite plaie cutanée.

Symptômes

Le signe le plus visible est un gonflement arrondi, parfois volumineux, à la pointe du coude, qui peut être indolore au repos mais gênant dans les mouvements. Lorsque la bursite est d'origine infectieuse (bursite « septique »), la zone devient rouge, chaude et douloureuse, avec parfois de la fièvre : il s'agit alors d'une urgence médicale nécessitant une prise en charge rapide.

Diagnostic

Le diagnostic est le plus souvent clinique. En cas de doute sur une origine infectieuse, une ponction du liquide de la bourse est réalisée pour l'analyser (recherche de germes, cristaux) et orienter le traitement.

Traitement

Dans les formes non infectieuses, le traitement repose sur la protection du coude (coudière), le repos et les anti-inflammatoires ; la ponction évacuatrice du liquide peut soulager rapidement, parfois associée à une infiltration de corticoïdes dans les formes chroniques non infectieuses. En cas de bursite infectieuse, une antibiothérapie est indispensable. Une étude récente (2022) montre qu'une antibiothérapie empirique bien conduite peut être efficace même sans ponction systématique dans certaines situations, mais la ponction reste largement recommandée dès que le diagnostic infectieux est suspecté.

Chirurgie

La chirurgie n'est nécessaire que dans une minorité de cas : bursites infectieuses ne répondant pas à l'antibiothérapie, ou bursites chroniques récidivantes malgré les traitements répétés. Elle consiste alors à retirer la bourse (bursectomie), parfois associée à un drainage prolongé dans les formes infectieuses sévères. Les suites sont généralement simples, avec une bonne récupération de la mobilité du coude.

Sources : Efficacy of empiric antibiotic management of septic olecranon bursitis without bursal aspiration in emergency department patients, Academic Emergency Medicine, 2022 ; Olecranon Bursa Aspiration, StatPearls, NCBI Bookshelf.

Rupture du tendon distal du biceps
Présentation

Le tendon distal du biceps relie le muscle biceps brachial à l'avant-bras, au niveau du radius. Sa rupture survient typiquement chez l'homme d'âge moyen (40-60 ans), lors d'un effort brusque avec le coude fléchi contre résistance (par exemple en soulevant une charge lourde de façon inattendue). Le tabagisme et certains traitements (corticoïdes, certains antibiotiques) sont des facteurs favorisants reconnus.

Symptômes

La rupture s'accompagne typiquement d'une douleur vive et brutale au pli du coude, parfois d'un craquement ressenti par le patient, suivie d'un hématome au niveau de l'avant-bras. On observe souvent une déformation caractéristique du biceps, qui se rétracte vers le haut du bras (signe du « Popeye inversé »). La force de flexion du coude et surtout de supination (mouvement de rotation de l'avant-bras, comme pour tourner une poignée de porte) est nettement diminuée.

Diagnostic

L'examen clinique est souvent très évocateur, notamment grâce au test du « hook » (crochet), qui consiste à essayer d'accrocher le tendon avec un doigt sous la peau : son absence signe la rupture complète. Une IRM confirme le diagnostic, précise si la rupture est complète ou partielle, et évalue la rétraction du tendon.

Traitement

Chez un patient jeune ou actif, la réparation chirurgicale précoce est le traitement de référence, les études récentes (2022-2023) confirmant sa supériorité en termes de récupération de force par rapport au traitement conservateur, qui expose à une perte de force en supination pouvant atteindre 30 à 40 %. Le traitement conservateur (sans chirurgie) peut néanmoins être discuté chez des patients peu demandeurs sur le plan fonctionnel, ou en cas de contre-indication à l'opération.

Chirurgie

L'intervention consiste à réinsérer le tendon sur le radius, idéalement dans les deux à trois semaines suivant l'accident, avant que le tendon ne se rétracte trop et ne devienne plus difficile à réparer. Les techniques modernes (ancre ou bouton cortical) donnent d'excellents résultats fonctionnels selon les séries récentes, avec un retour à la force normale dans la grande majorité des cas. La rééducation postopératoire est progressive, avec reprise complète des activités, y compris sportives, en général entre 4 et 6 mois.

Sources : Outcomes of distal biceps repair at two-year follow-up, PubMed, 2023 ; Systematic review of distal biceps tendon rupture in athletes: treatment and rehabilitation, PubMed, 2022.

Rupture du tendon du triceps
Présentation

Le tendon du triceps s'insère sur la pointe du coude (l'olécrâne) et assure l'extension du coude. Sa rupture est rare --- c'est la moins fréquente des ruptures tendineuses du membre supérieur --- et survient le plus souvent lors d'une chute avec réception sur la main, coude fléchi, ou lors d'un effort violent en extension contre résistance. Certains facteurs favorisent cette rupture : infiltrations de corticoïdes répétées, certaines maladies systémiques, ou prise d'anabolisants chez les sportifs pratiquant la musculation.

Symptômes

On observe une douleur brutale à l'arrière du coude, parfois un creux ou une dépression palpable au-dessus de l'olécrâne à l'endroit où le tendon s'est rompu, ainsi qu'un hématome. La faiblesse ou l'impossibilité de tendre complètement le coude contre résistance, notamment pour repousser un objet ou se relever en prenant appui sur les mains, est très évocatrice.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve un déficit d'extension active du coude, parfois complet. Une radiographie peut montrer un petit fragment osseux arraché avec le tendon (avulsion). L'IRM ou l'échographie confirment le diagnostic, précisent si la rupture est complète ou partielle et mesurent la rétraction tendineuse.

Traitement

Les ruptures partielles, sans déficit majeur d'extension, peuvent être traitées de façon conservatrice par immobilisation en extension puis rééducation progressive. En revanche, les revues systématiques les plus récentes (2021-2023) sont unanimes : une rupture complète du tendon du triceps chez un patient actif relève d'une réparation chirurgicale, le traitement conservateur exposant à un déficit de force en extension durable et invalidant.

Chirurgie

La réparation chirurgicale, réalisée idéalement dans les semaines suivant l'accident, consiste à réinsérer le tendon sur l'olécrâne à l'aide d'ancres ou de tunnels transosseux, parfois complétée par un renfort selon la qualité du tissu tendineux. Les séries récentes rapportent d'excellents résultats fonctionnels avec un faible taux de complications, et un retour à une extension du coude normale dans la grande majorité des cas. La rééducation est progressive, pour un retour aux activités habituelles en général vers le 4ᵉ à 6ᵉ mois.

Sources : The surgical management of distal triceps tendon ruptures: a systematic review, PubMed, 2021 ; Surgical repair of distal triceps rupture: a systematic review of outcomes and complications, ScienceDirect, 2022.

Chirurgie de l’épaule

Épaule

Pathologies de l'épaule

Rupture de la coiffe des rotateurs
Présentation

La coiffe des rotateurs est un ensemble de quatre tendons (sus-épineux, sous-épineux, sous-scapulaire, petit rond) qui entourent l'épaule et permettent de lever et de tourner le bras. Une rupture peut survenir progressivement avec l'usure (tendinopathie dégénérative, souvent après 50 ans) ou brutalement lors d'un traumatisme (chute, effort violent). C'est l'une des causes les plus fréquentes de douleur d'épaule chez l'adulte.

Symptômes

Douleur à la face externe de l'épaule, souvent plus marquée la nuit et lors des mouvements au-dessus de la tête (se coiffer, attraper un objet en hauteur). Une faiblesse du bras peut apparaître, parfois avec une impossibilité brutale de lever le bras (« épaule pseudo-paralytique ») en cas de rupture étendue ou traumatique.

Diagnostic

L'examen clinique recherche des signes spécifiques (tests de force pour chaque tendon). L'échographie et surtout l'IRM confirment la rupture, précisent sa taille, son ancienneté (dégénérescence graisseuse du muscle) et guident la décision thérapeutique.

Traitement

La prise en charge initiale associe repos relatif, antalgiques/anti-inflammatoires, kinésithérapie de renforcement et de recentrage de l'épaule, parfois complétée par une infiltration de corticoïdes. Selon les recommandations actualisées de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS Clinical Practice Guideline, mise à jour 2025), pour les ruptures complètes de petite à moyenne taille, le traitement conservateur (kinésithérapie) et la réparation chirurgicale apportent tous deux une amélioration significative des symptômes, sans supériorité tranchée démontrée dans cette catégorie --- la décision se prend donc au cas par cas, selon l'âge, le niveau d'activité et l'évolution sous rééducation bien conduite. En revanche, pour les ruptures larges, rétractées, ou chez un patient jeune et actif, la réparation chirurgicale est généralement proposée plus précocement afin d'éviter l'aggravation et la dégénérescence musculaire, qui compromettrait les résultats futurs.

Chirurgie

La réparation se fait le plus souvent par arthroscopie (petites incisions, caméra), avec réinsertion du ou des tendons sur l'os à l'aide d'ancres. L'intervention est suivie d'une immobilisation par attelle pendant 4 à 6 semaines puis d'une rééducation progressive sur plusieurs mois. Lorsque la rupture est trop ancienne ou trop étendue pour être réparée, d'autres solutions existent (transferts tendineux, prothèse inversée en cas d'arthrose associée).

Sources : AAOS, Management of Rotator Cuff Injuries — Clinical Practice Guideline, American Academy of Orthopaedic Surgeons, mise à jour 2025 ; Guideline Central, 2025 Updated AAOS Guidelines for Management of Rotator Cuff Injuries, 2025.

Tendinopathie calcifiante de l'épaule
Présentation

Il s'agit du dépôt de cristaux de calcium au sein d'un tendon de la coiffe des rotateurs, le plus souvent le sus-épineux. Sa cause exacte reste mal connue, mais elle touche préférentiellement les femmes entre 30 et 50 ans. Contrairement à une idée reçue, cette calcification n'est pas liée à l'arthrose ni à un excès alimentaire de calcium.

Symptômes

La forme aiguë (dite « en phase de résorption ») provoque une douleur brutale, très intense, parfois invalidante, avec une épaule quasi bloquée. La forme chronique est plus sourde, avec des douleurs mécaniques et nocturnes récurrentes, entrecoupées de poussées.

Diagnostic

La radiographie simple suffit généralement à visualiser la calcification et à en apprécier la taille et la densité. L'échographie permet de la localiser précisément dans le tendon et de guider un éventuel geste. L'IRM n'est utile qu'en cas de doute sur une lésion associée.

Traitement

La grande majorité des calcifications se résorbent spontanément avec le temps, ce qui justifie de toujours privilégier initialement un traitement conservateur : antalgiques, anti-inflammatoires, et infiltration de corticoïdes en cas de poussée aiguë. Une revue publiée dans SICOT-J (2025) sur les options thérapeutiques de la tendinopathie calcifiante confirme cette hiérarchie : le traitement conservateur reste la première ligne, avec un taux de succès de 60 à 80 % dans les formes chroniques. Lorsque la calcification persiste et reste symptomatique, les ondes de choc extracorporelles focalisées bénéficient d'un haut niveau de recommandation, avec des taux de résorption dépassant 80 %. Le lavage-aspiration échoguidé (barbotage), technique mini-invasive réalisée sous anesthésie locale, s'avère supérieur à la simple infiltration de corticoïdes, y compris pour les dépôts volumineux, et peut être associé à des injections de PRP en cas de souffrance tendineuse associée.

Chirurgie

La chirurgie (le plus souvent arthroscopique) n'est envisagée qu'en dernier recours, après au moins 6 mois d'échec des traitements conservateurs et mini-invasifs bien conduits. Elle consiste à retirer directement la calcification et, si besoin, à réparer le tendon. Ses résultats sont comparables à ceux des ondes de choc, pour un coût et un caractère invasif plus importants, ce qui explique qu'elle reste réservée aux formes rebelles.

Sources : Therapeutic options in rotator cuff calcific tendinopathy, SICOT-J, 2025 ; Chronic calcific tendonitis of the rotator cuff: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials comparing operative and nonoperative interventions, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2023.

Capsulite rétractile (épaule gelée)
Présentation

La capsulite rétractile correspond à une inflammation puis à un épaississement et une rétraction de la capsule articulaire de l'épaule, entraînant un enraidissement progressif. Elle touche surtout les personnes entre 40 et 60 ans, plus fréquemment les femmes, les diabétiques et les personnes ayant une pathologie thyroïdienne, mais peut aussi survenir sans cause identifiée.

Symptômes

L'évolution se fait classiquement en trois phases : une phase douloureuse (douleur diffuse, souvent nocturne), une phase d'enraidissement (la douleur diminue mais l'épaule devient très raide, limitant fortement les mouvements actifs et passifs) et une phase de récupération progressive. L'ensemble peut s'étaler sur 12 à 24 mois.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : limitation globale et symétrique des mouvements actifs et passifs de l'épaule, notamment la rotation externe. L'imagerie sert surtout à éliminer une autre cause de douleur et de raideur (rupture de coiffe, arthrose).

Traitement

La capsulite rétractile guérit spontanément dans la grande majorité des cas, mais ce processus est long, d'où l'intérêt de traitements visant à réduire la douleur et à accélérer la récupération. Une mise à jour des recommandations cliniques publiée en 2021 (PMC) souligne l'intérêt des infiltrations intra-articulaires de corticoïdes en phase douloureuse, associées à une kinésithérapie douce et progressive, en évitant les étirements agressifs pendant la phase inflammatoire. L'hydrodilatation (distension capsulaire par injection de sérum sous contrôle échographique ou radiographique) constitue une option validée par des essais contrôlés randomisés récents et une revue Cochrane, permettant d'accélérer le gain d'amplitude articulaire, en particulier lorsqu'elle est associée à des corticoïdes.

Chirurgie

En cas de raideur persistante malgré 6 à 12 mois de traitement conservateur bien conduit, deux options existent : la mobilisation sous anesthésie générale (manipulation de l'épaule pour rompre les adhérences) et la capsulotomie arthroscopique, qui consiste à sectionner chirurgicalement la capsule rétractée pour libérer l'articulation. Cette dernière est aujourd'hui privilégiée en cas d'échec net des traitements conservateurs, suivie d'une rééducation intensive immédiate.

Sources : Clinical Guidelines in the Management of Frozen Shoulder: An Update!, PMC, 2021 ; Cochrane Library, Hydrodilatation for adhesive capsulitis (frozen shoulder), révision 2023-2024.

Instabilité et luxation de l'épaule
Présentation

L'épaule est l'articulation la plus mobile du corps, ce qui la rend aussi la plus exposée aux luxations (sortie complète de la tête humérale de la glène) ou subluxations (déboîtement partiel). La luxation antérieure est de loin la plus fréquente, souvent après un traumatisme sportif chez le sujet jeune, avec un risque élevé de récidive.

Symptômes

Lors d'un épisode aigu : douleur intense, déformation visible de l'épaule, impossibilité de bouger le bras. Après plusieurs récidives, le patient peut ressentir une simple appréhension ou une sensation d'instabilité lors de certains mouvements (bras en armé du bras, au-dessus de la tête), sans luxation franche.

Diagnostic

La radiographie confirme la luxation initiale et élimine une fracture associée. Le scanner évalue précisément la perte osseuse de la glène et de la tête humérale (lésion de Hill-Sachs), un élément clé pour le choix thérapeutique. L'IRM (ou arthro-IRM) recherche les lésions des tissus mous (labrum, ligaments, coiffe).

Traitement

Après un premier épisode, le traitement initial est une courte immobilisation antalgique suivie d'une rééducation de renforcement musculaire. Le risque de récidive dépend fortement de l'âge (très élevé avant 25 ans) et du niveau sportif. En cas d'instabilité récidivante, la chirurgie est généralement recommandée. Le choix technique repose essentiellement sur l'importance de la perte osseuse glénoïdienne : plusieurs études récentes (Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2022-2023) confirment qu'en deçà d'un seuil dit « critique » (classiquement autour de 20-25 % de perte osseuse), une réparation arthroscopique du labrum (technique de Bankart) est efficace, tandis qu'au-delà de ce seuil, ou en cas de perte osseuse dite « subcritique » avec facteurs de risque associés, une butée osseuse (procédure de Latarjet) offre une meilleure stabilité à long terme.

Chirurgie

La réparation de Bankart arthroscopique refixe le labrum et les ligaments déchirés sur le rebord glénoïdien à l'aide d'ancres. La procédure de Latarjet consiste à transférer un fragment osseux (la coracoïde) avec son tendon sur le bord antérieur de la glène pour combler la perte osseuse et créer un effet de butée supplémentaire. Les deux techniques peuvent être réalisées sous arthroscopie ou à ciel ouvert, suivies d'une immobilisation courte puis d'une rééducation progressive avec reprise du sport encadrée.

Sources : Surgical treatment of shoulder instability in active-duty service members with subcritical glenoid bone loss: Bankart vs. Latarjet, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2022-2023 ; Management of bone loss in anterior shoulder instability, Bone & Joint Journal, 2024.

Arthrose gléno-humérale (omarthrose)
Présentation

L'omarthrose est l'usure du cartilage de l'articulation gléno-humérale (entre la tête de l'humérus et la glène de l'omoplate). Elle peut être primitive (liée à l'âge et à l'usure) ou secondaire à un traumatisme ancien, une instabilité répétée ou une rupture ancienne et étendue de la coiffe des rotateurs (arthropathie à coiffe rompue).

Symptômes

Douleur mécanique de l'épaule, aggravée par l'effort et améliorée au repos, associée à une raideur progressive limitant les mobilités, notamment la rotation externe. Des craquements ou blocages peuvent également être ressentis.

Diagnostic

La radiographie standard suffit le plus souvent à confirmer le diagnostic (pincement articulaire, ostéophytes). Le scanner est utile avant chirurgie pour évaluer précisément la forme de la glène et la qualité osseuse ; l'IRM renseigne sur l'état de la coiffe des rotateurs, élément déterminant pour le choix du type de prothèse.

Traitement

Selon la recommandation de pratique clinique de l'AAOS sur l'arthrose gléno-humérale, ainsi que celle, plus récente, de l'American Physical Therapy Association (2023) consacrée à la kinésithérapie dans cette pathologie, la prise en charge initiale associe antalgiques, anti-inflammatoires, kinésithérapie de maintien des amplitudes et de renforcement musculaire, et infiltrations de corticoïdes (voire d'acide hyaluronique) pour les poussées douloureuses. Ces traitements ne modifient pas l'évolution de l'arthrose mais permettent de retarder la chirurgie et d'améliorer le confort au quotidien.

Chirurgie

Lorsque la douleur et la gêne fonctionnelle deviennent trop importantes malgré un traitement conservateur bien conduit, la prothèse d'épaule est proposée. Deux grands types existent : la prothèse anatomique, qui reproduit l'anatomie normale et nécessite une coiffe des rotateurs fonctionnelle, et la prothèse inversée, indiquée lorsque la coiffe est rompue ou de mauvaise qualité, ou en cas d'usure sévère de la glène. Le choix se fait selon l'état des tendons, la forme osseuse et l'âge du patient, avec des résultats fonctionnels et antalgiques généralement très satisfaisants.

Sources : AAOS, Clinical Practice Guideline: Management of Glenohumeral Joint Osteoarthritis, Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons ; Physical Therapist Management of Glenohumeral Joint Osteoarthritis: A Clinical Practice Guideline from the American Physical Therapy Association, Physical Therapy (Oxford Academic), 2023.

Syndrome de conflit sous-acromial
Présentation

Le conflit (ou « impingement ») sous-acromial correspond à un frottement anormal entre les tendons de la coiffe des rotateurs (et la bourse séreuse qui les protège) et la face inférieure de l'acromion, l'os situé au-dessus de l'épaule. Il peut être favorisé par la forme de l'acromion, un déséquilibre musculaire ou une sur-sollicitation répétée (sports ou métiers avec bras au-dessus de la tête).

Symptômes

Douleur de la face antéro-externe de l'épaule, typiquement déclenchée par l'élévation du bras entre 60° et 120° (arc douloureux), et par les mouvements au-dessus de la tête. La douleur peut irradier vers le bras et perturber le sommeil sur le côté atteint.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve des tests de conflit positifs (manœuvres provoquant la douleur en comprimant les tendons sous l'acromion). L'échographie et l'IRM permettent d'évaluer l'état des tendons de la coiffe et de rechercher une inflammation de la bourse ou une rupture associée.

Traitement

Les revues systématiques comparant traitement conservateur et chirurgical pour ce syndrome (Journal of Shoulder and Elbow Surgery ; revue Cochrane) convergent vers une même conclusion : le traitement conservateur doit toujours être proposé en première intention, sur une durée d'au moins 3 à 6 mois. Il repose sur la kinésithérapie (rééducation de la scapulo-thoracique et renforcement excentrique des tendons), les anti-inflammatoires et, si besoin, une infiltration de corticoïdes sous l'acromion pour calmer une poussée douloureuse. Ces revues soulignent que la chirurgie de décompression n'apporte pas de bénéfice net supérieur à une rééducation bien conduite pour de nombreux patients, ce qui a conduit à resserrer ses indications.

Chirurgie

En cas d'échec persistant du traitement conservateur bien mené, une acromioplastie arthroscopique peut être proposée : elle consiste à retirer les becs osseux ou l'excès d'os sous l'acromion pour libérer l'espace de passage des tendons, associée à un nettoyage de la bourse inflammatoire. Ce geste, mini-invasif, est aujourd'hui réservé aux formes rebelles avec un conflit anatomique clairement démontré.

Sources : Conservative or surgical treatment for subacromial impingement syndrome? A systematic review, Journal of Shoulder and Elbow Surgery ; Cochrane Corner, Impingement of the rotator cuff, 2020 (mise à jour de synthèse consultée en 2023).

Lésion SLAP (lésion du bourrelet glénoïdien supérieur)
Présentation

Le terme SLAP (Superior Labrum Anterior to Posterior) désigne une lésion du bourrelet (labrum) situé sur la partie supérieure de la glène, à l'endroit où s'attache le tendon du biceps. Elle survient souvent chez le sportif pratiquant des gestes répétés du bras au-dessus de la tête (lancer, natation, tennis) ou après un traumatisme (chute sur le bras tendu).

Symptômes

Douleur profonde de l'épaule, parfois associée à des sensations de craquement, d'accrochage ou d'instabilité, en particulier lors des mouvements de lancer ou d'armé du bras. La force et la précision du geste sportif peuvent être diminuées.

Diagnostic

L'examen clinique comporte des tests spécifiques du labrum supérieur et du biceps, mais leur fiabilité reste limitée. L'arthro-IRM (IRM avec injection intra-articulaire de produit de contraste) est l'examen de référence pour visualiser précisément ce type de lésion.

Traitement

La première étape reste toujours conservatrice : repos sportif relatif, kinésithérapie de rééquilibrage musculaire de l'épaule et de la scapula, anti-inflammatoires. De nombreux patients, notamment en dehors du sport de haut niveau, s'améliorent ainsi sans chirurgie. Lorsque la gêne persiste malgré une rééducation adaptée, une prise en charge chirurgicale peut être discutée.

Chirurgie

Deux options existent : la réparation directe du labrum par arthroscopie (réinsertion à l'aide d'ancres) et la ténodèse du biceps (fixation du tendon du biceps plus bas, en dehors de l'articulation). Plusieurs travaux récents (dont une analyse comparative appariée publiée dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery en 2024) montrent que la réparation directe est associée à un taux plus élevé de reprises chirurgicales et de diagnostics ultérieurs de coiffe des rotateurs, en particulier chez les patients de plus de 35-40 ans. C'est pourquoi la ténodèse du biceps est de plus en plus souvent privilégiée chez ces patients, la réparation du labrum restant réservée aux sportifs jeunes avec une lésion isolée bien caractérisée.

Sources : Superior labrum anterior to posterior (SLAP) repair is associated with increased rate of subsequent rotator cuff diagnoses and revision surgery: a propensity-matched comparison, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2024 ; Surgical Treatment of Superior Labral/Biceps Pathology in the Overhead Thrower, PubMed, 2023.

Arthropathie acromio-claviculaire
Présentation

L'articulation acromio-claviculaire relie l'extrémité externe de la clavicule à l'acromion, au sommet de l'épaule. Elle peut s'user avec le temps (arthrose), notamment après une pratique sportive intensive (musculation, sports de contact) ou une ancienne entorse/luxation de cette articulation.

Symptômes

Douleur localisée au sommet de l'épaule, augmentée par les mouvements croisant le bras devant le corps (par exemple attraper la ceinture de sécurité) ou en position extrême d'élévation. Une petite tuméfaction ou une saillie osseuse peut parfois être palpée à cet endroit.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve une douleur à la palpation directe de l'articulation et lors du test d'adduction croisée du bras. La radiographie confirme le pincement articulaire et les remaniements osseux ; une infiltration test à visée diagnostique (anesthésique local) permet de confirmer que la douleur provient bien de cette articulation.

Traitement

Une revue systématique consacrée au traitement de l'arthrose primitive acromio-claviculaire (Journal of Orthopaedic Surgery, 2024) confirme la place du traitement conservateur en première intention : repos relatif, anti-inflammatoires, kinésithérapie et infiltrations locales de corticoïdes, avec un bon taux de succès pour les formes modérées.

Chirurgie

En cas de douleur persistante malgré un traitement conservateur bien conduit, une résection de l'extrémité distale de la clavicule (quelques millimètres à un centimètre) peut être réalisée, le plus souvent par arthroscopie. Ce geste supprime le contact douloureux entre les deux os sans compromettre la stabilité de l'épaule, avec une récupération habituellement rapide et de bons résultats fonctionnels.

Sources : A systematic review of the treatment of primary acromioclavicular joint osteoarthritis, Journal of Orthopaedic Surgery, 2024 ; Arthroscopic Distal Clavicle and Medial Border of Acromion Resection for Symptomatic Acromioclavicular Joint Osteoarthritis, PMC, 2017.

Fracture de la clavicule
Présentation

La clavicule est l'os le plus fréquemment fracturé du corps humain, le plus souvent au niveau de son tiers moyen, à la suite d'une chute sur l'épaule ou sur la main, d'un accident de vélo ou de sport de contact. Elle touche particulièrement l'adulte jeune et sportif.

Symptômes

Douleur vive et immédiate, déformation ou saillie visible sous la peau, impossibilité de lever le bras, parfois ecchymose locale. Le bras est spontanément maintenu collé au corps par le patient.

Diagnostic

La radiographie standard de la clavicule suffit dans la grande majorité des cas à confirmer la fracture, à préciser sa localisation, son déplacement et son raccourcissement, éléments déterminants pour le choix thérapeutique.

Traitement

Pour les fractures du tiers moyen de la clavicule, une revue systématique publiée dans EFORT Open Reviews (2025-2026) comparant traitement conservateur et chirurgical confirme que la grande majorité des fractures peu ou pas déplacées guérissent bien avec un traitement fonctionnel simple : écharpe ou anneaux claviculaires quelques semaines, antalgiques, puis rééducation progressive de l'épaule dès la disparition de la douleur aiguë. Ce traitement reste la référence pour la majorité des patients.

Chirurgie

Le traitement chirurgical (ostéosynthèse par plaque vissée) est réservé aux fractures significativement déplacées ou raccourcies (au-delà de 2 cm), aux fractures ouvertes, à celles menaçant la peau ou associées à une atteinte vasculo-nerveuse, ainsi que chez certains patients jeunes et très actifs ou sportifs de haut niveau souhaitant une récupération plus rapide et prévisible. La revue EFORT souligne que si la chirurgie peut réduire le risque de pseudarthrose et améliorer certains scores fonctionnels précoces dans les fractures déplacées, le bénéfice doit toujours être mis en balance avec les risques propres à l'intervention.

Sources : Conservative vs surgical treatment of midshaft clavicular fractures: a systematic review, EFORT Open Reviews, 2025-2026 ; StatPearls, Clavicle Fracture, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023.

Fracture de l'humérus proximal
Présentation

La fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus (partie haute de l'os du bras, proche de l'épaule) survient le plus souvent chez la personne âgée à l'occasion d'une chute de sa hauteur (os fragilisé par l'ostéoporose), ou chez le sujet jeune lors d'un traumatisme à haute énergie.

Symptômes

Douleur intense de l'épaule et du bras, gonflement rapide, ecchymose pouvant s'étendre jusqu'au thorax ou au coude, impotence fonctionnelle quasi totale du bras.

Diagnostic

La radiographie standard confirme la fracture et permet une première classification selon le nombre de fragments osseux déplacés. Un scanner est souvent réalisé en complément pour analyser précisément la configuration de la fracture avant de décider d'une éventuelle chirurgie.

Traitement

Plusieurs revues narratives récentes (2024-2025) sur la prise en charge des fractures de l'humérus proximal, en particulier chez le sujet âgé, confirment que le traitement conservateur (immobilisation par écharpe, sans réduction ni chirurgie) reste la référence pour la grande majorité des fractures peu ou pas déplacées, y compris certaines fractures à plusieurs fragments chez les patients âgés à faible demande fonctionnelle, avec une rééducation précoce et progressive dès que la douleur le permet.

Chirurgie

La chirurgie est envisagée pour les fractures significativement déplacées, instables ou touchant des patients jeunes et actifs, avec plusieurs options : ostéosynthèse par plaque et vis, embrochage pour certaines formes simples, ou remplacement prothétique (prothèse anatomique ou, plus souvent aujourd'hui pour les fractures complexes à 3-4 fragments chez le sujet âgé, prothèse inversée d'épaule) lorsque la reconstruction n'est pas fiable. Une méta-analyse récente comparant traitement conservateur et prothèse inversée dans les fractures à 3-4 fragments confirme l'intérêt de cette dernière pour restaurer rapidement une fonction fiable dans les formes les plus complexes.

Sources : Management of Proximal Humerus Fractures in Elderly Patients: A Narrative Review, PMC, 2025 ; Non-operative versus reverse shoulder arthroplasty for the treatment of 3- or 4-part proximal humeral fractures: A systematic review and meta-analysis, PMC, 2025 ; Conservative Treatment of Proximal Humerus Fractures: When, How, and What to Expect, Current Reviews in Musculoskeletal Medicine, 2022.

Nerfs proximaux et plexus brachial

Paralysie du nerf radial
Présentation

Le nerf radial commande l'extension du poignet et des doigts, ainsi qu'une partie de la sensibilité du dos de la main. Il chemine tout contre l'os du bras (l'humérus), ce qui le rend particulièrement exposé lors des fractures de cet os ou lors d'une compression prolongée (par exemple un bras resté comprimé pendant un sommeil profond, parfois appelé « paralysie des amoureux »). Sa lésion entraîne une perte de commande des muscles extenseurs, avec un retentissement fonctionnel important sur la main.

Symptômes

Le signe le plus caractéristique est le « poignet tombant » (main pendante) : le patient ne peut plus relever activement le poignet ni tendre les doigts au niveau des articulations de la base. L'extension du pouce est également touchée. Une zone d'engourdissement ou de perte de sensibilité apparaît souvent sur le dos de la main, entre le pouce et l'index. La force de préhension est diminuée car un poignet qui ne peut pas se stabiliser en extension limite l'efficacité des fléchisseurs des doigts.

Diagnostic

L'examen clinique par le chirurgien recherche le déficit moteur typique et la zone sensitive atteinte, et permet souvent d'orienter vers le niveau de la lésion (au bras, au coude ou plus bas). Un électromyogramme (EMG) confirme l'atteinte, précise sa sévérité et permet de suivre son évolution dans le temps. Une imagerie (radiographie en cas de fracture associée, parfois échographie ou IRM du nerf) complète le bilan selon le contexte, notamment traumatique.

Traitement

Lorsque la paralysie fait suite à une compression simple ou à une neurapraxie (atteinte fonctionnelle du nerf sans section), une récupération spontanée est fréquente en quelques semaines à quelques mois, et le traitement repose alors sur une attelle de poignet en extension associée à de la rééducation, avec surveillance clinique et électrique régulière. En cas de plaie ou de fracture avec suspicion de section nerveuse, une exploration chirurgicale est proposée plus précocement. Les données récentes de la littérature comparant les transferts nerveux et les transferts tendineux dans les paralysies radiales irrécupérables montrent que les transferts tendineux offrent souvent une récupération motrice plus rapide et des taux de résultats « excellents » plus élevés, tandis que les transferts nerveux exposent à moins de complications mécaniques ; le choix se fait donc au cas par cas selon le délai, l'âge et les objectifs fonctionnels du patient.

Chirurgie

Deux grandes stratégies existent. Le transfert tendineux consiste à réorienter un tendon fonctionnel voisin pour restaurer l'extension du poignet et des doigts ; il est proposé notamment quand la récupération nerveuse spontanée n'a pas eu lieu après plusieurs mois ou lorsque la lésion est jugée irrécupérable. Le transfert nerveux consiste à brancher un nerf ou une branche nerveuse fonctionnelle sur le nerf radial ou ses branches motrices, idéalement dans les premiers mois suivant la lésion, tant que les muscles cibles restent stimulables. En cas de section franche identifiée précocement, une suture ou une greffe nerveuse directe reste la première option lorsqu'elle est techniquement possible.

Sources : Alrashidi et al., « Comparative efficacy of nerve transfer versus tendon transfer in radial palsy », systematic review and meta-analysis, 2023 (PubMed) ; Bertelli, « Comparison of nerve versus tendon transfer for radial nerve palsy », 2023 (PubMed).

Paralysie du nerf médian (haute, au bras)
Présentation

Le nerf médian assure la commande de nombreux muscles de l'avant-bras et de la main (flexion des doigts, mouvements du pouce) ainsi que la sensibilité de la paume et des trois premiers doigts. Une atteinte « haute », c'est-à-dire au niveau du bras ou du coude, touche l'ensemble de son territoire moteur et sensitif, contrairement à une atteinte basse (au poignet, comme dans le syndrome du canal carpien) qui n'affecte que les muscles de la main. Les causes principales sont les traumatismes (plaies, fractures du coude), les luxations du coude et plus rarement des compressions.

Symptômes

Le patient perd la capacité de fléchir le pouce et les deux premiers doigts, ce qui se traduit par l'impossibilité de faire un poing complet et par un signe caractéristique appelé « main de prédicateur » ou « main de bénédiction » lors de la tentative de fermeture du poing. La pince entre le pouce et l'index devient impossible. Une perte de sensibilité touche la paume et la face palmaire du pouce, de l'index, du majeur et de la moitié de l'annulaire, avec un risque de blessures ou de brûlures passant inaperçues du fait de l'anesthésie.

Diagnostic

L'examen clinique recherche le déficit moteur et sensitif décrit ci-dessus et localise le niveau probable de l'atteinte. L'EMG est l'examen de référence pour confirmer l'atteinte du nerf médian, préciser son niveau et sa gravité, et suivre la repousse nerveuse dans le temps puisque celle-ci progresse à une vitesse d'environ 1 mm par jour. Une imagerie complémentaire aide à rechercher une cause compressive ou une lésion associée.

Traitement

La prise en charge dépend directement de la cause. Si le nerf est en continuité (pas de section) après un traumatisme fermé, une surveillance clinique et électrique est organisée avec rééducation et attelles adaptées pour prévenir les rétractions, en attendant une éventuelle récupération spontanée. En l'absence de tout signe de récupération après un délai raisonnable (habituellement quelques mois, confirmé par l'EMG), ou d'emblée en cas de plaie franche, une prise en charge chirurgicale est envisagée. Les publications récentes sur les transferts tendineux dans les paralysies hautes du médian confirment leur efficacité pour restaurer la flexion du pouce et des doigts lorsque la récupération nerveuse est absente ou incomplète, y compris avec des techniques modernes réalisées sous anesthésie locale sans garrot, qui permettent de vérifier la tension du transfert pendant l'intervention.

Chirurgie

En cas de section nerveuse identifiée, une suture directe ou une greffe de nerf est réalisée le plus tôt possible, car les chances de récupération motrice diminuent avec le temps écoulé. Lorsque la récupération nerveuse est jugée insuffisante ou trop tardive, des transferts tendineux permettent de redonner une flexion utile du pouce et des doigts en utilisant des muscles sains dont la fonction est réorientée chirurgicalement. Le choix et le nombre de transferts sont adaptés à chaque patient selon les muscles restés fonctionnels.

Sources : Sabapathy et al., « Wide-awake local anesthesia no tourniquet tendon transfers in high median nerve palsy », 2025 (PubMed/PMC) ; Kozin, « Tendon transfers for radial, median, and ulnar nerve palsy », actualisé par la littérature récente (PubMed).

Paralysie du nerf ulnaire (haute, au bras)
Présentation

Le nerf ulnaire (autrefois appelé nerf cubital) commande la plupart des petits muscles de la main (dits « intrinsèques »), essentiels à la dextérité fine, ainsi que la sensibilité de l'auriculaire et de la moitié de l'annulaire. Une atteinte haute, au niveau du coude ou du bras, est souvent liée à un traumatisme (fracture, plaie, luxation du coude) ou à une compression sévère au coude. Elle a des conséquences plus marquées sur la force de la main qu'une atteinte basse au poignet.

Symptômes

Le tableau associe une griffe des doigts (déformation en flexion des deux derniers doigts, dite « griffe ulnaire »), une perte de force pour écarter et rapprocher les doigts, et une pince pouce-index affaiblie qui se traduit par le signe de Froment (le patient fléchit anormalement le pouce pour compenser la faiblesse du muscle adducteur lors d'une pince avec une feuille de papier). Une perte de sensibilité touche le bord interne de la main, l'auriculaire et la moitié de l'annulaire. La dextérité fine est nettement diminuée, ce qui gêne les gestes de la vie quotidienne.

Diagnostic

L'examen clinique recherche la griffe, le signe de Froment et le déficit sensitif caractéristique, et teste la force des muscles intrinsèques un par un. L'EMG confirme l'atteinte du nerf ulnaire, précise son niveau exact et sa sévérité, et permet un suivi objectif de la récupération. Une imagerie recherche une cause compressive, une fracture ou une séquelle de luxation.

Traitement

En l'absence de section nerveuse, une période de surveillance avec rééducation et attelles anti-griffe est proposée, le temps de juger de la récupération spontanée. Si le nerf ne récupère pas de façon satisfaisante après plusieurs mois, ou d'emblée en cas de plaie avec section, une prise en charge chirurgicale est nécessaire. La littérature récente sur les transferts tendineux dans les paralysies ulnaires confirme leur intérêt pour corriger la griffe et restaurer une pince fonctionnelle lorsque la récupération nerveuse est absente ou incomplète.

Chirurgie

Lorsqu'une section est identifiée, la réparation nerveuse (suture ou greffe) est réalisée le plus précocement possible pour maximiser les chances de récupération des muscles intrinsèques. En cas de paralysie installée ou de récupération jugée insuffisante, des transferts tendineux corrigent la griffe des doigts et restaurent une pince pouce-index efficace en utilisant des tendons sains réorientés vers les fonctions déficitaires.

Sources : Kozin, « Tendon transfers for radial, median, and ulnar nerve palsy », Journal of Hand Surgery, 2013 (PubMed) ; revue « Tendon transfer for tardive ulnar nerve palsy », 2017 (PubMed).

Syndrome du défilé thoraco-brachial (thoracic outlet syndrome)
Présentation

Le défilé thoraco-brachial est l'espace étroit situé entre la clavicule, la première côte et les muscles du cou (muscles scalènes), par lequel transitent les nerfs du plexus brachial et les vaisseaux sanguins destinés au bras. Lorsque cet espace est anormalement réduit --- par une côte cervicale surnuméraire, une anomalie musculaire, une mauvaise posture ou un antécédent traumatique --- les structures nerveuses ou vasculaires peuvent être comprimées. La forme la plus fréquente, dite neurogène, touche le plexus brachial ; des formes plus rares touchent la veine ou l'artère sous-clavière.

Symptômes

La forme neurogène se manifeste par des douleurs et des fourmillements du cou, de l'épaule et du bras, souvent déclenchés ou aggravés par certaines positions (bras levé, port de charges, position prolongée). Une faiblesse et un engourdissement peuvent toucher la main, en particulier son bord interne. Dans les formes évoluées, une fonte musculaire de la main peut apparaître, signe de gravité qui doit alerter. Les formes vasculaires se traduisent par un gonflement, une décoloration ou une froideur du bras.

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique, qui recherche la reproduction des symptômes lors de manœuvres positionnelles spécifiques du bras et de l'épaule. L'EMG aide à confirmer l'atteinte neurologique et à éliminer d'autres diagnostics (syndrome du canal carpien, hernie discale cervicale). Une imagerie du rachis cervical et du défilé (radiographies, échographie-doppler ou angio-scanner/angio-IRM en cas de suspicion vasculaire) complète le bilan.

Traitement

Les recommandations de consensus les plus récentes (groupe de travail international INTOS, et consensus de la Société européenne de neurochirurgie) confirment que le traitement de première intention de la forme neurogène, en l'absence de faiblesse ou de fonte musculaire, est non chirurgical : rééducation spécifique (kinésithérapie ciblée sur la posture et la mobilité du défilé), antalgiques, et parfois infiltrations. Une étude citée dans ce consensus rapporte une amélioration satisfaisante chez environ 27 % des patients après seulement six semaines de rééducation bien conduite. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ce traitement conservateur bien mené, ou d'emblée en cas de déficit moteur ou de fonte musculaire.

Chirurgie

Lorsque l'indication chirurgicale est retenue, l'intervention vise à libérer le défilé en réséquant les structures responsables de la compression (côte cervicale ou première côte surnuméraire, bandelettes fibreuses, muscle scalène). Le consensus européen récent privilégie la voie d'abord sus-claviculaire antérieure, jugée plus sûre et offrant un meilleur accès que la voie transaxillaire historique, tandis que la question de la résection systématique de la première côte reste débattue. La décision opératoire et la technique sont toujours adaptées au sous-type précis du syndrome et à la sévérité clinique.

Sources : Thoracic Outlet Syndrome Part II --- Consensus on the Management of Neurogenic Thoracic Outlet Syndrome, European Association of Neurosurgical Societies (EANS), Neurosurgery, 2023 ; Consensus Recommendations for Neurogenic Thoracic Outlet Syndrome from the INTOS Workgroup, 2024.

Lésions traumatiques du plexus brachial
Présentation

Le plexus brachial est le réseau de nerfs, situé entre le cou et l'aisselle, qui commande l'ensemble du membre supérieur et transmet sa sensibilité. Il peut être lésé lors de traumatismes violents (accidents de moto ou de sport à haute énergie, chutes) qui étirent brutalement le cou et l'épaule dans des directions opposées, ou lors de plaies pénétrantes. La gravité va de l'étirement simple à l'arrachement complet des racines nerveuses au niveau de la moelle épinière, appelé avulsion, qui est la forme la plus sévère.

Symptômes

Le tableau dépend de l'étendue et du niveau de la lésion : il peut s'agir d'une paralysie complète du membre supérieur ou d'une atteinte limitée à certains mouvements. Une perte de sensibilité accompagne généralement le déficit moteur, et des douleurs neuropathiques intenses (décrites comme des brûlures ou des décharges électriques) sont fréquentes, en particulier lors des avulsions. Un signe évocateur d'avulsion est le syndrome de Claude Bernard-Horner (paupière tombante et pupille rétrécie du même côté).

Diagnostic

Le bilan associe un examen clinique neurologique détaillé, testant chaque muscle et chaque territoire sensitif pour localiser précisément le niveau de l'atteinte, et des examens complémentaires indispensables : l'IRM (et parfois le myélo-scanner) pour visualiser l'état des racines nerveuses près de la moelle épinière et différencier une avulsion d'une lésion plus périphérique, et l'EMG, répété à intervalles réguliers, pour suivre l'évolution électrique des nerfs et des muscles. Cette évaluation, souvent renouvelée sur plusieurs semaines, est essentielle pour décider du moment et du type de prise en charge chirurgicale.

Traitement

Une revue récente de la littérature souligne qu'il n'existe pas, à ce jour, de recommandations internationales pleinement consensuelles sur la prise en charge de ces lésions complexes, notamment sur le délai exact d'intervention pour les lésions dites post-ganglionnaires. En revanche, un point fait consensus : les lésions par avulsion des racines (pré-ganglionnaires) relèvent d'une prise en charge chirurgicale précoce, car aucune réparation directe de la racine n'est possible à ce niveau. Pour les autres lésions, une période d'observation clinique et électrique de quelques semaines à quelques mois est souvent proposée afin de documenter une éventuelle récupération spontanée avant de décider d'opérer.

Chirurgie

Selon le type et le niveau de la lésion, plusieurs techniques peuvent être proposées, parfois associées entre elles : la greffe nerveuse, qui comble une perte de substance en utilisant un nerf prélevé ailleurs dans le corps ; le transfert nerveux (ou neurotisation), qui consiste à brancher un nerf sain et moins essentiel sur le nerf paralysé pour lui redonner une fonction, technique de plus en plus utilisée notamment pour restaurer la flexion du coude et certains mouvements de l'épaule ; et, à distance de la lésion initiale ou en complément, des transferts tendineux ou musculaires pour les fonctions qui n'ont pas pu être restaurées par la chirurgie nerveuse. Le choix et la combinaison de ces techniques sont toujours individualisés, en fonction du niveau lésionnel, du délai écoulé et des objectifs fonctionnels prioritaires (le plus souvent la flexion du coude et la stabilité de l'épaule).

Sources : Scoping Review of the Published Guidelines for the Management of Traumatic Brachial Plexus Injuries, Cureus, 2025 (PMC) ; Goubier, Battiston, Casanas, Quick, « Adult traumatic brachial plexus injuries: advances and current updates », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2024.

Domaines de prise en charge

Un catalogue détaillé des pathologies les plus fréquentes de la main et du membre supérieur : présentation, symptômes, diagnostic et options de traitement.

Main

Nerfs et compressions

Syndrome du canal carpien
Présentation

Le canal carpien est un tunnel étroit situé à la face palmaire du poignet, délimité par les os du carpe et un ligament épais (le ligament annulaire antérieur du carpe). Il livre passage au nerf médian, qui assure la sensibilité du pouce, de l'index, du majeur et de la moitié de l'annulaire, ainsi qu'une partie de la motricité du pouce. Le syndrome du canal carpien correspond à une compression de ce nerf à l'intérieur du tunnel. C'est, de très loin, la neuropathie de compression la plus fréquente au niveau de la main.

Symptômes

Les premiers signes sont des fourmillements (paresthésies) et des engourdissements des trois premiers doigts, souvent nocturnes, réveillant le patient et soulagés en secouant la main. Avec le temps peuvent apparaître des douleurs irradiant vers l'avant-bras, une maladresse, puis une perte de force pour les gestes de pince (tenir un objet, boutonner une chemise) et, dans les formes évoluées, une fonte du muscle situé à la base du pouce (amyotrophie thénarienne).

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique : reproduction des fourmillements en percutant le nerf au poignet (signe de Tinel) ou en maintenant le poignet fléchi (test de Phalen), associée à un questionnaire validé (score CTS-6). Selon les recommandations 2024 de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS), ce score clinique suffit souvent à poser le diagnostic, sans qu'un électromyogramme (EMG, test mesurant la conduction nerveuse) ou une imagerie soit systématiquement nécessaire, ce qui évite des examens inconfortables et coûteux inutiles.

Traitement

En première intention, on propose une attelle de repos nocturne et une adaptation des gestes répétitifs. Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager temporairement mais les recommandations AAOS 2024 soulignent qu'elles n'apportent pas de bénéfice durable, tout comme les injections de plasma riche en plaquettes (PRP), qui ne sont plus conseillées en routine. Lorsque les symptômes persistent, s'aggravent ou qu'une perte de force apparaît, la chirurgie devient l'option la plus efficace et durable.

Chirurgie

L'intervention consiste à sectionner le ligament qui comprime le nerf, afin de lui rendre de l'espace : c'est la « neurolyse » du nerf médian. Elle peut être réalisée à ciel ouvert (mini-incision) ou sous endoscopie, les deux techniques donnant des résultats comparables à long terme selon l'AAOS. Elle se fait le plus souvent sous simple anesthésie locale, en ambulatoire, parfois même au cabinet. Une kinésithérapie systématique n'est pas nécessaire après l'opération, et de simples antalgiques (paracétamol, anti-inflammatoires) suffisent à gérer les suites. Les fourmillements nocturnes disparaissent en général très rapidement, la récupération de la sensibilité fine et de la force étant plus progressive.

Sources : American Academy of Orthopaedic Surgeons, Management of Carpal Tunnel Syndrome — Clinical Practice Guideline, mise à jour 2024 ; Kadhum et al., Improved Agreement With AAOS Clinical Practice Guidelines on Carpal Tunnel Syndrome, 2022 (PubMed).

Syndrome du canal de Guyon (compression du nerf ulnaire au poignet)
Présentation

Le canal de Guyon est un petit tunnel situé à la face antérieure et interne du poignet, entre deux reliefs osseux (le pisiforme et l'apophyse du crochu). Il livre passage au nerf ulnaire (ou cubital) et à l'artère ulnaire. Sa compression peut être due à un kyste synovial (la cause la plus fréquente), une fracture de l'apophyse du crochu de l'hamatum (fréquente chez les cyclistes et sportifs de raquette), un appui répété sur le talon de la main (cyclisme, bricolage, usage d'outils vibrants) ou une anomalie de l'artère ulnaire.

Symptômes

Le tableau associe des fourmillements et un engourdissement du petit doigt et de la moitié interne de l'annulaire, en respectant en général la paume et le dos de la main (contrairement à une atteinte du nerf ulnaire au coude). Selon la partie du nerf touchée, une faiblesse des petits muscles de la main peut s'installer, entraînant une perte de force pour écarter les doigts ou une maladresse dans les gestes de pince fine, parfois jusqu'à une déformation en griffe dans les formes sévères et négligées.

Diagnostic

L'examen clinique recherche la reproduction des symptômes par la percussion du canal (signe de Tinel), évalue la force des muscles de la main et la sensibilité. Un électromyogramme permet de localiser précisément la compression et de la différencier d'une atteinte au coude. Une échographie ou une IRM est utile pour rechercher une cause compressive (kyste, fracture, anévrisme de l'artère ulnaire).

Traitement

Pour les formes légères à modérées évoluant depuis moins de trois mois, l'étude européenne multidisciplinaire HANDGUIDE recommande un traitement conservateur : port d'une attelle de poignet en position neutre la nuit pendant plusieurs semaines, éviction des appuis répétés (réglage du guidon pour les cyclistes), rééducation par glissements nerveux. Les anti-inflammatoires et les infiltrations de corticoïdes n'ont, en revanche, pas démontré de bénéfice selon cette même étude. Au-delà de trois mois d'évolution, en cas de symptômes modérés à sévères ou de lésion causale identifiée, la décompression chirurgicale est recommandée.

Chirurgie

L'opération consiste à ouvrir le canal de Guyon pour libérer le nerf et à traiter la cause lorsqu'elle est identifiée (ablation d'un kyste, résection d'un fragment osseux fracturé). Chez les sportifs présentant une fracture de l'apophyse du crochu, la simple ablation du fragment donne d'excellents résultats, avec une reprise du sport en trois à quatre semaines. En cas d'atteinte artérielle symptomatique, un geste vasculaire peut être associé. Les suites sont généralement simples, avec une rééducation adaptée si nécessaire.

Sources : Jager et al., How to treat Guyon's canal syndrome? Results from the European HANDGUIDE study, 2013 (PubMed) ; StatPearls, Guyon Canal Syndrome, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 ; Chen et al., Influential factors of surgical decompression for ulnar nerve neuropathy in Guyon's canal, 2021 (PubMed).

Syndrome du tunnel radial (compression du nerf interosseux postérieur)
Présentation

Le nerf interosseux postérieur est la branche profonde et motrice du nerf radial ; il chemine dans l'avant-bras à travers un muscle, le supinateur, au niveau d'un défilé appelé « arcade de Frohse ». Sa compression à cet endroit donne deux tableaux différents selon le degré d'atteinte : le syndrome du tunnel radial, où domine la douleur sans déficit moteur franc, et le véritable syndrome du nerf interosseux postérieur, où une paralysie motrice s'installe. Ces deux situations sont parfois confondues avec une épicondylite latérale (« tennis elbow »), avec laquelle elles peuvent d'ailleurs coexister.

Symptômes

Dans le syndrome du tunnel radial, le patient ressent une douleur profonde de la face externe de l'avant-bras, sous le coude, aggravée par la préhension, l'extension du poignet ou la rotation de l'avant-bras. Dans le syndrome du nerf interosseux postérieur proprement dit, la douleur s'efface progressivement au profit d'une faiblesse, voire d'une impossibilité d'étendre les doigts et le pouce, avec un poignet qui part en déviation externe à l'extension (car le muscle qui l'étend en ligne droite est épargné) ; il n'y a en revanche aucun trouble de la sensibilité, ce nerf étant purement moteur à ce niveau.

Diagnostic

Le diagnostic reste avant tout clinique : douleur reproduite à la pression environ quatre centimètres sous le coude, ainsi que par la mise en tension du nerf (extension résistée du majeur, supination résistée). D'après une revue systématique récente portant sur ce sujet, la valeur de l'électromyogramme reste débattue et inconstante d'une étude à l'autre. Une IRM ou une échographie est demandée en cas de suspicion de lésion compressive sous-jacente (kyste, lipome), en particulier devant une véritable paralysie.

Traitement

Le traitement de première intention est non chirurgical : adaptation des gestes en cause (éviter la répétition d'extension du coude associée à la pronation de l'avant-bras), anti-inflammatoires, attelle de repos amovible. Une infiltration locale de corticoïdes dans le tunnel radial peut apporter un soulagement notable, une étude rapportant une résolution complète de la douleur chez 72 % des patients à six semaines. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ce traitement conservateur bien conduit, ou d'emblée en cas de paralysie motrice vraie, surtout si une lésion compressive est identifiée à l'imagerie.

Chirurgie

L'intervention consiste à libérer le nerf interosseux postérieur sur tout son trajet à travers le supinateur, en levant l'arcade de Frohse et les brides fibreuses responsables de la compression, et à retirer une éventuelle lésion causale. Les taux de succès rapportés dans la littérature sont plus modestes que pour d'autres syndromes canalaires (de l'ordre de 60 à 70 %), et la récupération, notamment motrice, peut demander plusieurs mois, parfois jusqu'à 9 à 18 mois, le temps que le nerf se régénère.

Sources : Naam & Nemani, Radial Tunnel Syndrome, Orthopedic Clinics of North America, 2021 (PubMed) ; revue systématique, Diagnosis and Treatment of Posterior Interosseous Nerve Entrapment, Acta Ortopédica Brasileira, PMC, 2017 ; StatPearls, Radial Tunnel Syndrome, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023.

Névrome post-traumatique (névrome d'amputation / névrome digital)
Présentation

Un névrome n'est pas une tumeur mais une repousse désorganisée des fibres nerveuses après la section complète ou partielle d'un nerf, qu'elle soit accidentelle (traumatisme, plaie) ou chirurgicale (amputation d'un doigt). Les extrémités des fibres nerveuses, au lieu de retrouver leur cible initiale, forment un petit nodule fibreux et hypersensible. Cette situation est particulièrement fréquente au niveau des nerfs digitaux, très superficiels et exposés lors des traumatismes de la main et des amputations partielles de doigt.

Symptômes

Le maître symptôme est une douleur localisée, souvent décrite comme une décharge électrique ou une brûlure, déclenchée ou aggravée par le simple contact, le froid, ou l'appui (par exemple au bout d'un moignon d'amputation). On retrouve un signe de Tinel très net : la percussion de la zone reproduit exactement la douleur ressentie par le patient. Une hypersensibilité au toucher (allodynie) peut gêner considérablement les gestes du quotidien et l'usage d'une prothèse le cas échéant.

Diagnostic

L'examen clinique, avec la recherche du signe de Tinel et la palpation d'un nodule sensible, oriente fortement le diagnostic. Un bloc anesthésique local (injection de lidocaine) au site suspect, qui fait disparaître temporairement la douleur, permet de confirmer que le névrome en est bien responsable. Une échographie ou une IRM peut visualiser le névrome et écarter d'autres causes de douleur du moignon ou du doigt.

Traitement

Le traitement débute par des mesures non chirurgicales : désensibilisation par massages du moignon, percussions douces, stimulation électrique transcutanée (TENS), en lien avec un kinésithérapeute spécialisé de la main. Sur le plan médicamenteux, les molécules à visée neuropathique (gabapentine, prégabaline), certains antidépresseurs (amitriptyline, duloxétine) et les traitements locaux (patchs de lidocaïne, capsaïcine) peuvent réduire significativement la douleur. Lorsque ce traitement conservateur échoue et que le retentissement fonctionnel est important, la chirurgie est discutée.

Chirurgie

Plusieurs techniques, validées par une revue systématique récente, peuvent être proposées selon la localisation et le contexte : la réparation directe du nerf lorsque cela est possible (jusqu'à 84 % de patients soulagés dans certaines séries), la transposition de l'extrémité nerveuse dans un muscle, une veine ou l'os pour la mettre à l'abri des chocs, l'interface nerveuse périphérique régénérative (RPNI), qui consiste à implanter le nerf dans un greffon musculaire libre (environ 85 % de bons résultats rapportés), ou encore la réinnervation musculaire ciblée (TMR), particulièrement intéressante chez les patients amputés puisqu'elle prévient la formation du névrome tout en améliorant le contrôle d'une éventuelle prothèse. Le choix de la technique est adapté à chaque patient par le chirurgien.

Sources : Shadid et al., Surgical Management of Digital Neuromas: A Systematic Review of Techniques, Outcomes, and Pain Relief, Hand, 2026 (PubMed) ; Management of digital neuromas: an update on current nonoperative and operative interventions, Plastic and Aesthetic Research, 2023 ; Maslow et al., Digital Nerve Management and Neuroma Prevention in Hand Amputations, Hand, 2023 (PubMed/PMC).

Tendons et maladie de Dupuytren

Doigt à ressaut (ténosynovite sténosante)
Présentation

Le doigt à ressaut est une pathologie fréquente qui touche le système des tendons fléchisseurs, ces cordages qui permettent de plier les doigts. Autour de chaque tendon fléchisseur, une gaine (une sorte de tunnel fibreux) le maintient plaqué contre l'os. Lorsque le tendon s'épaissit ou que la poulie d'entrée de ce tunnel (appelée poulie A1, située à la base du doigt) se rétrécit, le tendon a du mal à glisser librement. Il se bloque puis se débloque brutalement, provoquant le fameux « ressaut ». Cette affection touche préférentiellement les femmes entre 50 et 60 ans, les diabétiques et les personnes exerçant des activités manuelles répétitives.

Symptômes

Le patient décrit un doigt qui « accroche » ou se bloque en flexion, avec un ressaut douloureux au moment où il se débloque, parfois avec l'aide de l'autre main. Une petite boule douloureuse (nodule) est souvent palpable à la base du doigt, dans la paume. La raideur est plus marquée le matin. Dans les formes évoluées, le doigt peut rester bloqué en flexion (blocage complet).

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : l'examen du chirurgien, qui recherche le nodule et le ressaut lors de la flexion-extension du doigt, suffit dans la grande majorité des cas. Aucune imagerie n'est indispensable, mais une échographie peut être utile en cas de doute diagnostique ou pour visualiser l'épaississement de la poulie A1.

Traitement

En première intention, on propose une adaptation des activités, éventuellement une attelle nocturne, et surtout une infiltration de corticoïdes au niveau de la poulie A1, qui reste le traitement de référence en première ligne : les études récentes confirment un taux de succès significatif, en particulier pour les formes peu évoluées, même si le risque de récidive existe et peut justifier une seconde infiltration. Lorsque les infiltrations échouent ou que le blocage est sévère et ancien, la chirurgie devient l'option recommandée, avec un taux de guérison proche de 95 %.

Chirurgie

L'intervention, réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, consiste à sectionner la poulie A1 responsable du conflit (ouverture de la poulie), libérant ainsi le passage du tendon. Le geste est bref (10 à 15 minutes), la cicatrice minime, et la reprise des activités de la vie quotidienne est quasi immédiate, avec une rééducation le plus souvent inutile. Le taux de récidive après chirurgie est très faible.

Sources : Wang J. et al., « Comparative effectiveness of corticosteroid injections for trigger finger: A systematic review of randomized controlled trials », Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery, 2025 ; Fleisch S.B. et al., « Open Surgery Versus Ultrasound-Guided Corticosteroid Injection for Trigger Finger: A Randomized Controlled Trial », Journal of Hand Surgery, 2017.

Ténosynovite de De Quervain
Présentation

La ténosynovite de De Quervain est une inflammation de la gaine qui entoure deux tendons situés au bord du poignet, côté pouce (les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce). Ce tunnel fibreux, appelé premier compartiment des extenseurs, peut s'épaissir et comprimer les tendons, provoquant douleur et gêne au moindre mouvement du pouce ou du poignet. Elle touche surtout les femmes, en particulier en période post-partum (gestes répétés de portage du nourrisson) ou dans certaines activités manuelles ou sportives sollicitant le pouce de façon répétitive.

Symptômes

La douleur est localisée au bord externe du poignet, à la base du pouce, augmentée par les mouvements de préhension, de torsion du poignet ou d'écartement du pouce. Un gonflement local peut être visible. Le geste consistant à saisir un objet ou à essorer un linge devient douloureux. Un signe caractéristique, le test de Finkelstein (mise en flexion du pouce dans le poing puis inclinaison du poignet), reproduit la douleur.

Diagnostic

Le diagnostic repose essentiellement sur l'examen clinique et le test de Finkelstein. Une échographie peut confirmer l'épaississement de la gaine et éliminer d'autres causes de douleur du poignet (arthrose, kyste). Une radiographie n'est utile qu'en cas de doute sur une atteinte osseuse ou articulaire associée.

Traitement

Le traitement de première intention associe repos relatif, port d'une attelle immobilisant le pouce et le poignet, anti-inflammatoires, et surtout infiltration de corticoïdes dans la gaine du premier compartiment, qui constitue le traitement conservateur le plus efficace selon les revues récentes de la littérature, avec des taux de succès rapportés autour de 60 à 80 % après une à deux infiltrations. Un algorithme de prise en charge conservatrice publié en 2020 recommande une escalade progressive (attelle et anti-inflammatoires, puis infiltration) avant d'envisager la chirurgie en cas d'échec.

Chirurgie

En cas d'échec du traitement médical bien conduit (attelle et infiltrations), une intervention chirurgicale simple est proposée : elle consiste à ouvrir la gaine fibreuse du premier compartiment pour libérer les tendons (décompression du tunnel). Réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, elle permet une amélioration rapide et durable des symptômes, avec une reprise des activités en quelques semaines et un excellent taux de succès.

Sources : Goel R., Abzug J.M., « Conservative Management of de Quervain Stenosing Tenosynovitis: Review and Presentation of Treatment Algorithm », PubMed, 2020 ; « Corticosteroid injection versus immobilisation for the treatment of De Quervain's tenosynovitis: A systematic review and meta-analysis », ScienceDirect, 2024.

Maladie de Dupuytren
Présentation

La maladie de Dupuytren est une affection bénigne mais évolutive du tissu conjonctif de la paume de la main, l'aponévrose palmaire (une fine membrane fibreuse sous la peau). Ce tissu s'épaissit progressivement et forme des cordes fibreuses qui, en se rétractant, tirent les doigts vers la paume et empêchent leur extension complète. Elle touche préférentiellement les hommes de plus de 50 ans, d'origine du Nord de l'Europe, avec une composante héréditaire fréquente ; le diabète, l'alcool et le tabac sont des facteurs favorisants reconnus.

Symptômes

Les premiers signes sont souvent un nodule ferme et indolore dans la paume, puis l'apparition progressive d'une corde palpable sous la peau. Avec le temps, un ou plusieurs doigts (le plus souvent l'annulaire et l'auriculaire) se rétractent et ne peuvent plus s'étendre complètement, gênant les gestes du quotidien (poser la main à plat, mettre un gant, serrer une main).

Diagnostic

Le diagnostic est purement clinique. Le chirurgien évalue le degré de flexion irréductible des articulations touchées (le fameux « test de la table », où le patient ne parvient plus à poser sa main bien à plat) et mesure le déficit d'extension en degrés pour suivre l'évolution. Aucune imagerie n'est nécessaire au diagnostic.

Traitement

Tant que la gêne fonctionnelle reste minime, une simple surveillance est proposée. Dès qu'une flexion invalidante apparaît, deux grandes options thérapeutiques mini-invasives ou chirurgicales sont recommandées selon la sévérité de la rétraction et le nombre de rayons atteints : l'aponévrotomie à l'aiguille (section de la corde à l'aiguille sous anesthésie locale) et l'injection de collagénase (une enzyme qui dissout la corde fibreuse), suivie d'une manipulation pour rompre le cordon. Un essai randomisé publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, ainsi que des méta-analyses récentes, montrent que la collagénase et l'aponévrectomie chirurgicale limitée obtiennent des résultats fonctionnels comparables à moyen terme, la collagénase offrant une récupération plus rapide mais avec un taux de récidive à plus long terme potentiellement plus élevé selon certaines séries.

Chirurgie

Pour les formes plus évoluées, avec atteinte de plusieurs articulations ou récidive, l'aponévrectomie chirurgicale (ablation du tissu fibreux pathologique) reste la référence : elle permet une correction plus complète et durable de la déformation, au prix d'une convalescence plus longue (rééducation, pansements, parfois attelle) qu'une simple injection. Le choix entre les techniques est discuté au cas par cas avec le chirurgien, en fonction de l'âge, du terrain et de la sévérité de l'atteinte.

Sources : Peters S.E. et al., « Collagenase Injection versus Limited Fasciectomy for Dupuytren's Contracture », New England Journal of Medicine, 2023 ; « Collagenase clostridium histolyticum injection versus limited fasciectomy for the treatment of Dupuytren's disease: a systematic review and meta-analysis of comparative studies », Archives of Orthopaedic and Trauma Surgery, 2023.

Doigt en maillet (mallet finger)
Présentation

Le doigt en maillet correspond à une rupture ou à un arrachement du tendon extenseur à l'endroit précis où il s'insère sur la dernière phalange (zone dite « zone 1 » de l'extenseur). Sans ce tendon fonctionnel, l'extrémité du doigt ne peut plus se redresser activement. Cette lésion survient le plus souvent lors d'un choc direct sur le bout du doigt en extension (ballon qui heurte le doigt, doigt qui accroche un drap), provoquant une flexion forcée brutale de la dernière articulation.

Symptômes

Le signe caractéristique est l'incapacité à étendre activement la dernière phalange du doigt, qui reste tombante en crochet (« en maillet »), alors que l'extension passive (avec l'autre main) reste possible. Une douleur et un gonflement modérés sont présents au niveau de la dernière articulation. Dans certains cas, un petit fragment osseux est arraché avec le tendon (mallet finger osseux).

Diagnostic

L'examen clinique retrouve la déformation caractéristique. Une radiographie du doigt de face et de profil est systématique pour rechercher un fragment osseux associé et évaluer si l'articulation est stable ou subluxée (légèrement déboîtée), ce qui oriente le choix entre traitement orthopédique et chirurgical.

Traitement

Dans la grande majorité des cas (lésion tendineuse pure ou petit fragment osseux non déplacé), le traitement est orthopédique : une attelle maintenant la dernière articulation en légère extension, portée en continu pendant 6 à 8 semaines, puis progressivement la nuit. Les revues systématiques confirment que ce traitement conservateur bien conduit donne de bons résultats dans la majorité des cas, à condition d'une observance stricte (l'attelle ne doit jamais être retirée sans précaution durant la phase initiale, sous peine de devoir reprendre le traitement à zéro).

Chirurgie

La chirurgie est réservée aux formes avec un fragment osseux volumineux et déplacé, une subluxation de l'articulation, ou en cas d'échec du traitement orthopédique bien conduit. Elle peut consister en une fixation du fragment osseux par une ou plusieurs broches, ou plus rarement en une réparation tendineuse directe. Après l'intervention, une immobilisation est également nécessaire pendant plusieurs semaines, suivie d'une rééducation progressive.

Sources : Lin J.S., Samora J.B., « Surgical and Nonsurgical Management of Mallet Finger: A Review », Journal of Hand Surgery, 2017 ; Valdes K., « Conservative treatment of mallet finger: A systematic review », Journal of Hand Therapy, 2015.

Boutonnière (rupture de la bandelette centrale de l'extenseur)
Présentation

La déformation en boutonnière résulte d'une lésion de la bandelette centrale du tendon extenseur, la partie de ce tendon qui permet d'étendre l'articulation du milieu du doigt (l'articulation interphalangienne proximale). Lorsqu'elle se rompt, les bandelettes latérales du tendon glissent progressivement vers le côté et vers l'avant de l'articulation, créant avec le temps une déformation typique : l'articulation du milieu se plie tandis que celle du bout du doigt part en hyperextension, comme un doigt qui passerait à travers une boutonnière.

Symptômes

Au stade initial, juste après le traumatisme (choc direct, plaie, entorse forcée), le doigt peut sembler seulement gonflé et douloureux, avec une extension du milieu du doigt qui reste possible mais affaiblie : c'est pourquoi cette lésion est fréquemment sous-estimée au départ. Si elle n'est pas traitée, la déformation caractéristique en « Z » du doigt s'installe progressivement sur plusieurs semaines.

Diagnostic

Le diagnostic repose sur l'examen clinique, avec des tests spécifiques (notamment le test d'Elson) qui recherchent une faiblesse de l'extension de l'articulation médiane du doigt en position fléchie. Ce diagnostic précoce est essentiel, car une lésion méconnue et non traitée à temps évolue presque toujours vers la déformation fixée, beaucoup plus difficile à corriger. Une radiographie élimine une fracture associée.

Traitement

Lorsque la lésion est diagnostiquée précocement (dans les jours suivant le traumatisme) et que la déformation n'est pas encore fixée, le traitement conservateur par attelle est privilégié : l'articulation médiane du doigt est immobilisée en extension pendant environ 6 semaines, en laissant l'articulation du bout du doigt libre pour qu'elle continue à se mobiliser, ce qui favorise la cicatrisation du tendon en bonne position. Ce traitement fonctionne bien pour les formes fermées et récentes.

Chirurgie

En cas de plaie associée, de rupture complète avec instabilité, ou lorsque la déformation est déjà fixée et ancienne (boutonnière chronique), une réparation chirurgicale est nécessaire. Elle consiste à reconstruire la continuité de la bandelette centrale, parfois à l'aide d'une plastie tendineuse ou d'une réinsertion par ancre, suivie d'une immobilisation puis d'une rééducation spécifique et prolongée sous contrôle d'un kinésithérapeute ou d'un ergothérapeute spécialisé en chirurgie de la main, les résultats étant globalement moins prévisibles que ceux d'une prise en charge précoce et conservatrice.

Sources : StatPearls, « Boutonniere Deformity », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 ; Torres Zambrano A. et al., « Anatomic Repair of the Central Slip with Anchor Suture Augmentation for Treatment of Established Boutonniere Deformity », PMC, 2021.

Rupture ou plaie des tendons fléchisseurs des doigts
Présentation

Les tendons fléchisseurs sont les cordages qui, situés à la face palmaire des doigts, permettent leur flexion. Une plaie de la main (coupure avec un objet tranchant, verre, couteau) ou, plus rarement, une rupture par arrachement (par exemple lors d'une prise brutale de vêtement, cause du « jersey finger ») peut sectionner ou arracher un ou plusieurs de ces tendons. La zone la plus délicate à traiter est la « zone II », au niveau des doigts, où les deux tendons fléchisseurs (superficiel et profond) coulissent l'un contre l'autre dans un tunnel étroit.

Symptômes

Le signe principal est l'incapacité à plier activement une ou plusieurs articulations du doigt concerné, alors que la mobilité passive reste normale. En cas de plaie, ce déficit de flexion doit systématiquement être recherché, même si la plaie paraît superficielle, car un tendon sectionné peut passer inaperçu à l'inspection simple. Une perte de sensibilité associée doit faire rechercher une lésion des nerfs collatéraux, souvent situés juste à côté des tendons.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, par un testing minutieux de chaque tendon fléchisseur (superficiel et profond) doigt par doigt, réalisé par un chirurgien de la main. Une échographie peut aider à localiser une rétraction tendineuse en cas de doute. Face à toute plaie de la paume ou des doigts avec suspicion de lésion tendineuse, un avis chirurgical spécialisé en urgence est indispensable.

Traitement

Contrairement aux tendons extenseurs, une rupture ou une section des tendons fléchisseurs ne cicatrise pas spontanément de façon fonctionnelle : la réparation chirurgicale est le traitement de référence, et elle doit idéalement être réalisée rapidement (dans les premiers jours) pour éviter la rétraction du tendon et faciliter la réparation. Les protocoles de rééducation postopératoire ont beaucoup évolué : les revues récentes confirment la supériorité des protocoles de mobilisation active précoce et contrôlée (sous la supervision d'un kinésithérapeute ou ergothérapeute spécialisé) par rapport à l'immobilisation stricte, pour limiter les adhérences et optimiser la récupération de la mobilité.

Chirurgie

L'intervention consiste à suturer bout à bout les extrémités du ou des tendons sectionnés, à l'aide de points spécifiques renforcés (technique à plusieurs brins), généralement sous anesthésie loco-régionale ou générale. Elle est le plus souvent suivie d'une attelle protectrice et d'un protocole de rééducation précoce et rigoureux pendant plusieurs semaines, la qualité de cette rééducation étant aussi déterminante que la qualité du geste chirurgical lui-même pour le résultat final. En cas de lésion négligée ou de délabrement majeur, une reconstruction en deux temps (greffe tendineuse) peut être nécessaire.

Sources : Chen S.H. et al., « Maximizing hand function following zone II flexor tendon repair: A systematic review and meta-analysis of rehabilitation strategies », PubMed/PMC, 2024 ; American Society of Hand Therapists (ASHT), « Therapy after Flexor Tendon Repair », document de synthèse clinique, 2023.

Traumatologie et infections

Entorses de l'articulation interphalangienne proximale (IPP)
Présentation

L'articulation interphalangienne proximale (IPP), c'est-à-dire l'articulation du milieu de chaque doigt, est l'une des zones les plus fréquemment blessées de la main. Une entorse correspond à un étirement, voire une déchirure partielle ou complète, des ligaments qui stabilisent cette articulation --- en particulier la plaque palmaire (un épais ligament situé sur la face « paume ») et les ligaments latéraux. Ces lésions surviennent typiquement lors d'un choc direct sur l'extrémité du doigt : ballon de sport, chute, doigt « accroché » dans un vêtement.

Symptômes

Le doigt est douloureux, gonflé au niveau de l'articulation touchée, parfois déformé juste après le traumatisme. On observe souvent une ecchymose (bleu), une raideur et une difficulté à plier ou étendre complètement le doigt. La douleur est réveillée par la pression latérale de l'articulation, signe d'une atteinte ligamentaire.

Diagnostic

L'examen clinique recherche une laxité anormale de l'articulation (instabilité), une zone douloureuse précise et l'amplitude des mouvements. Des radiographies de face et de profil sont systématiques pour éliminer une fracture associée (arrachement osseux) ou une luxation. En cas de doute sur une lésion plus sévère de la plaque palmaire, une échographie ou une IRM peut être demandée.

Traitement

La majorité des entorses de l'IPP sont stables et guérissent avec un traitement fonctionnel simple : la mobilisation précoce protégée avec syndactylisation (le doigt blessé scotché à son voisin, « buddy taping ») est aujourd'hui reconnue comme la clé pour retrouver la mobilité et limiter le gonflement. Une attelle amovible peut être proposée les premiers jours en cas de douleur importante, mais l'immobilisation prolongée est déconseillée car elle favorise l'enraidissement, complication la plus fréquente de ces entorses. Le suivi rééducatif (kinésithérapie) est souvent utile pour retrouver une mobilité complète.

Chirurgie

La chirurgie reste rare et réservée aux formes instables : rupture complète de la plaque palmaire avec instabilité persistante, entorse associée à une fracture articulaire déplacée (plus de 30 à 40 % de la surface articulaire), ou lésion chronique négligée entraînant une déformation. Elle peut consister en une réparation ligamentaire directe ou, dans les formes anciennes et invalidantes, en une plastie de la plaque palmaire.

Sources : Kolovich GP, Heifner JJ, « Proximal interphalangeal joint dislocations and fracture-dislocations », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 (PubMed/SAGE) ; « Swelling, Stiffness, and Dysfunction Following Proximal Interphalangeal Joint Sprains », Journal of Hand Surgery, 2023.

Luxations des doigts
Présentation

Une luxation digitale survient lorsque les surfaces articulaires d'un doigt perdent tout contact normal, le plus souvent au niveau de l'IPP (milieu du doigt) ou de l'articulation interphalangienne distale (IPD, près de l'ongle), à la suite d'un traumatisme en hyperextension ou d'un choc axial (ballon, chute). Le doigt peut se déplacer vers l'arrière (luxation dorsale, la plus fréquente) ou vers l'avant (luxation palmaire, plus rare mais potentiellement plus grave pour les tendons).

Symptômes

La déformation est en général visible d'emblée, avec une impossibilité de bouger le doigt, une douleur intense et un gonflement rapide. Certains patients ou personnes présentes réduisent spontanément la luxation sur le terrain, ce qui peut masquer la gravité réelle de la lésion sous-jacente.

Diagnostic

L'examen clinique confirme le déplacement articulaire ; des radiographies avant et après réduction sont indispensables pour vérifier l'alignement, rechercher une fracture associée (fracture-luxation) et éliminer une interposition de tissus mous empêchant la réduction. Un contrôle de la stabilité après réduction (test de stress latéral et en extension) oriente la suite du traitement.

Traitement

La réduction se fait par traction longitudinale douce associée à une pression dirigée dans le sens inverse du déplacement --- par exemple une pression palmaire sur la phalange déplacée en cas de luxation dorsale. Après réduction d'une luxation simple et stable, la prise en charge repose sur une syndactylisation (buddy taping) pendant 3 à 6 semaines avec mobilisation précoce. En cas d'instabilité résiduelle en extension, une attelle dite « dorsal-block » (bloquant l'extension complète tout en autorisant la flexion) est utilisée, réglée environ 10° au-delà de l'angle où l'instabilité apparaît. Les luxations palmaires nécessitent souvent une attelle en extension plus prolongée (6 à 8 semaines) en raison du risque d'atteinte de l'appareil extenseur.

Chirurgie

Une intervention chirurgicale est nécessaire en cas de luxation irréductible (interposition de la plaque palmaire ou d'un tendon empêchant la remise en place), d'instabilité persistante malgré une réduction correcte, ou de fracture-luxation complexe touchant une large part de la surface articulaire. Selon les cas, le chirurgien réalise une réduction ouverte avec réparation ligamentaire, un embrochage de protection (broches), voire, pour les formes anciennes ou très comminutives, une arthroplastie ou une greffe articulaire (hemi-hamate).

Sources : Kolovich GP, Heifner JJ, Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 ; StatPearls, « Finger Dislocation », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Fractures des phalanges
Présentation

Les phalanges sont les trois petits os qui composent chaque doigt (à l'exception du pouce, qui n'en a que deux). Leurs fractures sont extrêmement fréquentes, qu'elles surviennent lors d'un accident domestique, sportif, professionnel (écrasement) ou d'une chute. Elles peuvent toucher la base, la diaphyse (partie centrale) ou l'extrémité de l'os, et parfois s'étendre à l'articulation voisine.

Symptômes

Douleur, gonflement, déformation ou raccourcissement du doigt, parfois rotation anormale visible en fermant le poing (les ongles ne sont alors plus alignés). Un hématome sous-unguéal (sous l'ongle) peut accompagner les fractures de la dernière phalange.

Diagnostic

Des radiographies de face, profil et trois-quarts du doigt confirment le trait de fracture, son déplacement, et une éventuelle atteinte articulaire. L'examen clinique recherche surtout un défaut de rotation en flexion des doigts, souvent plus révélateur qu'une image radiographique isolée, ainsi que l'état de la peau (fracture ouverte) et de la sensibilité (atteinte nerveuse associée).

Traitement

L'objectif est une consolidation solide tout en évitant la raideur, complication la plus redoutée. Les fractures stables et non déplacées relèvent d'un traitement orthopédique : réduction si besoin, syndactylisation, puis une attelle ou un plâtre de courte durée (habituellement 3 à 6 semaines), avec une mobilisation précoce dès que la stabilité le permet. Cette approche évite les cicatrices internes liées à la chirurgie mais impose une immobilisation temporaire du doigt.

Chirurgie

Une fixation chirurgicale est indiquée en cas de fracture ouverte, de fracture instable avec risque de déformation ou de perte de fonction, de fractures multiples de la main, ou de fracture articulaire avec un déplacement de la surface articulaire supérieur à 2 mm ou une subluxation associée. Les techniques principales sont l'embrochage percutané (broches de Kirschner, peu invasif mais nécessitant souvent une immobilisation complémentaire) et l'ostéosynthèse par plaque ou vis (plus stable, autorisant une rééducation plus précoce mais avec une dissection plus large des tissus). Une rééducation précoce, dès que la fracture est jugée stable, reste la clé du résultat fonctionnel.

Sources : StatPearls, « Phalanx Fractures of the Hand », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed) ; « Fractures of the phalanges », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2023 (PubMed).

Fractures des métacarpiens (dont la « fracture du boxeur »)
Présentation

Les métacarpiens sont les cinq os longs qui relient le poignet aux doigts. Leurs fractures touchent le plus souvent le col (partie proche de la tête de l'os) du cinquième métacarpien, celui du petit doigt --- d'où le nom de « fracture du boxeur », classiquement causée par un coup de poing donné avec le poing fermé sur une surface dure. Les autres métacarpiens peuvent aussi être fracturés, par choc direct ou torsion.

Symptômes

Douleur et gonflement du dos de la main, difficulté à fermer le poing, et parfois un affaissement visible de la jointure (la tête du métacarpien « s'enfonce » vers la paume du fait de l'angulation du foyer de fracture). Une rotation anormale du doigt correspondant doit être activement recherchée.

Diagnostic

Les radiographies de la main de face, de profil et oblique mesurent précisément l'angulation du foyer de fracture, élément clé de la décision thérapeutique. L'examen clinique évalue surtout l'absence de rotation anormale des doigts et l'intégrité de la peau et des nerfs.

Traitement

Le traitement conservateur reste la référence pour les fractures fermées, sans rotation et avec une angulation modérée. Le col du cinquième métacarpien tolère une angulation relativement importante (jusqu'à environ 70°, contre environ 30° pour la diaphyse) sans conséquence fonctionnelle majeure, ce qui explique pourquoi la majorité des fractures du boxeur guérissent sans chirurgie. Une attelle ou une gouttière cubitale est mise en place, poignet en légère extension, articulations métacarpo-phalangiennes fléchies à 70-90° (position dite « intrinsèque plus »), qui protège les ligaments et prévient l'enraidissement.

Chirurgie

Une intervention est recommandée en cas de fracture ouverte, de fracture très comminutive, de rotation du doigt, d'atteinte articulaire, d'atteinte neurovasculaire, ou d'angulation résiduelle trop importante malgré le traitement orthopédique (au-delà d'environ 40° sur la diaphyse avec un raccourcissement de plus de 6 mm). Les techniques disponibles comprennent l'embrochage percutané par broches, le vissage (pour les fractures obliques longues, permettant une mobilisation précoce) et l'ostéosynthèse par plaque. Les études comparatives ne montrent pas de différence significative de force de préhension ni de résultat fonctionnel global entre broches et plaques, le choix dépendant surtout du type de fracture.

Sources : « Management of Fifth Metacarpal Neck Fracture (Boxer's Fracture): A Literature Review », Cureus, 2020 (PubMed) ; StatPearls, « Fifth Metacarpal Fracture », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Amputations digitales et réplantation
Présentation

Une amputation digitale correspond à la section complète d'un doigt ou d'une partie de doigt, le plus souvent à la suite d'un accident domestique, de bricolage, industriel ou d'un accident de la route. La réplantation est l'intervention chirurgicale microchirurgicale qui consiste à réattacher le segment amputé à la main, en reconnectant os, tendons, artères, veines et nerfs sous microscope opératoire.

Symptômes

Le tableau est celui d'une plaie franche ou déchiquetée avec perte d'un segment digital, saignement variable selon le mécanisme, et douleur importante. L'état du moignon (net ou écrasé) et celui du segment amputé conditionnent fortement les chances de réplantation.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique et immédiat. L'enjeu principal est l'évaluation rapide de la « replantabilité » : mécanisme lésionnel (une coupure nette se prête bien mieux à la réplantation qu'un écrasement ou un arrachement), niveau de l'amputation, durée d'ischémie (temps écoulé depuis l'accident) et état général du patient. Le segment amputé doit être conservé enveloppé dans une compresse humide, placé dans un sac plastique fermé, lui-même déposé sur de la glace --- jamais en contact direct avec la glace, afin d'éviter de le geler.

Traitement

La prise en charge initiale associe nettoyage de la plaie, protection stérile du segment amputé selon les modalités ci-dessus, antalgiques, prévention du tétanos et transfert rapide vers un centre spécialisé en chirurgie de la main dès lors qu'une réplantation est envisageable. Ce transfert doit être organisé sans délai, l'ischémie prolongée réduisant les chances de succès.

Chirurgie

Les indications reconnues de réplantation incluent l'amputation du pouce, les amputations de plusieurs doigts, les amputations transmétacarpiennes (au milieu de la paume), les amputations distales à l'insertion du tendon fléchisseur superficiel, ainsi que toute amputation chez l'enfant. À l'inverse, les lésions par écrasement ou arrachement sévères, les atteintes à plusieurs niveaux sur un même doigt, l'amputation isolée d'un doigt (autre que le pouce) à un niveau proximal, une ischémie trop prolongée ou un état général instable du patient sont des contre-indications reconnues. La technique chirurgicale suit un ordre précis : raccourcissement et fixation osseuse, réparation des tendons extenseurs puis fléchisseurs, anastomose artérielle (avec greffon veineux si nécessaire), réparation nerveuse, reconstruction veineuse, et enfin couverture cutanée. Le succès repose sur l'expérience du chirurgien microchirurgien, un plateau technique adapté (microscope opératoire) et une rééducation postopératoire prolongée.

Sources : StatPearls, « Digit Replantation », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed).

Panaris et infections de la main
Présentation

Le panaris désigne une infection aiguë des tissus mous du doigt, le plus souvent au niveau de la pulpe de la dernière phalange (on parle alors de « felon » en anglais) ou autour de l'ongle (paronychie). Ces infections sont généralement dues à une porte d'entrée minime --- piqûre, écharde, petite coupure, mordillement des cuticules --- permettant la pénétration de bactéries, le plus souvent du staphylocoque doré.

Symptômes

Rougeur, chaleur, gonflement et douleur pulsatile localisée, qui s'aggrave typiquement la nuit en raison de la pression exercée par le pus au sein d'un espace anatomique fermé et peu extensible (la pulpe digitale est cloisonnée par de fines cloisons fibreuses). Une collection purulente visible ou palpable (fluctuation) signe le passage au stade d'abcès.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, basé sur l'examen du doigt. Il convient de distinguer un stade précoce, inflammatoire, sans collection (cellulite), d'un stade abcédé nécessitant un drainage. Un prélèvement bactériologique du pus est utile pour adapter l'antibiothérapie, en particulier si un staphylocoque résistant (SARM) est suspecté.

Traitement

Au stade précoce, sans collection ni fluctuation, un traitement antibiotique ciblant le staphylocoque et le streptocoque, associé à des bains antiseptiques et à l'élévation de la main, peut suffire. Dès qu'une tension ou une fluctuation apparaît, signant la constitution d'un abcès, un drainage chirurgical devient nécessaire --- les antibiotiques seuls ne permettent pas d'évacuer une collection déjà constituée. Une antibiothérapie de 7 à 10 jours est généralement associée au geste de drainage, ainsi qu'une vérification du statut vaccinal antitétanique.

Chirurgie

Le drainage chirurgical du panaris pulpaire (felon) est réalisé sous anesthésie locale (bloc digital), par une incision unique en regard de la face latérale de la pulpe, à distance de l'articulation et parallèle au bord de l'ongle, en évitant les incisions transversales ou en « bouche de poisson » qui exposent à des complications nerveuses et cicatricielles. Une dissection douce au moyen d'une petite pince permet de rompre les cloisons internes de la pulpe pour assurer un drainage complet de tous les compartiments. La plaie est ensuite mèchée 24 à 48 heures avant une réévaluation. Pour les paronychies, une simple incision-évacuation en bordure de l'ongle suffit le plus souvent.

Sources : StatPearls, « Felon », NCBI Bookshelf, mise à jour 2023 (PubMed) ; « Management of Finger Felons and Paronychia: A Narrative Review », Journal of Emergency Medicine, 2025 (PubMed).

Phlegmon des gaines des fléchisseurs
Présentation

Le phlegmon des gaines correspond à une infection grave qui se propage à l'intérieur de la gaine synoviale entourant les tendons fléchisseurs, ce fin conduit qui permet aux tendons de glisser à l'intérieur du doigt. Il fait généralement suite à une plaie pénétrante (piqûre, morsure, plaie par corps étranger) directement au contact de la gaine, ou à l'extension d'un panaris négligé. Il s'agit d'une urgence chirurgicale, car l'infection peut détruire rapidement les tendons et se propager à la main puis à l'avant-bras.

Symptômes

Le diagnostic clinique repose sur les quatre signes de Kanavel, décrits dès le début du XXe siècle et toujours utilisés aujourd'hui : position en légère flexion du doigt au repos, douleur exquise à la palpation le long du trajet de la gaine, douleur intense provoquée par l'extension passive du doigt, et gonflement fusiforme (en « fuseau ») de l'ensemble du doigt. Fièvre et altération de l'état général peuvent s'y associer dans les formes évoluées.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique, fondé sur la recherche systématique de ces signes de Kanavel à l'examen. Des examens complémentaires peuvent être demandés en cas de doute ou pour rechercher une extension, mais ne doivent jamais retarder la prise en charge chirurgicale lorsque le tableau clinique est évocateur. Les germes les plus fréquemment en cause sont le staphylocoque doré (dont des souches résistantes, SARM) et le streptocoque.

Traitement

Le phlegmon des gaines des fléchisseurs constitue une urgence chirurgicale : le traitement de référence associe un drainage chirurgical rapide (irrigation-lavage de la gaine) à une antibiothérapie intraveineuse probabiliste, secondairement adaptée aux résultats des prélèvements bactériologiques peropératoires. Un traitement uniquement médical reste possible mais n'est proposé que dans des formes très précoces et peu sévères, sous surveillance stricte, avec un recours rapide à la chirurgie au moindre signe d'aggravation.

Chirurgie

L'intervention consiste en un lavage abondant de la gaine synoviale, réalisé soit par une exposition large de la gaine (incision médio-latérale ou en zigzag type Bruner), soit par une technique mini-invasive avec deux petites incisions, l'une au niveau de la poulie A1 (base du doigt) et l'autre au niveau de la poulie A5 (près de l'ongle), permettant une irrigation continue au moyen d'un fin cathéter. Une antibiothérapie intraveineuse est poursuivie en postopératoire, avec relais oral adapté à l'évolution clinique. Les complications possibles, en l'absence de traitement précoce, sont la raideur définitive, la rupture tendineuse et la propagation de l'infection à la main ou à l'avant-bras.

Sources : Orthobullets, « Pyogenic Flexor Tenosynovitis » ; « Pyogenic (Suppurative) Flexor Tenosynovitis: Assessment and Management », 2016 (PubMed) ; StatPearls, « Pyogenic Flexor Tenosynovitis », mise à jour 2023 (PubMed).

Arthrose et tumeurs

Rhizarthrose (arthrose de la base du pouce)
Présentation

La rhizarthrose est l'usure du cartilage de l'articulation trapézo-métacarpienne, la petite articulation en selle située à la base du pouce, entre le trapèze (un os du poignet) et le premier métacarpien. C'est l'une des localisations les plus fréquentes de l'arthrose de la main, touchant surtout les femmes après 50 ans, souvent après la ménopause. Elle est favorisée par des facteurs génétiques, une hyperlaxité ligamentaire ou une sollicitation répétée du pouce (gestes de pince).

Symptômes

Le symptôme principal est une douleur à la base du pouce, déclenchée par les gestes de pince (tourner une clé, ouvrir un bocal, écrire, pincer un objet). Elle s'accompagne progressivement d'une perte de force, d'une raideur matinale, puis d'une déformation caractéristique : le pouce se met en adduction (collé à la paume) avec une hyperextension compensatrice de l'articulation suivante, donnant un aspect en « Z ».

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique : douleur reproduite à la palpation de la base du pouce et lors du test de « broiement » (compression-rotation du pouce, dit grind test). Des radiographies du pouce de face et de profil, avec des incidences spécifiques, confirment le pincement articulaire, les ostéophytes (petites excroissances osseuses) et permettent de classer la sévérité selon les stades d'Eaton et Littler.

Traitement

Dans les formes débutantes à modérées, le traitement est d'abord non chirurgical : une attelle de repos du pouce, des anti-inflammatoires ou antalgiques, des infiltrations de corticoïdes dans l'articulation, et de la rééducation/ergothérapie pour adapter les gestes du quotidien. Une revue systématique récente (Orthopedic Reviews, 2024) comparant les prises en charge chirurgicales de la rhizarthrose confirme que le traitement conservateur reste la première étape recommandée avant d'envisager une intervention. Lorsque la douleur persiste malgré ces mesures ou que la gêne fonctionnelle devient trop importante, la chirurgie est discutée.

Chirurgie

Deux grandes techniques sont validées par la littérature actuelle. La trapézectomie (ablation du trapèze), associée ou non à une ligamentoplastie de suspension, reste la technique de référence historique, fiable à long terme. Les prothèses trapézo-métacarpiennes (« prothèse du pouce ») offrent une récupération plus rapide de la force et de la mobilité dans les premières années. Une revue systématique de 2024 (Orthopedic Reviews) et une analyse comparative de 2024 (PMC) montrent des résultats fonctionnels globalement comparables à moyen terme entre les deux techniques, avec une récupération plus rapide pour les prothèses mais un risque de complications mécaniques (descellement, luxation) à surveiller, tandis que la trapézectomie expose à une perte de force de préhension un peu plus marquée. Le choix dépend de l'âge, du niveau d'activité et des habitudes du chirurgien.

Sources : Systematic review, « Outcome Comparison between Carpometacarpal Arthroplasty and Trapeziectomy », Orthopedic Reviews, 2024 ; « Comparative Analysis of Prosthetic (Touch) and Arthroplastic Surgeries for Trapeziometacarpal Arthrosis », PMC, 2024 ; « Trapeziectomy Versus Carpometacarpal Arthroplasty for Basilar Thumb Arthritis: A Narrative Review », Cureus, 2024-2025.

Arthrose digitale (nodules d'Heberden et de Bouchard)
Présentation

L'arthrose digitale touche les petites articulations des doigts. Lorsqu'elle atteint l'articulation la plus proche de l'ongle (interphalangienne distale), elle forme les nodules d'Heberden ; lorsqu'elle atteint l'articulation du milieu du doigt (interphalangienne proximale), elle forme les nodules de Bouchard. Ces excroissances osseuses dures, indolores le plus souvent une fois constituées, sont très fréquentes après 50 ans, avec une nette prédominance féminine et une composante héréditaire marquée.

Symptômes

La phase de constitution des nodules peut être douloureuse, avec un gonflement inflammatoire, parfois de petits kystes gélatineux (kystes mucoïdes) près de l'ongle. Une fois formés, les nodules sont surtout gênants sur le plan esthétique et peuvent entraîner une raideur ou une légère déviation du doigt. La force de préhension fine peut être diminuée, mais la douleur chronique reste modérée dans la majorité des cas.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique : présence de nodosités dures et symétriques sur plusieurs doigts. Des radiographies des mains confirment le pincement articulaire et les ostéophytes typiques. Un bilan sanguin (recherche de facteur rhumatoïde, d'anticorps anti-CCP) est parfois demandé pour écarter une polyarthrite rhumatoïde débutante, dont la présentation peut prêter à confusion au stade initial.

Traitement

Les recommandations européennes (EULAR, mise à jour 2018, réaffirmées par des travaux plus récents) placent en première ligne l'information du patient, la protection articulaire (orthèses nocturnes, ergothérapie), l'application de chaleur ou de froid, et les traitements topiques (anti-inflammatoires locaux, capsaïcine). Les antalgiques ou anti-inflammatoires oraux sont réservés aux poussées douloureuses, en cure courte. Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager une poussée inflammatoire localisée. Il n'existe à ce jour aucun traitement qui inverse l'évolution de l'arthrose elle-même.

Chirurgie

La chirurgie reste rare et n'est proposée qu'en cas de douleur invalidante résistante au traitement médical, de déformation majeure gênant la fonction, ou de kyste mucoïde compliqué (déformation de l'ongle, écoulement, infection). Selon l'articulation et la demande fonctionnelle du patient, on propose soit une arthrodèse (blocage définitif de l'articulation dans une position fonctionnelle, très fiable sur la douleur), soit, plus rarement au niveau proximal, une prothèse digitale pour préserver de la mobilité.

Sources : Kloppenburg M. et al., « 2018 update of the EULAR recommendations for the management of hand osteoarthritis », Annals of the Rheumatic Diseases, 2018 ; EULAR, « evidence-based recommendations for the diagnosis of hand osteoarthritis », Annals of the Rheumatic Diseases, 2024.

Polyarthrite rhumatoïde de la main
Présentation

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune et inflammatoire chronique qui touche en priorité les petites articulations des mains et des poignets, de façon souvent symétrique. Le système immunitaire attaque la synoviale (la membrane qui tapisse l'intérieur des articulations), provoquant une inflammation qui, non traitée, détruit progressivement le cartilage, l'os, les tendons et les ligaments.

Symptômes

Les signes typiques sont une douleur et un gonflement des articulations des doigts et des poignets, une raideur matinale prolongée (souvent plus de 30 minutes), une fatigue générale, et parfois une fièvre légère. Avec le temps, sans traitement adapté, apparaissent des déformations caractéristiques : déviation des doigts vers l'extérieur (« coup de vent cubital »), déformations en « col de cygne » ou en « boutonnière », et des ruptures tendineuses.

Diagnostic

Le diagnostic associe l'examen clinique, des prises de sang (facteur rhumatoïde, anticorps anti-CCP, marqueurs de l'inflammation) et l'imagerie (radiographies, échographie ou IRM des mains, qui détectent les érosions osseuses et la synovite dès les stades précoces, avant même les radiographies). Un diagnostic et une prise en charge rhumatologique précoces sont essentiels pour limiter les dégâts articulaires.

Traitement

Le traitement de fond relève du rhumatologue et repose sur les traitements de fond conventionnels (comme le méthotrexate) et, en cas d'échec, sur les biothérapies ou les thérapies ciblées, avec un objectif de rémission ou de faible activité de la maladie (stratégie dite du « treat-to-target »). La mise à jour 2022 des recommandations EULAR (Annals of the Rheumatic Diseases) confirme cette stratégie. Le chirurgien de la main intervient en complément, en coordination étroite avec le rhumatologue, pour traiter les synovites résistantes ou les lésions tendineuses, idéalement avant qu'elles ne se compliquent.

Chirurgie

Lorsque le traitement médical ne suffit pas à contrôler l'inflammation d'une articulation ou d'une gaine tendineuse, une synovectomie (ablation de la synoviale malade) peut être proposée pour soulager la douleur et prévenir une rupture tendineuse. En cas de déformation installée ou de rupture tendineuse déjà survenue, des interventions de réparation ou transfert tendineux, ou des arthroplasties/arthrodèses permettent de restaurer une fonction utile de la main.

Sources : Smolen J.S. et al., « EULAR recommendations for the management of rheumatoid arthritis with synthetic and biological disease-modifying antirheumatic drugs: 2022 update », Annals of the Rheumatic Diseases, 2023.

Kyste synovial / kyste mucoïde (poignet et doigts)
Présentation

Le kyste synovial (« kyste arthro-synovial », familièrement « ganglion ») est une poche remplie de liquide gélatineux (le liquide synovial), qui se forme au contact d'une articulation ou d'une gaine tendineuse, le plus souvent au dos du poignet. Lorsqu'il se développe à proximité de l'ongle, en lien avec l'arthrose de la dernière articulation du doigt, on parle de kyste mucoïde. Ce n'est jamais une tumeur maligne.

Symptômes

Le kyste se présente comme une petite masse, ferme ou rénitente, indolore ou modérément sensible, dont le volume peut varier dans le temps, voire disparaître spontanément puis récidiver. Il peut occasionner une gêne mécanique ou esthétique, une légère limitation de la mobilité, et pour le kyste mucoïde, une déformation ou une strie longitudinale de l'ongle.

Diagnostic

Le diagnostic est le plus souvent clinique, confirmé si besoin par une échographie qui distingue la nature liquidienne du kyste d'une autre masse. Une IRM peut être demandée en cas de doute diagnostique ou de localisation inhabituelle.

Traitement

Chez un patient peu gêné, la simple surveillance est légitime : de nombreux kystes régressent spontanément. Une revue de référence publiée dans le Journal of Hand Surgery (2015, méta-analyse portant sur 35 études et plus de 2 200 kystes) a comparé les différentes options : la ponction-aspiration (avec ou sans infiltration de corticoïde) est un geste simple et peu invasif, mais expose à un taux de récidive élevé, de l'ordre de 59 %. Une étude plus récente (2019) confirme que le guidage échographique ne réduit pas significativement ce taux de récidive.

Chirurgie

Lorsque le kyste est douloureux, volumineux, gênant ou récidive après ponction, l'exérèse chirurgicale est proposée. Selon la méta-analyse du Journal of Hand Surgery (2015), l'exérèse chirurgicale ouverte présente un taux de récidive d'environ 21 %, et la technique arthroscopique un taux nettement plus faible, autour de 6 %, au prix d'un taux de complications légèrement supérieur à celui de la simple ponction. L'intervention consiste à retirer le kyste avec son pédicule d'origine.

Sources : Head L. et al., « Wrist ganglion treatment: systematic review and meta-analysis », Journal of Hand Surgery (American), 2015 ; « Ultrasound-Guided Aspiration Does Not Reduce the Recurrence Rate of Ganglion Cysts of the Wrist », 2019 ; « Ganglions in the Hand and Wrist: Advances in 2 Decades », 2023.

Tumeur à cellules géantes des gaines tendineuses
Présentation

La tumeur à cellules géantes des gaines tendineuses (synovialome, ténosynovite villonodulaire localisée) est la deuxième tumeur la plus fréquente de la main après le kyste synovial. C'est une tumeur bénigne, qui se développe à partir de la membrane synoviale entourant les tendons ou les petites articulations des doigts. Elle touche surtout l'adulte entre 30 et 50 ans, avec une légère prédominance féminine.

Symptômes

Elle se manifeste par une masse ferme, à croissance lente, le plus souvent indolore, localisée à la face palmaire d'un doigt ou près d'une articulation interphalangienne. Elle peut, en grossissant, comprimer un nerf ou limiter la mobilité de l'articulation voisine, voire créer une érosion de l'os adjacent visible sur les radiographies.

Diagnostic

L'examen clinique oriente le diagnostic devant une masse ferme et bien limitée. L'échographie et surtout l'IRM permettent de préciser sa taille, ses rapports avec les structures nobles (nerfs, vaisseaux, tendons) et d'orienter le geste chirurgical. Le diagnostic de certitude est apporté par l'analyse anatomopathologique de la pièce opérée.

Traitement

Il n'existe pas d'alternative médicamenteuse efficace : le traitement de référence est chirurgical. Une revue systématique récente consacrée aux facteurs prédictifs de récidive a confirmé que la qualité de l'exérèse chirurgicale (marges) est le facteur le plus déterminant du risque de récidive, plus encore que la taille initiale de la tumeur.

Chirurgie

L'intervention consiste en une exérèse chirurgicale complète de la tumeur, en respectant les structures nobles environnantes. Une dissection minutieuse au microscope ou sous loupes grossissantes est recommandée pour retirer l'ensemble des prolongements de la tumeur, souvent multilobée, et réduire le risque de récidive locale, rapporté entre 10 et 20 % dans la littérature récente même après exérèse jugée complète. Une surveillance clinique régulière est proposée après l'intervention.

Sources : « Predictors of Recurrence in Hand Giant Cell Tumor of Tendon Sheath: A Systematic Review », PRS Global Open / PMC, 2024-2025 ; « Giant Cell Tumour of the Tendon Sheath of the Hand: A Retrospective Review With Recurrence Risk Analysis », Cureus, 2024 ; « Giant cell tumor of tendon sheath in the hand: analysis of risk factors for recurrence in 50 cases », BMC Musculoskeletal Disorders, 2019.

Enchondrome de la main
Présentation

L'enchondrome est la tumeur osseuse bénigne la plus fréquente de la main. Il s'agit d'une prolifération de cartilage à l'intérieur de l'os, le plus souvent au niveau des phalanges ou des métacarpiens. Sa cause exacte reste mal connue ; il est le plus souvent découvert fortuitement ou à l'occasion d'une fracture.

Symptômes

De nombreux enchondromes sont totalement silencieux et découverts par hasard sur une radiographie faite pour une autre raison. Lorsqu'ils sont symptomatiques, ils se traduisent par une petite déformation ou un gonflement du doigt, une gêne mécanique, ou surtout par une fracture survenant après un traumatisme minime, l'os étant fragilisé à l'endroit de la lésion (fracture dite « pathologique »).

Diagnostic

La radiographie standard suffit le plus souvent à évoquer fortement le diagnostic, montrant une zone claire (lacune) bien limitée, parfois parsemée de petites calcifications caractéristiques. En cas de doute, une IRM ou un scanner complète le bilan, et l'analyse anatomopathologique après biopsie ou lors de la chirurgie confirme le diagnostic et élimine une tumeur cartilagineuse plus agressive (chondrosarcome), exceptionnelle à cette localisation.

Traitement

Un enchondrome de découverte fortuite, de petite taille, stable dans le temps et sans fracture, peut être simplement surveillé par des radiographies de contrôle espacées. Une revue récente (2022-2024) sur la prise en charge chirurgicale des enchondromes de la main souligne que le curetage chirurgical reste l'option de référence dès que la lésion devient symptomatique, fragilise significativement l'os, ou s'est compliquée d'une fracture.

Chirurgie

L'intervention de référence est le curetage (évidement de la lésion) suivi ou non d'un comblement par greffe osseuse selon la taille de la cavité restante. Des travaux récents (2023-2024) montrent que le curetage seul, sans greffe, avec une mobilisation précoce du doigt, donne de bons résultats fonctionnels dans de nombreux cas, avec un risque de récidive faible. Des techniques endoscopiques mini-invasives permettent également de traiter certains enchondromes avec une cicatrice plus discrète et une récupération plus rapide. En cas de fracture associée, celle-ci est traitée dans le même temps opératoire que le curetage.

Sources : « Surgical Treatment of Enchondromas of the Hand: Our Experience in Curettage Only and Early Mobilization », PMC, 2024 ; « Endoscopic Curettage and Bone Grafting of Enchondroma of Proximal Phalanx of Finger », Arthroscopy Techniques, 2023 ; « Enchondroma of Hands: A Surgical Dilemma and Our Experience », PMC, 2024.

Poignet

Traumatologie et ligaments

Fracture de l'extrémité distale du radius (fracture du poignet)
Présentation

La fracture de l'extrémité distale du radius est la fracture la plus fréquente du membre supérieur. Elle touche l'os de l'avant-bras (le radius) juste au-dessus du poignet. Elle survient typiquement de deux façons : chez la personne âgée, souvent sur un os fragilisé par l'ostéoporose, à la suite d'une chute de sa hauteur sur la main tendue ; chez l'adulte jeune ou sportif, lors d'un traumatisme à haute énergie (chute de vélo, ski, accident). Le déplacement typique donne au poignet un aspect en « dos de fourchette ».

Symptômes

Douleur vive et immédiate, gonflement rapide (œdème), parfois déformation visible du poignet, impossibilité de bouger la main ou le poignet normalement, ecchymose (bleu). Des fourmillements dans les doigts peuvent traduire une souffrance du nerf médian, qui passe juste à cet endroit.

Diagnostic

L'examen clinique oriente fortement le diagnostic, confirmé par des radiographies du poignet de face et de profil. Elles permettent d'évaluer le déplacement, l'atteinte ou non de l'articulation (fracture « articulaire »), et des paramètres anatomiques précis qui guident le choix du traitement. Un scanner peut être demandé pour les fractures complexes ou très fragmentées, afin de mieux planifier une éventuelle chirurgie.

Traitement

Les fractures non déplacées ou stables après réduction sont traitées par une simple immobilisation plâtrée pendant 4 à 6 semaines, avec surveillance radiographique régulière. Les recommandations de bonne pratique de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons et de l'American Society for Surgery of the Hand (AAOS/ASSH) soulignent que le choix entre traitement orthopédique (plâtre) et chirurgical dépend surtout du déplacement, de l'atteinte articulaire, de l'âge et du niveau d'activité du patient, plus que de l'âge seul. Chez un patient actif avec une fracture déplacée ou articulaire, une fixation chirurgicale est le plus souvent proposée pour restaurer une anatomie précise et permettre une rééducation plus rapide.

Chirurgie

La technique de référence actuelle est l'ostéosynthèse par plaque vissée verrouillée posée par voie antérieure (volaire), qui permet une stabilité suffisante pour autoriser une mobilisation précoce du poignet. D'autres techniques restent utilisées selon les cas : broches percutanées pour certaines fractures simples, fixateur externe pour les fractures très fragmentées ou avec des lésions cutanées associées. L'intervention se fait le plus souvent en ambulatoire ou en courte hospitalisation, sous anesthésie loco-régionale.

Sources : AAOS/ASSH, Clinical Practice Guideline Summary — Management of Distal Radius Fractures, 2022 ; American Academy of Orthopaedic Surgeons, Clinical Practice Guideline for the Management of Distal Radius Fractures.

Fracture du scaphoïde
Présentation

Le scaphoïde est un petit os du poignet, situé du côté du pouce, essentiel à la stabilité du carpe. Sa fracture est la plus fréquente des fractures des os du carpe. Elle touche surtout l'adulte jeune et sportif, à la suite d'une chute sur la main, poignet en extension (chute de vélo, de trottinette, réception de sport).

Symptômes

La douleur est localisée dans la « tabatière anatomique », ce petit creux situé à la base du pouce, côté dos de la main. Elle peut être discrète au début, ce qui explique pourquoi cette fracture est parfois négligée et prise, à tort, pour une simple entorse.

Diagnostic

Les radiographies initiales sont normales dans près de 20 % des cas, même en présence d'une réelle fracture. En cas de doute clinique persistant, deux attitudes sont possibles : immobiliser le poignet et refaire des radiographies 10 à 14 jours plus tard, ou réaliser d'emblée une IRM ou un scanner, examens plus sensibles pour détecter une fracture invisible initialement.

Traitement

Selon les recommandations européennes (EFORT, 2020) et la mise à jour américaine de 2023 (Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons), les fractures non déplacées du corps du scaphoïde peuvent être traitées par une simple immobilisation (attelle ou plâtre incluant le pouce) pendant 6 à 10 semaines, avec vérification de la consolidation par scanner. En revanche, les fractures déplacées, celles touchant le pôle proximal (partie la moins bien vascularisée de l'os) ou les patients ayant une forte demande fonctionnelle bénéficient d'une fixation chirurgicale d'emblée, qui réduit le risque de non-consolidation (pseudarthrose) et permet une reprise d'activité plus rapide.

Chirurgie

La technique de référence est le vissage percutané (vis de type Herbert), réalisé par une petite incision, par voie antérieure ou postérieure selon la localisation de la fracture. En cas de fracture déplacée ou fragmentée, une réduction à ciel ouvert peut être nécessaire pour repositionner précisément les fragments avant le vissage.

Sources : Duckworth et al., Acute scaphoid fractures: guidelines for diagnosis and treatment, EFORT Open Reviews, 2020 ; Update to Management of Acute Scaphoid Fractures, Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons (JAAOS), 2023.

Pseudarthrose du scaphoïde
Présentation

La pseudarthrose désigne l'absence de consolidation d'une fracture, ici du scaphoïde, généralement plusieurs mois après le traumatisme initial. Elle survient le plus souvent lorsque la fracture n'a pas été diagnostiquée à temps ou pas suffisamment immobilisée, en raison de la vascularisation particulière et fragile de cet os.

Symptômes

Douleur chronique du poignet, souvent intermittente, diminution de la force de préhension et de la mobilité. Certaines pseudarthroses restent longtemps peu douloureuses, ce qui retarde le diagnostic --- mais elles évoluent presque toujours, à terme, vers une arthrose du poignet (dite « SNAC wrist »).

Diagnostic

Les radiographies standards montrent souvent une ligne de fracture persistante, une sclérose (densification osseuse) ou un kyste au site de fracture au-delà de 6 mois. Le scanner est l'examen clé : il précise la perte de substance osseuse, une éventuelle déformation en « dos de bosse » (humpback), et surtout l'état de vascularisation du fragment proximal, souvent évalué en complément par IRM.

Traitement

Une pseudarthrose du scaphoïde guérit très rarement spontanément et le risque d'évolution vers une arthrose invalidante justifie, dans la grande majorité des cas, un geste chirurgical même en l'absence de douleur importante. Le choix de la technique de greffe dépend essentiellement de la vascularisation du fragment proximal : une greffe osseuse « classique » (non vascularisée), associée à un vissage, suffit lorsque l'os reste bien vascularisé. En revanche, en cas de nécrose du fragment proximal ou après échec d'une première chirurgie, une greffe osseuse vascularisée (prélevée sur le radius selon la technique dite « 1,2-ICSRA », ou greffe libre du condyle fémoral médial avec microchirurgie) est recommandée : une méta-analyse de 2023 confirme un meilleur taux de consolidation avec ces greffes vascularisées dans ces situations difficiles.

Chirurgie

L'intervention comprend un avivement du foyer de pseudarthrose (résection du tissu fibreux interposé), une greffe osseuse comblant la perte de substance, puis une fixation stable par vis. La durée de récupération est plus longue que pour une fracture simple, avec une surveillance rapprochée de la consolidation par scanner.

Sources : Vascularised versus non-vascularised bone graft for scaphoid nonunion: Meta-analysis of randomised controlled trials and comparative studies, 2023 ; The Outcome of Scaphoid Fracture Nonunion Managed by 1,2 Intercompartmental Supraretinacular Artery (1,2-ICSRA) Vascularized Bone Graft, 2023.

Disjonction scapho-lunaire (entorse grave du poignet)
Présentation

Le ligament scapho-lunaire relie deux os du poignet, le scaphoïde et le lunatum, et joue un rôle central dans la stabilité du carpe. Sa rupture, appelée disjonction scapho-lunaire, est la forme la plus fréquente d'instabilité du poignet. Elle survient typiquement lors d'une chute sur la main, poignet en extension et légèrement dévié du côté du petit doigt.

Symptômes

Douleur sur le dos du poignet, gonflement, parfois sensation de ressaut ou de claquement, diminution de la force, douleur reproduite par un appui du poignet (par exemple en pompes). Cette lésion est souvent confondue avec une simple entorse et donc sous-diagnostiquée initialement.

Diagnostic

Les radiographies peuvent montrer un élargissement anormal de l'espace entre le scaphoïde et le lunatum (signe dit « de Terry Thomas »), ainsi qu'une bascule du lunatum sur le cliché de profil. Des clichés dynamiques (en contraintes) et surtout l'IRM ou l'arthro-IRM aident à confirmer la lésion. L'arthroscopie du poignet reste l'examen de référence pour les lésions partielles ou de diagnostic incertain, car elle permet une visualisation directe du ligament.

Traitement

Les lésions partielles et stables peuvent être traitées par immobilisation puis rééducation spécifique. Les lésions complètes récentes (moins de 6 semaines) relèvent d'une réparation chirurgicale directe du ligament, associée à une fixation temporaire par broches et parfois un geste de renfort capsulaire. Pour les lésions anciennes (chroniques) ou irréparables, une reconstruction ligamentaire (technique de ténodèse) est proposée si l'articulation reste réductible et sans arthrose ; en cas d'arthrose déjà installée, des interventions dites « de sauvetage » sont nécessaires.

Chirurgie

Selon l'ancienneté et la sévérité de la lésion : réparation ligamentaire arthroscopique ou à ciel ouvert, ténodèse de reconstruction, capsulodèse dorsale. En cas d'évolution vers une arthrose du poignet, des interventions de sauvetage (arthrodèse partielle ou totale du poignet) peuvent être discutées.

Sources : Scapholunate Ligament Injuries, revue PMC/NIH, 2024 ; Scapholunate Ligament Injuries, Journal of Hand Surgery Global Online, 2024.

Lésions du complexe fibro-cartilagineux triangulaire (TFCC)
Présentation

Le TFCC (Triangular FibroCartilage Complex) est un ensemble de ligaments et de cartilage situé du côté du petit doigt (côté ulnaire) du poignet. Il stabilise l'articulation entre le radius et le cubitus et amortit les contraintes lors des mouvements de rotation. Les lésions peuvent être traumatiques (chute, torsion brutale, sports de raquette) ou dégénératives, liées à l'usure progressive avec l'âge.

Symptômes

Douleur du côté du petit doigt du poignet, aggravée par les mouvements de rotation ou de préhension forte (tourner une poignée de porte, jouer au tennis), parfois sensation de craquement ou d'instabilité, gonflement localisé.

Diagnostic

Certains tests cliniques spécifiques (signe de la fossette ulnaire, test de ballottement de l'articulation radio-ulnaire) orientent le diagnostic. L'IRM, idéalement couplée à une injection de produit de contraste (arthro-IRM), précise le siège et le type de lésion. L'arthroscopie du poignet reste l'examen de référence, permettant à la fois de confirmer, de classer (lésions traumatiques ou dégénératives selon la classification de Palmer) et souvent de traiter la lésion dans le même temps.

Traitement

Le traitement de première intention est toujours conservateur : repos, immobilisation par attelle, anti-inflammatoires, rééducation. Une étude de 2020 a montré de bons résultats du traitement conservateur, notamment lorsque l'articulation radio-ulnaire distale reste stable. En cas d'échec après environ 3 mois, ou d'instabilité manifeste de cette articulation, une prise en charge chirurgicale, le plus souvent arthroscopique, est proposée.

Chirurgie

Le geste dépend du type de lésion : les lésions périphériques, mieux vascularisées, sont réparées par suture (technique arthroscopique) ; les lésions centrales, mal vascularisées, sont plutôt régularisées (débridement). En cas d'instabilité de l'articulation radio-ulnaire ou de conflit avec le cubitus (impaction ulnaire), une ostéotomie de raccourcissement du cubitus peut être associée.

Sources : Outcome of conservative treatment for triangular fibrocartilage complex lesions with stable distal radioulnar joint, 2020 ; Arthroscopic algorithm for acute traumatic triangular fibrocartilage complex (TFCC) tears, 2022.

Maladie de Kienböck (ostéonécrose du semi-lunaire)
Présentation

La maladie de Kienböck correspond à une nécrose progressive (ostéonécrose) du lunatum (ou semi-lunaire), un des petits os du carpe. Ses causes exactes restent discutées : elles associent probablement une fragilité vasculaire propre à cet os, une anatomie particulière du poignet (cubitus relativement court, dit « ulna minus »), et des microtraumatismes répétés. Elle touche surtout l'adulte jeune à moyen âge, souvent dans un contexte de travail manuel.

Symptômes

Douleur du poignet d'apparition progressive, raideur, gonflement, diminution de la force de préhension, s'aggravant sur plusieurs mois voire années si la maladie n'est pas prise en charge.

Diagnostic

Aux stades précoces, les radiographies standards peuvent rester normales alors que l'os souffre déjà : l'IRM est alors l'examen clé, montrant un signal anormal de la moelle osseuse traduisant la nécrose débutante. Aux stades plus avancés, les radiographies suffisent à montrer une densification puis un effondrement (collapsus) du lunatum. Cette évolution est classée en quatre stades (classification de Lichtman), qui guident directement le choix thérapeutique.

Traitement

La stratégie dépend du stade de Lichtman et de la longueur relative du cubitus. Aux stades précoces (I-II), l'objectif est de stopper l'évolution : immobilisation et anti-inflammatoires en première intention, ou chirurgie « conservatrice de l'articulation » (ostéotomie de raccourcissement du radius en cas de cubitus court, décompression du lunatum, revascularisation osseuse). Une revue de 2022 souligne l'intérêt d'une prise en charge précoce pour limiter la progression vers les stades avancés. Aux stades avancés (IIIB-IV), avec effondrement carpien et arthrose associée, seules des interventions de sauvetage permettent de soulager la douleur.

Chirurgie

Stades précoces : ostéotomie de raccourcissement radial, greffe osseuse vascularisée, décompression du lunatum sous arthroscopie. Stades avancés : résection de la première rangée des os du carpe, arthrodèse partielle ou totale du poignet, voire exérèse du lunatum avec ou sans implant.

Sources : Recent Advances in Assessment and Treatment in Kienböck's Disease, Journal of Clinical Medicine, 2022 ; Kienböck's disease: preventing disease progression in early-stage disease, 2023.

Arthrose du poignet (SLAC/SNAC wrist)
Présentation

Le SLAC wrist (Scapholunate Advanced Collapse) et le SNAC wrist (Scaphoid Nonunion Advanced Collapse) désignent une arthrose du poignet qui se développe, avec le temps, à la suite d'une lésion négligée du ligament scapho-lunaire ou d'une pseudarthrose du scaphoïde non traitée. C'est la forme la plus fréquente d'arthrose du poignet, et elle suit un schéma d'aggravation très prévisible, articulation par articulation.

Symptômes

Douleur chronique, aggravée par l'activité et le port de charges, raideur progressive, diminution de la force de préhension, gonflement, sensation de grincement (crépitations), perte progressive de mobilité.

Diagnostic

Les radiographies standards suffisent le plus souvent au diagnostic : elles montrent un pincement articulaire qui débute toujours entre le scaphoïde et le radius, puis s'étend, tout en épargnant longtemps l'articulation entre le radius et le lunatum --- une particularité qui explique les stratégies chirurgicales dites « conservatrices ». Le scanner aide à planifier précisément une intervention.

Traitement

Le traitement débute toujours par des mesures conservatrices : attelle, anti-inflammatoires, adaptation des activités, infiltrations de corticoïdes. La dénervation du poignet (section chirurgicale sélective des petits nerfs sensitifs transmettant la douleur, sans toucher à l'articulation elle-même) est une option intéressante pour soulager la douleur tout en préservant la mobilité ; une enquête de 2023 menée auprès des membres de l'American Society for Surgery of the Hand confirme son usage répandu, seule ou associée à d'autres gestes, notamment aux stades précoces à modérés.

Chirurgie

Aux stades précoces (arthrose limitée à l'articulation radio-scaphoïdienne, articulation radio-lunaire encore saine) : résection de la première rangée des os du carpe, ou ablation du scaphoïde associée à une fusion des quatre os restants (arthrodèse des quatre coins). Aux stades avancés (arthrose touchant tout le poignet) : arthrodèse totale du poignet, ou, chez certains patients à faible demande fonctionnelle, prothèse totale de poignet.

Sources : Use of Wrist Denervation in the Treatment of SLAC and SNAC Wrist by ASSH Members, 2023 ; StatPearls, Scapholunate Advanced Collapse, National Center for Biotechnology Information.

Instabilité chronique du poignet
Présentation

L'instabilité chronique du poignet regroupe l'ensemble des situations où les petits os du carpe ne conservent plus une position et un mouvement normaux les uns par rapport aux autres, en raison d'une lésion ligamentaire ancienne, méconnue ou insuffisamment traitée (ligament scapho-lunaire, ligament luno-triquétral, ou instabilité dite « médio-carpienne »). On parle d'instabilité « chronique » lorsque la situation persiste au-delà de quelques semaines à quelques mois après le traumatisme initial.

Symptômes

Douleurs répétées, sensation d'instabilité ou de « ressaut » du poignet, en particulier lors de certains mouvements ou d'un appui, faiblesse, gonflement intermittent, appréhension à utiliser le poignet pour des efforts en charge.

Diagnostic

L'interrogatoire précis (circonstances du traumatisme initial, délai d'évolution) est essentiel. Des tests cliniques dynamiques spécifiques orientent vers le type d'instabilité. Des radiographies dynamiques (en contrainte), une IRM ou arthro-IRM, et surtout l'arthroscopie diagnostique du poignet --- considérée comme l'examen de référence --- permettent de confirmer le diagnostic et d'évaluer précisément l'état des ligaments.

Traitement

La prise en charge dépend du type d'instabilité, de son ancienneté et de sa réductibilité. Un traitement conservateur est proposé en première intention dans de nombreux cas, en particulier pour l'instabilité médio-carpienne : adaptation des activités, immobilisation temporaire, rééducation proprioceptive spécifique du poignet ; une revue de 2023 rapporte des résultats souvent satisfaisants avec cette approche rééducative de première ligne. En cas d'échec, ou d'instabilité clairement d'origine ligamentaire structurelle, une chirurgie adaptée au type précis d'instabilité est discutée.

Chirurgie

Selon le type d'instabilité : réparation ou reconstruction ligamentaire (ténodèse) pour une instabilité scapho-lunaire ou luno-triquétrale, capsulodèse ou arthrodèse médio-carpienne pour une instabilité médio-carpienne, arthrodèse partielle ou totale du poignet en cas d'instabilité fixée ou d'arthrose déjà installée.

Sources : StatPearls, Wrist Instability, National Center for Biotechnology Information ; Wrist arthroscopy for diagnosis and treatment of acute and chronic conditions, 2022 ; Palmar midcarpal instability: a narrative review of the literature, 2023.

Coude

Pathologies du coude

Épicondylite latérale (tennis elbow)
Présentation

L'épicondylite latérale, plus connue sous le nom de « tennis elbow », correspond à une atteinte des tendons qui s'attachent sur l'épicondyle latéral, ce petit relief osseux situé sur la face externe du coude. Ce sont surtout les tendons extenseurs du poignet et des doigts (en particulier le tendon du muscle court extenseur radial du carpe) qui sont concernés. Contrairement à ce que le nom suggère, cette pathologie touche rarement les joueurs de tennis : elle résulte le plus souvent de gestes répétitifs du poignet (bricolage, informatique, activités manuelles) qui entraînent de micro-lésions du tendon, à un stade que l'on qualifie de « tendinopathie » plutôt que de véritable inflammation.

Symptômes

Le symptôme principal est une douleur localisée sur la face externe du coude, qui peut irradier vers l'avant-bras. Elle est déclenchée ou aggravée par la préhension (serrer la main, porter un objet), l'extension du poignet contre résistance ou les mouvements de vissage. La douleur s'installe progressivement et peut, dans les formes évoluées, gêner des gestes simples de la vie quotidienne comme soulever une tasse.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : la douleur reproduite à la palpation de l'épicondyle et lors de tests spécifiques (extension résistée du poignet ou du majeur) suffit généralement. Une échographie ou une IRM peuvent être demandées en cas de doute ou de résistance au traitement, pour confirmer l'atteinte tendineuse et éliminer d'autres causes (atteinte du nerf radial, arthrose).

Traitement

Le traitement est presque toujours conservateur en première intention. Les recommandations de pratique clinique récentes (Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2022) insistent sur la rééducation, en particulier les exercices en excentrique et le renforcement progressif, associés si besoin à des orthèses (bracelet de contre-appui). Le repos relatif des gestes déclenchants, les anti-inflammatoires locaux et la modification de l'activité sont également recommandés. Les infiltrations de corticoïdes, longtemps utilisées, sont aujourd'hui plus prudemment proposées car leur bénéfice est surtout à court terme et pourrait desservir l'évolution à moyen terme selon plusieurs revues récentes. Les injections de plasma riche en plaquettes (PRP) sont une option envisagée dans les formes chroniques rebelles, avec des résultats encourageants mais encore hétérogènes dans la littérature.

Chirurgie

La chirurgie n'est envisagée qu'après l'échec d'un traitement conservateur bien conduit pendant 6 à 12 mois, ce qui ne concerne qu'une minorité de patients. Elle consiste à réséquer le tissu tendineux pathologique et à raviver l'insertion osseuse pour favoriser la cicatrisation, par voie classique ou arthroscopique. Les résultats sont généralement très satisfaisants, avec une reprise des activités habituelles dans la grande majorité des cas.

Sources : Academy of Hand and Upper Extremity Physical Therapy & Academy of Orthopaedic Physical Therapy (APTA), Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: Clinical Practice Guidelines, JOSPT, 2022 ; A Literature Review of Lateral Epicondylitis: Diagnosis, Risk Factors, Management and Treatment, PMC, 2025.

Épitrochléite (golfer's elbow / épicondylite médiale)
Présentation

L'épitrochléite, ou épicondylite médiale, est l'équivalent interne de l'épicondylite latérale : elle touche les tendons fléchisseurs du poignet et pronateurs qui s'insèrent sur l'épitrochlée (ou épicondyle médial), sur la face interne du coude. Bien que surnommée « golfer's elbow », elle survient chez de nombreux patients sans lien avec le golf, notamment après des gestes répétés de flexion du poignet ou de préhension forcée (bricolage, musculation, port de charges).

Symptômes

La douleur siège sur la face interne du coude et peut irradier le long de l'avant-bras jusqu'au poignet. Elle est majorée par la flexion du poignet contre résistance, la pronation de l'avant-bras ou la préhension. Un engourdissement ou des fourmillements dans les 4ᵉ et 5ᵉ doigts doivent faire rechercher une atteinte associée du nerf ulnaire (cubital), qui chemine juste à proximité.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve une douleur à la palpation de l'épitrochlée, reproduite par la flexion résistée du poignet. Il est important d'examiner systématiquement le nerf ulnaire pour ne pas méconnaître une compression associée. Une échographie ou une IRM peuvent être utiles en cas de doute diagnostique ou avant un geste chirurgical.

Traitement

Comme pour le tennis elbow, la prise en charge est d'abord conservatrice : repos relatif, glace, anti-inflammatoires, puis surtout rééducation avec étirements et renforcement progressif, en particulier en mode excentrique, dont l'efficacité est bien documentée dans les revues récentes de la littérature (2022-2023). Les orthèses de contre-appui peuvent soulager certains patients. Les infiltrations de corticoïdes sont possibles mais réservées aux formes très douloureuses, en raison d'un bénéfice limité dans le temps et d'un risque, en cas d'injections répétées, de fragiliser le tendon. La grande majorité des patients guérissent avec ce traitement conservateur en quelques mois.

Chirurgie

La chirurgie reste exceptionnelle et n'est proposée qu'après échec d'un traitement bien conduit sur une durée prolongée (généralement 6 à 12 mois). Elle consiste à retirer le tissu tendineux pathologique et à stimuler la cicatrisation de l'insertion tendineuse. Lorsqu'une compression du nerf ulnaire coexiste, celle-ci est traitée dans le même temps opératoire. Les suites sont le plus souvent simples, avec une reprise progressive des activités.

Sources : Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview, revue clinique, 2023 ; Medial epicondylitis: evaluation and management, revue de synthèse (PubMed).

Syndrome du tunnel cubital au coude (compression du nerf ulnaire)
Présentation

Le syndrome du tunnel cubital résulte d'une compression du nerf ulnaire (autrefois appelé nerf cubital) au niveau du coude, à l'endroit où il passe dans un canal étroit derrière l'épitrochlée, communément appelé le « nerf du petit doigt ». C'est la deuxième neuropathie de compression la plus fréquente du membre supérieur après le syndrome du canal carpien. Elle peut être favorisée par une flexion prolongée du coude (téléphone, sommeil), un appui répété sur le coude, une arthrose ou un antécédent traumatique local.

Symptômes

Les patients décrivent des fourmillements et un engourdissement touchant le 4ᵉ et le 5ᵉ doigt, souvent majorés la nuit ou lors de la flexion prolongée du coude. Avec le temps peuvent apparaître une maladresse de la main, une perte de force de préhension et, dans les formes évoluées, une fonte musculaire visible entre les doigts (les muscles interosseux).

Diagnostic

L'examen clinique recherche un signe de Tinel (fourmillements provoqués par la percussion du nerf au coude) et un test de flexion du coude prolongée reproduisant les symptômes. Un électromyogramme (EMG) est l'examen de référence pour confirmer l'atteinte du nerf, en préciser la sévérité et éliminer une autre origine (atteinte cervicale notamment). Une échographie peut compléter le bilan pour rechercher une cause locale (kyste, subluxation du nerf).

Traitement

Dans les formes légères à modérées, le traitement conservateur est recommandé en première intention : modification des postures, port d'une attelle nocturne maintenant le coude en légère extension, et éducation du patient pour limiter l'appui et la flexion prolongée. Les revues récentes (2022-2024) confirment qu'une proportion significative des formes débutantes s'améliore avec ces mesures simples, sans qu'il soit démontré de bénéfice net des infiltrations de corticoïdes dans cette indication.

Chirurgie

Lorsque les symptômes persistent malgré le traitement conservateur, ou d'emblée en cas de déficit moteur ou de fonte musculaire, la chirurgie est indiquée. Elle consiste le plus souvent en une simple libération du nerf au niveau du tunnel cubital (neurolyse in situ), parfois associée à une transposition du nerf en avant du coude dans les formes plus sévères ou récidivantes. Les travaux récents soulignent que les deux techniques donnent des résultats comparables dans la majorité des cas. La récupération sensitive est généralement bonne ; la récupération de la force, quand un déficit préexistait, peut être plus lente et parfois incomplète, d'où l'intérêt de ne pas attendre trop longtemps avant d'opérer.

Sources : Modern Treatment of Cubital Tunnel Syndrome: Evidence and Controversy, Journal of Hand Surgery Global Online, 2022 ; From Conservative Measures to Surgical Interventions, Treatment Approaches for Cubital Tunnel Syndrome: A Comprehensive Review, Cureus, 2023.

Arthrose du coude
Présentation

L'arthrose du coude correspond à une usure progressive du cartilage qui recouvre les surfaces articulaires. Elle est moins fréquente que l'arthrose de la hanche ou du genou, car le coude est une articulation peu porteuse, mais elle touche préférentiellement les hommes exposés à des activités manuelles lourdes et répétées, les sportifs (lanceurs, haltérophiles) ou les patients ayant des antécédents de traumatisme du coude (fracture, luxation).

Symptômes

La douleur est le symptôme le plus fréquent, souvent en fin de mouvement (extension ou flexion complète). Un signe très évocateur est la sensation de blocage ou d'accrochage, liée à la présence de fragments cartilagineux ou osseux libres dans l'articulation (« souris articulaires »). Une raideur progressive s'installe également, avec une perte de mobilité qui peut gêner des gestes simples comme porter une charge à hauteur du visage.

Diagnostic

Les radiographies standards permettent de visualiser le pincement articulaire, les ostéophytes et d'éventuels corps étrangers intra-articulaires. Un scanner peut être demandé pour mieux cartographier ces lésions avant une éventuelle chirurgie.

Traitement

Le traitement initial est conservateur : adaptation des activités, kinésithérapie douce pour préserver la mobilité, antalgiques et anti-inflammatoires lors des poussées douloureuses. Les infiltrations peuvent apporter un soulagement temporaire. Les études récentes portant sur la prise en charge chirurgicale conservatrice de l'articulation (2022-2023) montrent que le débridement arthroscopique --- nettoyage de l'articulation, ablation des corps libres et des ostéophytes --- apporte une amélioration durable de la mobilité et de la douleur chez des patients bien sélectionnés, en particulier lorsque le cartilage reste globalement préservé.

Chirurgie

Lorsque le traitement conservateur ne suffit plus, l'arthroscopie du coude (débridement, ablation des corps libres, ostéophytectomie) est le geste de référence dans les formes modérées, avec de bons résultats fonctionnels rapportés à moyen terme dans la littérature récente. Dans les formes très évoluées avec destruction cartilagineuse importante, en particulier chez les patients plus âgés et moins actifs, une prothèse totale du coude peut être discutée.

Sources : Midterm outcomes and survivorship of arthroscopic elbow debridement: a comparison of posttraumatic versus primary degenerative osteoarthritis, PubMed, 2022 ; Elbow Arthritis, revue de synthèse, PubMed, 2023.

Instabilité et luxation du coude
Présentation

Le coude est, après l'épaule, l'articulation la plus fréquemment concernée par les luxations chez l'adulte. Une luxation survient le plus souvent lors d'une chute sur la main, bras tendu, qui provoque un déplacement anormal des surfaces articulaires entre l'humérus, le radius et le cubitus. Selon la violence du traumatisme, elle peut être « simple » (sans fracture associée) ou « complexe » (associée à une ou plusieurs fractures), et peut, dans certains cas, laisser une instabilité résiduelle chronique.

Symptômes

Au moment de la luxation, la douleur est intense, le coude apparaît déformé et impossible à mobiliser. Après réduction (remise en place), la douleur diminue mais une sensation d'appréhension, d'instabilité ou de dérobement du coude peut persister, en particulier lors de certains mouvements, signant une instabilité chronique.

Diagnostic

Des radiographies sont systématiques avant et après réduction pour confirmer le bon repositionnement et rechercher une fracture associée (tête radiale, coroné). Un scanner est souvent nécessaire dans les formes complexes pour analyser précisément les fractures. Une IRM peut être utile pour évaluer l'état des ligaments, notamment le ligament collatéral latéral, principal stabilisateur du coude.

Traitement

Une luxation simple, sans fracture, est réduite en urgence puis traitée par immobilisation courte suivie d'une mobilisation précoce et d'une rééducation progressive, cette prise en charge fonctionnelle précoce étant associée, selon les revues systématiques et consensus récents (2023-2024), à de meilleurs résultats qu'une immobilisation prolongée, qui expose à la raideur. La surveillance de la stabilité pendant la rééducation est essentielle.

Chirurgie

Une réparation chirurgicale est indiquée en cas de luxation complexe avec fractures associées, ou en cas d'instabilité persistante malgré la réduction, avec réparation des ligaments et fixation des fractures. Dans les formes d'instabilité chronique ou de luxations récidivantes, une reconstruction ligamentaire (parfois à l'aide d'un greffon tendineux) est proposée, éventuellement associée à un dispositif de stabilisation interne temporaire dans les cas les plus complexes.

Sources : Conservative and surgical management of simple elbow dislocations: SMDA-SEC consensus and guidelines, Orthopedic Reviews, 2024 ; Does an Internal Joint Stabilizer and Standardized Protocol Prevent Recurrent Instability in Complex Persistent Elbow Instability?, PMC, 2022.

Fracture de la tête radiale
Présentation

La fracture de la tête radiale est la fracture du coude la plus fréquente chez l'adulte. Elle survient typiquement lors d'une chute sur la main, bras tendu, la tête du radius venant heurter le condyle huméral. Elle est classée selon la classification de Mason en trois (ou quatre) types, du simple trait de fracture non déplacé (type I) à la fracture très fragmentée avec luxation associée (type III/IV), cette classification guidant directement le choix du traitement.

Symptômes

La douleur siège sur la face externe du coude, majorée par la pronation et la supination de l'avant-bras (mouvements de rotation, comme tourner une clé). Un gonflement et une limitation de la mobilité, en particulier de l'extension complète, sont fréquents. Un blocage mécanique peut évoquer un fragment osseux déplacé gênant le mouvement.

Diagnostic

Le diagnostic repose sur des radiographies du coude de face et de profil, parfois complétées par des incidences spécifiques si la fracture est peu visible. Un scanner est utile dans les fractures complexes ou fragmentées pour mieux planifier la prise en charge.

Traitement

Les fractures non déplacées ou peu déplacées (Mason I, et une large part des Mason II selon les études les plus récentes) relèvent d'un traitement fonctionnel : brève immobilisation antalgique puis mobilisation précoce, sans chirurgie. Une étude récente (2025) confirme que la majorité des fractures de type II peuvent être prises en charge sans opération, avec de bons résultats fonctionnels, à condition qu'il n'existe pas de blocage mécanique franc ni d'instabilité associée. La mobilisation précoce est un facteur clé pour éviter l'enraidissement, complication classique de cette fracture.

Chirurgie

La chirurgie est réservée aux fractures déplacées avec blocage mécanique, aux fractures très fragmentées ou associées à une instabilité du coude. Selon le degré de fragmentation, elle consiste soit en une ostéosynthèse (vis, plaque) pour fixer les fragments, soit, lorsque la tête radiale n'est pas réparable, en son remplacement par une prothèse de tête radiale. Le choix technique et la rééducation postopératoire précoce sont déterminants pour limiter le risque de raideur.

Sources : Most Mason Type 2 Radial Head Fractures Can Be Managed Nonoperatively, PubMed, 2025 ; Radial Head Fractures, StatPearls, NCBI Bookshelf.

Bursite olécrânienne
Présentation

La bursite olécrânienne est une inflammation de la bourse séreuse qui recouvre la pointe du coude (l'olécrâne). Cette petite poche remplie de liquide sert normalement d'amortisseur contre les frottements et appuis répétés. Elle peut s'enflammer suite à un traumatisme direct, des appuis répétés et prolongés sur le coude (d'où le surnom de « coude du bricoleur » ou « bursite d'étudiant »), ou une infection lorsque des germes y pénètrent, notamment à travers une petite plaie cutanée.

Symptômes

Le signe le plus visible est un gonflement arrondi, parfois volumineux, à la pointe du coude, qui peut être indolore au repos mais gênant dans les mouvements. Lorsque la bursite est d'origine infectieuse (bursite « septique »), la zone devient rouge, chaude et douloureuse, avec parfois de la fièvre : il s'agit alors d'une urgence médicale nécessitant une prise en charge rapide.

Diagnostic

Le diagnostic est le plus souvent clinique. En cas de doute sur une origine infectieuse, une ponction du liquide de la bourse est réalisée pour l'analyser (recherche de germes, cristaux) et orienter le traitement.

Traitement

Dans les formes non infectieuses, le traitement repose sur la protection du coude (coudière), le repos et les anti-inflammatoires ; la ponction évacuatrice du liquide peut soulager rapidement, parfois associée à une infiltration de corticoïdes dans les formes chroniques non infectieuses. En cas de bursite infectieuse, une antibiothérapie est indispensable. Une étude récente (2022) montre qu'une antibiothérapie empirique bien conduite peut être efficace même sans ponction systématique dans certaines situations, mais la ponction reste largement recommandée dès que le diagnostic infectieux est suspecté.

Chirurgie

La chirurgie n'est nécessaire que dans une minorité de cas : bursites infectieuses ne répondant pas à l'antibiothérapie, ou bursites chroniques récidivantes malgré les traitements répétés. Elle consiste alors à retirer la bourse (bursectomie), parfois associée à un drainage prolongé dans les formes infectieuses sévères. Les suites sont généralement simples, avec une bonne récupération de la mobilité du coude.

Sources : Efficacy of empiric antibiotic management of septic olecranon bursitis without bursal aspiration in emergency department patients, Academic Emergency Medicine, 2022 ; Olecranon Bursa Aspiration, StatPearls, NCBI Bookshelf.

Rupture du tendon distal du biceps
Présentation

Le tendon distal du biceps relie le muscle biceps brachial à l'avant-bras, au niveau du radius. Sa rupture survient typiquement chez l'homme d'âge moyen (40-60 ans), lors d'un effort brusque avec le coude fléchi contre résistance (par exemple en soulevant une charge lourde de façon inattendue). Le tabagisme et certains traitements (corticoïdes, certains antibiotiques) sont des facteurs favorisants reconnus.

Symptômes

La rupture s'accompagne typiquement d'une douleur vive et brutale au pli du coude, parfois d'un craquement ressenti par le patient, suivie d'un hématome au niveau de l'avant-bras. On observe souvent une déformation caractéristique du biceps, qui se rétracte vers le haut du bras (signe du « Popeye inversé »). La force de flexion du coude et surtout de supination (mouvement de rotation de l'avant-bras, comme pour tourner une poignée de porte) est nettement diminuée.

Diagnostic

L'examen clinique est souvent très évocateur, notamment grâce au test du « hook » (crochet), qui consiste à essayer d'accrocher le tendon avec un doigt sous la peau : son absence signe la rupture complète. Une IRM confirme le diagnostic, précise si la rupture est complète ou partielle, et évalue la rétraction du tendon.

Traitement

Chez un patient jeune ou actif, la réparation chirurgicale précoce est le traitement de référence, les études récentes (2022-2023) confirmant sa supériorité en termes de récupération de force par rapport au traitement conservateur, qui expose à une perte de force en supination pouvant atteindre 30 à 40 %. Le traitement conservateur (sans chirurgie) peut néanmoins être discuté chez des patients peu demandeurs sur le plan fonctionnel, ou en cas de contre-indication à l'opération.

Chirurgie

L'intervention consiste à réinsérer le tendon sur le radius, idéalement dans les deux à trois semaines suivant l'accident, avant que le tendon ne se rétracte trop et ne devienne plus difficile à réparer. Les techniques modernes (ancre ou bouton cortical) donnent d'excellents résultats fonctionnels selon les séries récentes, avec un retour à la force normale dans la grande majorité des cas. La rééducation postopératoire est progressive, avec reprise complète des activités, y compris sportives, en général entre 4 et 6 mois.

Sources : Outcomes of distal biceps repair at two-year follow-up, PubMed, 2023 ; Systematic review of distal biceps tendon rupture in athletes: treatment and rehabilitation, PubMed, 2022.

Rupture du tendon du triceps
Présentation

Le tendon du triceps s'insère sur la pointe du coude (l'olécrâne) et assure l'extension du coude. Sa rupture est rare --- c'est la moins fréquente des ruptures tendineuses du membre supérieur --- et survient le plus souvent lors d'une chute avec réception sur la main, coude fléchi, ou lors d'un effort violent en extension contre résistance. Certains facteurs favorisent cette rupture : infiltrations de corticoïdes répétées, certaines maladies systémiques, ou prise d'anabolisants chez les sportifs pratiquant la musculation.

Symptômes

On observe une douleur brutale à l'arrière du coude, parfois un creux ou une dépression palpable au-dessus de l'olécrâne à l'endroit où le tendon s'est rompu, ainsi qu'un hématome. La faiblesse ou l'impossibilité de tendre complètement le coude contre résistance, notamment pour repousser un objet ou se relever en prenant appui sur les mains, est très évocatrice.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve un déficit d'extension active du coude, parfois complet. Une radiographie peut montrer un petit fragment osseux arraché avec le tendon (avulsion). L'IRM ou l'échographie confirment le diagnostic, précisent si la rupture est complète ou partielle et mesurent la rétraction tendineuse.

Traitement

Les ruptures partielles, sans déficit majeur d'extension, peuvent être traitées de façon conservatrice par immobilisation en extension puis rééducation progressive. En revanche, les revues systématiques les plus récentes (2021-2023) sont unanimes : une rupture complète du tendon du triceps chez un patient actif relève d'une réparation chirurgicale, le traitement conservateur exposant à un déficit de force en extension durable et invalidant.

Chirurgie

La réparation chirurgicale, réalisée idéalement dans les semaines suivant l'accident, consiste à réinsérer le tendon sur l'olécrâne à l'aide d'ancres ou de tunnels transosseux, parfois complétée par un renfort selon la qualité du tissu tendineux. Les séries récentes rapportent d'excellents résultats fonctionnels avec un faible taux de complications, et un retour à une extension du coude normale dans la grande majorité des cas. La rééducation est progressive, pour un retour aux activités habituelles en général vers le 4ᵉ à 6ᵉ mois.

Sources : The surgical management of distal triceps tendon ruptures: a systematic review, PubMed, 2021 ; Surgical repair of distal triceps rupture: a systematic review of outcomes and complications, ScienceDirect, 2022.

Épaule

Pathologies de l'épaule

Rupture de la coiffe des rotateurs
Présentation

La coiffe des rotateurs est un ensemble de quatre tendons (sus-épineux, sous-épineux, sous-scapulaire, petit rond) qui entourent l'épaule et permettent de lever et de tourner le bras. Une rupture peut survenir progressivement avec l'usure (tendinopathie dégénérative, souvent après 50 ans) ou brutalement lors d'un traumatisme (chute, effort violent). C'est l'une des causes les plus fréquentes de douleur d'épaule chez l'adulte.

Symptômes

Douleur à la face externe de l'épaule, souvent plus marquée la nuit et lors des mouvements au-dessus de la tête (se coiffer, attraper un objet en hauteur). Une faiblesse du bras peut apparaître, parfois avec une impossibilité brutale de lever le bras (« épaule pseudo-paralytique ») en cas de rupture étendue ou traumatique.

Diagnostic

L'examen clinique recherche des signes spécifiques (tests de force pour chaque tendon). L'échographie et surtout l'IRM confirment la rupture, précisent sa taille, son ancienneté (dégénérescence graisseuse du muscle) et guident la décision thérapeutique.

Traitement

La prise en charge initiale associe repos relatif, antalgiques/anti-inflammatoires, kinésithérapie de renforcement et de recentrage de l'épaule, parfois complétée par une infiltration de corticoïdes. Selon les recommandations actualisées de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS Clinical Practice Guideline, mise à jour 2025), pour les ruptures complètes de petite à moyenne taille, le traitement conservateur (kinésithérapie) et la réparation chirurgicale apportent tous deux une amélioration significative des symptômes, sans supériorité tranchée démontrée dans cette catégorie --- la décision se prend donc au cas par cas, selon l'âge, le niveau d'activité et l'évolution sous rééducation bien conduite. En revanche, pour les ruptures larges, rétractées, ou chez un patient jeune et actif, la réparation chirurgicale est généralement proposée plus précocement afin d'éviter l'aggravation et la dégénérescence musculaire, qui compromettrait les résultats futurs.

Chirurgie

La réparation se fait le plus souvent par arthroscopie (petites incisions, caméra), avec réinsertion du ou des tendons sur l'os à l'aide d'ancres. L'intervention est suivie d'une immobilisation par attelle pendant 4 à 6 semaines puis d'une rééducation progressive sur plusieurs mois. Lorsque la rupture est trop ancienne ou trop étendue pour être réparée, d'autres solutions existent (transferts tendineux, prothèse inversée en cas d'arthrose associée).

Sources : AAOS, Management of Rotator Cuff Injuries — Clinical Practice Guideline, American Academy of Orthopaedic Surgeons, mise à jour 2025 ; Guideline Central, 2025 Updated AAOS Guidelines for Management of Rotator Cuff Injuries, 2025.

Tendinopathie calcifiante de l'épaule
Présentation

Il s'agit du dépôt de cristaux de calcium au sein d'un tendon de la coiffe des rotateurs, le plus souvent le sus-épineux. Sa cause exacte reste mal connue, mais elle touche préférentiellement les femmes entre 30 et 50 ans. Contrairement à une idée reçue, cette calcification n'est pas liée à l'arthrose ni à un excès alimentaire de calcium.

Symptômes

La forme aiguë (dite « en phase de résorption ») provoque une douleur brutale, très intense, parfois invalidante, avec une épaule quasi bloquée. La forme chronique est plus sourde, avec des douleurs mécaniques et nocturnes récurrentes, entrecoupées de poussées.

Diagnostic

La radiographie simple suffit généralement à visualiser la calcification et à en apprécier la taille et la densité. L'échographie permet de la localiser précisément dans le tendon et de guider un éventuel geste. L'IRM n'est utile qu'en cas de doute sur une lésion associée.

Traitement

La grande majorité des calcifications se résorbent spontanément avec le temps, ce qui justifie de toujours privilégier initialement un traitement conservateur : antalgiques, anti-inflammatoires, et infiltration de corticoïdes en cas de poussée aiguë. Une revue publiée dans SICOT-J (2025) sur les options thérapeutiques de la tendinopathie calcifiante confirme cette hiérarchie : le traitement conservateur reste la première ligne, avec un taux de succès de 60 à 80 % dans les formes chroniques. Lorsque la calcification persiste et reste symptomatique, les ondes de choc extracorporelles focalisées bénéficient d'un haut niveau de recommandation, avec des taux de résorption dépassant 80 %. Le lavage-aspiration échoguidé (barbotage), technique mini-invasive réalisée sous anesthésie locale, s'avère supérieur à la simple infiltration de corticoïdes, y compris pour les dépôts volumineux, et peut être associé à des injections de PRP en cas de souffrance tendineuse associée.

Chirurgie

La chirurgie (le plus souvent arthroscopique) n'est envisagée qu'en dernier recours, après au moins 6 mois d'échec des traitements conservateurs et mini-invasifs bien conduits. Elle consiste à retirer directement la calcification et, si besoin, à réparer le tendon. Ses résultats sont comparables à ceux des ondes de choc, pour un coût et un caractère invasif plus importants, ce qui explique qu'elle reste réservée aux formes rebelles.

Sources : Therapeutic options in rotator cuff calcific tendinopathy, SICOT-J, 2025 ; Chronic calcific tendonitis of the rotator cuff: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials comparing operative and nonoperative interventions, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2023.

Capsulite rétractile (épaule gelée)
Présentation

La capsulite rétractile correspond à une inflammation puis à un épaississement et une rétraction de la capsule articulaire de l'épaule, entraînant un enraidissement progressif. Elle touche surtout les personnes entre 40 et 60 ans, plus fréquemment les femmes, les diabétiques et les personnes ayant une pathologie thyroïdienne, mais peut aussi survenir sans cause identifiée.

Symptômes

L'évolution se fait classiquement en trois phases : une phase douloureuse (douleur diffuse, souvent nocturne), une phase d'enraidissement (la douleur diminue mais l'épaule devient très raide, limitant fortement les mouvements actifs et passifs) et une phase de récupération progressive. L'ensemble peut s'étaler sur 12 à 24 mois.

Diagnostic

Le diagnostic est avant tout clinique : limitation globale et symétrique des mouvements actifs et passifs de l'épaule, notamment la rotation externe. L'imagerie sert surtout à éliminer une autre cause de douleur et de raideur (rupture de coiffe, arthrose).

Traitement

La capsulite rétractile guérit spontanément dans la grande majorité des cas, mais ce processus est long, d'où l'intérêt de traitements visant à réduire la douleur et à accélérer la récupération. Une mise à jour des recommandations cliniques publiée en 2021 (PMC) souligne l'intérêt des infiltrations intra-articulaires de corticoïdes en phase douloureuse, associées à une kinésithérapie douce et progressive, en évitant les étirements agressifs pendant la phase inflammatoire. L'hydrodilatation (distension capsulaire par injection de sérum sous contrôle échographique ou radiographique) constitue une option validée par des essais contrôlés randomisés récents et une revue Cochrane, permettant d'accélérer le gain d'amplitude articulaire, en particulier lorsqu'elle est associée à des corticoïdes.

Chirurgie

En cas de raideur persistante malgré 6 à 12 mois de traitement conservateur bien conduit, deux options existent : la mobilisation sous anesthésie générale (manipulation de l'épaule pour rompre les adhérences) et la capsulotomie arthroscopique, qui consiste à sectionner chirurgicalement la capsule rétractée pour libérer l'articulation. Cette dernière est aujourd'hui privilégiée en cas d'échec net des traitements conservateurs, suivie d'une rééducation intensive immédiate.

Sources : Clinical Guidelines in the Management of Frozen Shoulder: An Update!, PMC, 2021 ; Cochrane Library, Hydrodilatation for adhesive capsulitis (frozen shoulder), révision 2023-2024.

Instabilité et luxation de l'épaule
Présentation

L'épaule est l'articulation la plus mobile du corps, ce qui la rend aussi la plus exposée aux luxations (sortie complète de la tête humérale de la glène) ou subluxations (déboîtement partiel). La luxation antérieure est de loin la plus fréquente, souvent après un traumatisme sportif chez le sujet jeune, avec un risque élevé de récidive.

Symptômes

Lors d'un épisode aigu : douleur intense, déformation visible de l'épaule, impossibilité de bouger le bras. Après plusieurs récidives, le patient peut ressentir une simple appréhension ou une sensation d'instabilité lors de certains mouvements (bras en armé du bras, au-dessus de la tête), sans luxation franche.

Diagnostic

La radiographie confirme la luxation initiale et élimine une fracture associée. Le scanner évalue précisément la perte osseuse de la glène et de la tête humérale (lésion de Hill-Sachs), un élément clé pour le choix thérapeutique. L'IRM (ou arthro-IRM) recherche les lésions des tissus mous (labrum, ligaments, coiffe).

Traitement

Après un premier épisode, le traitement initial est une courte immobilisation antalgique suivie d'une rééducation de renforcement musculaire. Le risque de récidive dépend fortement de l'âge (très élevé avant 25 ans) et du niveau sportif. En cas d'instabilité récidivante, la chirurgie est généralement recommandée. Le choix technique repose essentiellement sur l'importance de la perte osseuse glénoïdienne : plusieurs études récentes (Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2022-2023) confirment qu'en deçà d'un seuil dit « critique » (classiquement autour de 20-25 % de perte osseuse), une réparation arthroscopique du labrum (technique de Bankart) est efficace, tandis qu'au-delà de ce seuil, ou en cas de perte osseuse dite « subcritique » avec facteurs de risque associés, une butée osseuse (procédure de Latarjet) offre une meilleure stabilité à long terme.

Chirurgie

La réparation de Bankart arthroscopique refixe le labrum et les ligaments déchirés sur le rebord glénoïdien à l'aide d'ancres. La procédure de Latarjet consiste à transférer un fragment osseux (la coracoïde) avec son tendon sur le bord antérieur de la glène pour combler la perte osseuse et créer un effet de butée supplémentaire. Les deux techniques peuvent être réalisées sous arthroscopie ou à ciel ouvert, suivies d'une immobilisation courte puis d'une rééducation progressive avec reprise du sport encadrée.

Sources : Surgical treatment of shoulder instability in active-duty service members with subcritical glenoid bone loss: Bankart vs. Latarjet, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2022-2023 ; Management of bone loss in anterior shoulder instability, Bone & Joint Journal, 2024.

Arthrose gléno-humérale (omarthrose)
Présentation

L'omarthrose est l'usure du cartilage de l'articulation gléno-humérale (entre la tête de l'humérus et la glène de l'omoplate). Elle peut être primitive (liée à l'âge et à l'usure) ou secondaire à un traumatisme ancien, une instabilité répétée ou une rupture ancienne et étendue de la coiffe des rotateurs (arthropathie à coiffe rompue).

Symptômes

Douleur mécanique de l'épaule, aggravée par l'effort et améliorée au repos, associée à une raideur progressive limitant les mobilités, notamment la rotation externe. Des craquements ou blocages peuvent également être ressentis.

Diagnostic

La radiographie standard suffit le plus souvent à confirmer le diagnostic (pincement articulaire, ostéophytes). Le scanner est utile avant chirurgie pour évaluer précisément la forme de la glène et la qualité osseuse ; l'IRM renseigne sur l'état de la coiffe des rotateurs, élément déterminant pour le choix du type de prothèse.

Traitement

Selon la recommandation de pratique clinique de l'AAOS sur l'arthrose gléno-humérale, ainsi que celle, plus récente, de l'American Physical Therapy Association (2023) consacrée à la kinésithérapie dans cette pathologie, la prise en charge initiale associe antalgiques, anti-inflammatoires, kinésithérapie de maintien des amplitudes et de renforcement musculaire, et infiltrations de corticoïdes (voire d'acide hyaluronique) pour les poussées douloureuses. Ces traitements ne modifient pas l'évolution de l'arthrose mais permettent de retarder la chirurgie et d'améliorer le confort au quotidien.

Chirurgie

Lorsque la douleur et la gêne fonctionnelle deviennent trop importantes malgré un traitement conservateur bien conduit, la prothèse d'épaule est proposée. Deux grands types existent : la prothèse anatomique, qui reproduit l'anatomie normale et nécessite une coiffe des rotateurs fonctionnelle, et la prothèse inversée, indiquée lorsque la coiffe est rompue ou de mauvaise qualité, ou en cas d'usure sévère de la glène. Le choix se fait selon l'état des tendons, la forme osseuse et l'âge du patient, avec des résultats fonctionnels et antalgiques généralement très satisfaisants.

Sources : AAOS, Clinical Practice Guideline: Management of Glenohumeral Joint Osteoarthritis, Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons ; Physical Therapist Management of Glenohumeral Joint Osteoarthritis: A Clinical Practice Guideline from the American Physical Therapy Association, Physical Therapy (Oxford Academic), 2023.

Syndrome de conflit sous-acromial
Présentation

Le conflit (ou « impingement ») sous-acromial correspond à un frottement anormal entre les tendons de la coiffe des rotateurs (et la bourse séreuse qui les protège) et la face inférieure de l'acromion, l'os situé au-dessus de l'épaule. Il peut être favorisé par la forme de l'acromion, un déséquilibre musculaire ou une sur-sollicitation répétée (sports ou métiers avec bras au-dessus de la tête).

Symptômes

Douleur de la face antéro-externe de l'épaule, typiquement déclenchée par l'élévation du bras entre 60° et 120° (arc douloureux), et par les mouvements au-dessus de la tête. La douleur peut irradier vers le bras et perturber le sommeil sur le côté atteint.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve des tests de conflit positifs (manœuvres provoquant la douleur en comprimant les tendons sous l'acromion). L'échographie et l'IRM permettent d'évaluer l'état des tendons de la coiffe et de rechercher une inflammation de la bourse ou une rupture associée.

Traitement

Les revues systématiques comparant traitement conservateur et chirurgical pour ce syndrome (Journal of Shoulder and Elbow Surgery ; revue Cochrane) convergent vers une même conclusion : le traitement conservateur doit toujours être proposé en première intention, sur une durée d'au moins 3 à 6 mois. Il repose sur la kinésithérapie (rééducation de la scapulo-thoracique et renforcement excentrique des tendons), les anti-inflammatoires et, si besoin, une infiltration de corticoïdes sous l'acromion pour calmer une poussée douloureuse. Ces revues soulignent que la chirurgie de décompression n'apporte pas de bénéfice net supérieur à une rééducation bien conduite pour de nombreux patients, ce qui a conduit à resserrer ses indications.

Chirurgie

En cas d'échec persistant du traitement conservateur bien mené, une acromioplastie arthroscopique peut être proposée : elle consiste à retirer les becs osseux ou l'excès d'os sous l'acromion pour libérer l'espace de passage des tendons, associée à un nettoyage de la bourse inflammatoire. Ce geste, mini-invasif, est aujourd'hui réservé aux formes rebelles avec un conflit anatomique clairement démontré.

Sources : Conservative or surgical treatment for subacromial impingement syndrome? A systematic review, Journal of Shoulder and Elbow Surgery ; Cochrane Corner, Impingement of the rotator cuff, 2020 (mise à jour de synthèse consultée en 2023).

Lésion SLAP (lésion du bourrelet glénoïdien supérieur)
Présentation

Le terme SLAP (Superior Labrum Anterior to Posterior) désigne une lésion du bourrelet (labrum) situé sur la partie supérieure de la glène, à l'endroit où s'attache le tendon du biceps. Elle survient souvent chez le sportif pratiquant des gestes répétés du bras au-dessus de la tête (lancer, natation, tennis) ou après un traumatisme (chute sur le bras tendu).

Symptômes

Douleur profonde de l'épaule, parfois associée à des sensations de craquement, d'accrochage ou d'instabilité, en particulier lors des mouvements de lancer ou d'armé du bras. La force et la précision du geste sportif peuvent être diminuées.

Diagnostic

L'examen clinique comporte des tests spécifiques du labrum supérieur et du biceps, mais leur fiabilité reste limitée. L'arthro-IRM (IRM avec injection intra-articulaire de produit de contraste) est l'examen de référence pour visualiser précisément ce type de lésion.

Traitement

La première étape reste toujours conservatrice : repos sportif relatif, kinésithérapie de rééquilibrage musculaire de l'épaule et de la scapula, anti-inflammatoires. De nombreux patients, notamment en dehors du sport de haut niveau, s'améliorent ainsi sans chirurgie. Lorsque la gêne persiste malgré une rééducation adaptée, une prise en charge chirurgicale peut être discutée.

Chirurgie

Deux options existent : la réparation directe du labrum par arthroscopie (réinsertion à l'aide d'ancres) et la ténodèse du biceps (fixation du tendon du biceps plus bas, en dehors de l'articulation). Plusieurs travaux récents (dont une analyse comparative appariée publiée dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery en 2024) montrent que la réparation directe est associée à un taux plus élevé de reprises chirurgicales et de diagnostics ultérieurs de coiffe des rotateurs, en particulier chez les patients de plus de 35-40 ans. C'est pourquoi la ténodèse du biceps est de plus en plus souvent privilégiée chez ces patients, la réparation du labrum restant réservée aux sportifs jeunes avec une lésion isolée bien caractérisée.

Sources : Superior labrum anterior to posterior (SLAP) repair is associated with increased rate of subsequent rotator cuff diagnoses and revision surgery: a propensity-matched comparison, Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2024 ; Surgical Treatment of Superior Labral/Biceps Pathology in the Overhead Thrower, PubMed, 2023.

Arthropathie acromio-claviculaire
Présentation

L'articulation acromio-claviculaire relie l'extrémité externe de la clavicule à l'acromion, au sommet de l'épaule. Elle peut s'user avec le temps (arthrose), notamment après une pratique sportive intensive (musculation, sports de contact) ou une ancienne entorse/luxation de cette articulation.

Symptômes

Douleur localisée au sommet de l'épaule, augmentée par les mouvements croisant le bras devant le corps (par exemple attraper la ceinture de sécurité) ou en position extrême d'élévation. Une petite tuméfaction ou une saillie osseuse peut parfois être palpée à cet endroit.

Diagnostic

L'examen clinique retrouve une douleur à la palpation directe de l'articulation et lors du test d'adduction croisée du bras. La radiographie confirme le pincement articulaire et les remaniements osseux ; une infiltration test à visée diagnostique (anesthésique local) permet de confirmer que la douleur provient bien de cette articulation.

Traitement

Une revue systématique consacrée au traitement de l'arthrose primitive acromio-claviculaire (Journal of Orthopaedic Surgery, 2024) confirme la place du traitement conservateur en première intention : repos relatif, anti-inflammatoires, kinésithérapie et infiltrations locales de corticoïdes, avec un bon taux de succès pour les formes modérées.

Chirurgie

En cas de douleur persistante malgré un traitement conservateur bien conduit, une résection de l'extrémité distale de la clavicule (quelques millimètres à un centimètre) peut être réalisée, le plus souvent par arthroscopie. Ce geste supprime le contact douloureux entre les deux os sans compromettre la stabilité de l'épaule, avec une récupération habituellement rapide et de bons résultats fonctionnels.

Sources : A systematic review of the treatment of primary acromioclavicular joint osteoarthritis, Journal of Orthopaedic Surgery, 2024 ; Arthroscopic Distal Clavicle and Medial Border of Acromion Resection for Symptomatic Acromioclavicular Joint Osteoarthritis, PMC, 2017.

Fracture de la clavicule
Présentation

La clavicule est l'os le plus fréquemment fracturé du corps humain, le plus souvent au niveau de son tiers moyen, à la suite d'une chute sur l'épaule ou sur la main, d'un accident de vélo ou de sport de contact. Elle touche particulièrement l'adulte jeune et sportif.

Symptômes

Douleur vive et immédiate, déformation ou saillie visible sous la peau, impossibilité de lever le bras, parfois ecchymose locale. Le bras est spontanément maintenu collé au corps par le patient.

Diagnostic

La radiographie standard de la clavicule suffit dans la grande majorité des cas à confirmer la fracture, à préciser sa localisation, son déplacement et son raccourcissement, éléments déterminants pour le choix thérapeutique.

Traitement

Pour les fractures du tiers moyen de la clavicule, une revue systématique publiée dans EFORT Open Reviews (2025-2026) comparant traitement conservateur et chirurgical confirme que la grande majorité des fractures peu ou pas déplacées guérissent bien avec un traitement fonctionnel simple : écharpe ou anneaux claviculaires quelques semaines, antalgiques, puis rééducation progressive de l'épaule dès la disparition de la douleur aiguë. Ce traitement reste la référence pour la majorité des patients.

Chirurgie

Le traitement chirurgical (ostéosynthèse par plaque vissée) est réservé aux fractures significativement déplacées ou raccourcies (au-delà de 2 cm), aux fractures ouvertes, à celles menaçant la peau ou associées à une atteinte vasculo-nerveuse, ainsi que chez certains patients jeunes et très actifs ou sportifs de haut niveau souhaitant une récupération plus rapide et prévisible. La revue EFORT souligne que si la chirurgie peut réduire le risque de pseudarthrose et améliorer certains scores fonctionnels précoces dans les fractures déplacées, le bénéfice doit toujours être mis en balance avec les risques propres à l'intervention.

Sources : Conservative vs surgical treatment of midshaft clavicular fractures: a systematic review, EFORT Open Reviews, 2025-2026 ; StatPearls, Clavicle Fracture, NCBI Bookshelf, mise à jour 2023.

Fracture de l'humérus proximal
Présentation

La fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus (partie haute de l'os du bras, proche de l'épaule) survient le plus souvent chez la personne âgée à l'occasion d'une chute de sa hauteur (os fragilisé par l'ostéoporose), ou chez le sujet jeune lors d'un traumatisme à haute énergie.

Symptômes

Douleur intense de l'épaule et du bras, gonflement rapide, ecchymose pouvant s'étendre jusqu'au thorax ou au coude, impotence fonctionnelle quasi totale du bras.

Diagnostic

La radiographie standard confirme la fracture et permet une première classification selon le nombre de fragments osseux déplacés. Un scanner est souvent réalisé en complément pour analyser précisément la configuration de la fracture avant de décider d'une éventuelle chirurgie.

Traitement

Plusieurs revues narratives récentes (2024-2025) sur la prise en charge des fractures de l'humérus proximal, en particulier chez le sujet âgé, confirment que le traitement conservateur (immobilisation par écharpe, sans réduction ni chirurgie) reste la référence pour la grande majorité des fractures peu ou pas déplacées, y compris certaines fractures à plusieurs fragments chez les patients âgés à faible demande fonctionnelle, avec une rééducation précoce et progressive dès que la douleur le permet.

Chirurgie

La chirurgie est envisagée pour les fractures significativement déplacées, instables ou touchant des patients jeunes et actifs, avec plusieurs options : ostéosynthèse par plaque et vis, embrochage pour certaines formes simples, ou remplacement prothétique (prothèse anatomique ou, plus souvent aujourd'hui pour les fractures complexes à 3-4 fragments chez le sujet âgé, prothèse inversée d'épaule) lorsque la reconstruction n'est pas fiable. Une méta-analyse récente comparant traitement conservateur et prothèse inversée dans les fractures à 3-4 fragments confirme l'intérêt de cette dernière pour restaurer rapidement une fonction fiable dans les formes les plus complexes.

Sources : Management of Proximal Humerus Fractures in Elderly Patients: A Narrative Review, PMC, 2025 ; Non-operative versus reverse shoulder arthroplasty for the treatment of 3- or 4-part proximal humeral fractures: A systematic review and meta-analysis, PMC, 2025 ; Conservative Treatment of Proximal Humerus Fractures: When, How, and What to Expect, Current Reviews in Musculoskeletal Medicine, 2022.

Nerfs proximaux et plexus brachial

Paralysie du nerf radial
Présentation

Le nerf radial commande l'extension du poignet et des doigts, ainsi qu'une partie de la sensibilité du dos de la main. Il chemine tout contre l'os du bras (l'humérus), ce qui le rend particulièrement exposé lors des fractures de cet os ou lors d'une compression prolongée (par exemple un bras resté comprimé pendant un sommeil profond, parfois appelé « paralysie des amoureux »). Sa lésion entraîne une perte de commande des muscles extenseurs, avec un retentissement fonctionnel important sur la main.

Symptômes

Le signe le plus caractéristique est le « poignet tombant » (main pendante) : le patient ne peut plus relever activement le poignet ni tendre les doigts au niveau des articulations de la base. L'extension du pouce est également touchée. Une zone d'engourdissement ou de perte de sensibilité apparaît souvent sur le dos de la main, entre le pouce et l'index. La force de préhension est diminuée car un poignet qui ne peut pas se stabiliser en extension limite l'efficacité des fléchisseurs des doigts.

Diagnostic

L'examen clinique par le chirurgien recherche le déficit moteur typique et la zone sensitive atteinte, et permet souvent d'orienter vers le niveau de la lésion (au bras, au coude ou plus bas). Un électromyogramme (EMG) confirme l'atteinte, précise sa sévérité et permet de suivre son évolution dans le temps. Une imagerie (radiographie en cas de fracture associée, parfois échographie ou IRM du nerf) complète le bilan selon le contexte, notamment traumatique.

Traitement

Lorsque la paralysie fait suite à une compression simple ou à une neurapraxie (atteinte fonctionnelle du nerf sans section), une récupération spontanée est fréquente en quelques semaines à quelques mois, et le traitement repose alors sur une attelle de poignet en extension associée à de la rééducation, avec surveillance clinique et électrique régulière. En cas de plaie ou de fracture avec suspicion de section nerveuse, une exploration chirurgicale est proposée plus précocement. Les données récentes de la littérature comparant les transferts nerveux et les transferts tendineux dans les paralysies radiales irrécupérables montrent que les transferts tendineux offrent souvent une récupération motrice plus rapide et des taux de résultats « excellents » plus élevés, tandis que les transferts nerveux exposent à moins de complications mécaniques ; le choix se fait donc au cas par cas selon le délai, l'âge et les objectifs fonctionnels du patient.

Chirurgie

Deux grandes stratégies existent. Le transfert tendineux consiste à réorienter un tendon fonctionnel voisin pour restaurer l'extension du poignet et des doigts ; il est proposé notamment quand la récupération nerveuse spontanée n'a pas eu lieu après plusieurs mois ou lorsque la lésion est jugée irrécupérable. Le transfert nerveux consiste à brancher un nerf ou une branche nerveuse fonctionnelle sur le nerf radial ou ses branches motrices, idéalement dans les premiers mois suivant la lésion, tant que les muscles cibles restent stimulables. En cas de section franche identifiée précocement, une suture ou une greffe nerveuse directe reste la première option lorsqu'elle est techniquement possible.

Sources : Alrashidi et al., « Comparative efficacy of nerve transfer versus tendon transfer in radial palsy », systematic review and meta-analysis, 2023 (PubMed) ; Bertelli, « Comparison of nerve versus tendon transfer for radial nerve palsy », 2023 (PubMed).

Paralysie du nerf médian (haute, au bras)
Présentation

Le nerf médian assure la commande de nombreux muscles de l'avant-bras et de la main (flexion des doigts, mouvements du pouce) ainsi que la sensibilité de la paume et des trois premiers doigts. Une atteinte « haute », c'est-à-dire au niveau du bras ou du coude, touche l'ensemble de son territoire moteur et sensitif, contrairement à une atteinte basse (au poignet, comme dans le syndrome du canal carpien) qui n'affecte que les muscles de la main. Les causes principales sont les traumatismes (plaies, fractures du coude), les luxations du coude et plus rarement des compressions.

Symptômes

Le patient perd la capacité de fléchir le pouce et les deux premiers doigts, ce qui se traduit par l'impossibilité de faire un poing complet et par un signe caractéristique appelé « main de prédicateur » ou « main de bénédiction » lors de la tentative de fermeture du poing. La pince entre le pouce et l'index devient impossible. Une perte de sensibilité touche la paume et la face palmaire du pouce, de l'index, du majeur et de la moitié de l'annulaire, avec un risque de blessures ou de brûlures passant inaperçues du fait de l'anesthésie.

Diagnostic

L'examen clinique recherche le déficit moteur et sensitif décrit ci-dessus et localise le niveau probable de l'atteinte. L'EMG est l'examen de référence pour confirmer l'atteinte du nerf médian, préciser son niveau et sa gravité, et suivre la repousse nerveuse dans le temps puisque celle-ci progresse à une vitesse d'environ 1 mm par jour. Une imagerie complémentaire aide à rechercher une cause compressive ou une lésion associée.

Traitement

La prise en charge dépend directement de la cause. Si le nerf est en continuité (pas de section) après un traumatisme fermé, une surveillance clinique et électrique est organisée avec rééducation et attelles adaptées pour prévenir les rétractions, en attendant une éventuelle récupération spontanée. En l'absence de tout signe de récupération après un délai raisonnable (habituellement quelques mois, confirmé par l'EMG), ou d'emblée en cas de plaie franche, une prise en charge chirurgicale est envisagée. Les publications récentes sur les transferts tendineux dans les paralysies hautes du médian confirment leur efficacité pour restaurer la flexion du pouce et des doigts lorsque la récupération nerveuse est absente ou incomplète, y compris avec des techniques modernes réalisées sous anesthésie locale sans garrot, qui permettent de vérifier la tension du transfert pendant l'intervention.

Chirurgie

En cas de section nerveuse identifiée, une suture directe ou une greffe de nerf est réalisée le plus tôt possible, car les chances de récupération motrice diminuent avec le temps écoulé. Lorsque la récupération nerveuse est jugée insuffisante ou trop tardive, des transferts tendineux permettent de redonner une flexion utile du pouce et des doigts en utilisant des muscles sains dont la fonction est réorientée chirurgicalement. Le choix et le nombre de transferts sont adaptés à chaque patient selon les muscles restés fonctionnels.

Sources : Sabapathy et al., « Wide-awake local anesthesia no tourniquet tendon transfers in high median nerve palsy », 2025 (PubMed/PMC) ; Kozin, « Tendon transfers for radial, median, and ulnar nerve palsy », actualisé par la littérature récente (PubMed).

Paralysie du nerf ulnaire (haute, au bras)
Présentation

Le nerf ulnaire (autrefois appelé nerf cubital) commande la plupart des petits muscles de la main (dits « intrinsèques »), essentiels à la dextérité fine, ainsi que la sensibilité de l'auriculaire et de la moitié de l'annulaire. Une atteinte haute, au niveau du coude ou du bras, est souvent liée à un traumatisme (fracture, plaie, luxation du coude) ou à une compression sévère au coude. Elle a des conséquences plus marquées sur la force de la main qu'une atteinte basse au poignet.

Symptômes

Le tableau associe une griffe des doigts (déformation en flexion des deux derniers doigts, dite « griffe ulnaire »), une perte de force pour écarter et rapprocher les doigts, et une pince pouce-index affaiblie qui se traduit par le signe de Froment (le patient fléchit anormalement le pouce pour compenser la faiblesse du muscle adducteur lors d'une pince avec une feuille de papier). Une perte de sensibilité touche le bord interne de la main, l'auriculaire et la moitié de l'annulaire. La dextérité fine est nettement diminuée, ce qui gêne les gestes de la vie quotidienne.

Diagnostic

L'examen clinique recherche la griffe, le signe de Froment et le déficit sensitif caractéristique, et teste la force des muscles intrinsèques un par un. L'EMG confirme l'atteinte du nerf ulnaire, précise son niveau exact et sa sévérité, et permet un suivi objectif de la récupération. Une imagerie recherche une cause compressive, une fracture ou une séquelle de luxation.

Traitement

En l'absence de section nerveuse, une période de surveillance avec rééducation et attelles anti-griffe est proposée, le temps de juger de la récupération spontanée. Si le nerf ne récupère pas de façon satisfaisante après plusieurs mois, ou d'emblée en cas de plaie avec section, une prise en charge chirurgicale est nécessaire. La littérature récente sur les transferts tendineux dans les paralysies ulnaires confirme leur intérêt pour corriger la griffe et restaurer une pince fonctionnelle lorsque la récupération nerveuse est absente ou incomplète.

Chirurgie

Lorsqu'une section est identifiée, la réparation nerveuse (suture ou greffe) est réalisée le plus précocement possible pour maximiser les chances de récupération des muscles intrinsèques. En cas de paralysie installée ou de récupération jugée insuffisante, des transferts tendineux corrigent la griffe des doigts et restaurent une pince pouce-index efficace en utilisant des tendons sains réorientés vers les fonctions déficitaires.

Sources : Kozin, « Tendon transfers for radial, median, and ulnar nerve palsy », Journal of Hand Surgery, 2013 (PubMed) ; revue « Tendon transfer for tardive ulnar nerve palsy », 2017 (PubMed).

Syndrome du défilé thoraco-brachial (thoracic outlet syndrome)
Présentation

Le défilé thoraco-brachial est l'espace étroit situé entre la clavicule, la première côte et les muscles du cou (muscles scalènes), par lequel transitent les nerfs du plexus brachial et les vaisseaux sanguins destinés au bras. Lorsque cet espace est anormalement réduit --- par une côte cervicale surnuméraire, une anomalie musculaire, une mauvaise posture ou un antécédent traumatique --- les structures nerveuses ou vasculaires peuvent être comprimées. La forme la plus fréquente, dite neurogène, touche le plexus brachial ; des formes plus rares touchent la veine ou l'artère sous-clavière.

Symptômes

La forme neurogène se manifeste par des douleurs et des fourmillements du cou, de l'épaule et du bras, souvent déclenchés ou aggravés par certaines positions (bras levé, port de charges, position prolongée). Une faiblesse et un engourdissement peuvent toucher la main, en particulier son bord interne. Dans les formes évoluées, une fonte musculaire de la main peut apparaître, signe de gravité qui doit alerter. Les formes vasculaires se traduisent par un gonflement, une décoloration ou une froideur du bras.

Diagnostic

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique, qui recherche la reproduction des symptômes lors de manœuvres positionnelles spécifiques du bras et de l'épaule. L'EMG aide à confirmer l'atteinte neurologique et à éliminer d'autres diagnostics (syndrome du canal carpien, hernie discale cervicale). Une imagerie du rachis cervical et du défilé (radiographies, échographie-doppler ou angio-scanner/angio-IRM en cas de suspicion vasculaire) complète le bilan.

Traitement

Les recommandations de consensus les plus récentes (groupe de travail international INTOS, et consensus de la Société européenne de neurochirurgie) confirment que le traitement de première intention de la forme neurogène, en l'absence de faiblesse ou de fonte musculaire, est non chirurgical : rééducation spécifique (kinésithérapie ciblée sur la posture et la mobilité du défilé), antalgiques, et parfois infiltrations. Une étude citée dans ce consensus rapporte une amélioration satisfaisante chez environ 27 % des patients après seulement six semaines de rééducation bien conduite. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ce traitement conservateur bien mené, ou d'emblée en cas de déficit moteur ou de fonte musculaire.

Chirurgie

Lorsque l'indication chirurgicale est retenue, l'intervention vise à libérer le défilé en réséquant les structures responsables de la compression (côte cervicale ou première côte surnuméraire, bandelettes fibreuses, muscle scalène). Le consensus européen récent privilégie la voie d'abord sus-claviculaire antérieure, jugée plus sûre et offrant un meilleur accès que la voie transaxillaire historique, tandis que la question de la résection systématique de la première côte reste débattue. La décision opératoire et la technique sont toujours adaptées au sous-type précis du syndrome et à la sévérité clinique.

Sources : Thoracic Outlet Syndrome Part II --- Consensus on the Management of Neurogenic Thoracic Outlet Syndrome, European Association of Neurosurgical Societies (EANS), Neurosurgery, 2023 ; Consensus Recommendations for Neurogenic Thoracic Outlet Syndrome from the INTOS Workgroup, 2024.

Lésions traumatiques du plexus brachial
Présentation

Le plexus brachial est le réseau de nerfs, situé entre le cou et l'aisselle, qui commande l'ensemble du membre supérieur et transmet sa sensibilité. Il peut être lésé lors de traumatismes violents (accidents de moto ou de sport à haute énergie, chutes) qui étirent brutalement le cou et l'épaule dans des directions opposées, ou lors de plaies pénétrantes. La gravité va de l'étirement simple à l'arrachement complet des racines nerveuses au niveau de la moelle épinière, appelé avulsion, qui est la forme la plus sévère.

Symptômes

Le tableau dépend de l'étendue et du niveau de la lésion : il peut s'agir d'une paralysie complète du membre supérieur ou d'une atteinte limitée à certains mouvements. Une perte de sensibilité accompagne généralement le déficit moteur, et des douleurs neuropathiques intenses (décrites comme des brûlures ou des décharges électriques) sont fréquentes, en particulier lors des avulsions. Un signe évocateur d'avulsion est le syndrome de Claude Bernard-Horner (paupière tombante et pupille rétrécie du même côté).

Diagnostic

Le bilan associe un examen clinique neurologique détaillé, testant chaque muscle et chaque territoire sensitif pour localiser précisément le niveau de l'atteinte, et des examens complémentaires indispensables : l'IRM (et parfois le myélo-scanner) pour visualiser l'état des racines nerveuses près de la moelle épinière et différencier une avulsion d'une lésion plus périphérique, et l'EMG, répété à intervalles réguliers, pour suivre l'évolution électrique des nerfs et des muscles. Cette évaluation, souvent renouvelée sur plusieurs semaines, est essentielle pour décider du moment et du type de prise en charge chirurgicale.

Traitement

Une revue récente de la littérature souligne qu'il n'existe pas, à ce jour, de recommandations internationales pleinement consensuelles sur la prise en charge de ces lésions complexes, notamment sur le délai exact d'intervention pour les lésions dites post-ganglionnaires. En revanche, un point fait consensus : les lésions par avulsion des racines (pré-ganglionnaires) relèvent d'une prise en charge chirurgicale précoce, car aucune réparation directe de la racine n'est possible à ce niveau. Pour les autres lésions, une période d'observation clinique et électrique de quelques semaines à quelques mois est souvent proposée afin de documenter une éventuelle récupération spontanée avant de décider d'opérer.

Chirurgie

Selon le type et le niveau de la lésion, plusieurs techniques peuvent être proposées, parfois associées entre elles : la greffe nerveuse, qui comble une perte de substance en utilisant un nerf prélevé ailleurs dans le corps ; le transfert nerveux (ou neurotisation), qui consiste à brancher un nerf sain et moins essentiel sur le nerf paralysé pour lui redonner une fonction, technique de plus en plus utilisée notamment pour restaurer la flexion du coude et certains mouvements de l'épaule ; et, à distance de la lésion initiale ou en complément, des transferts tendineux ou musculaires pour les fonctions qui n'ont pas pu être restaurées par la chirurgie nerveuse. Le choix et la combinaison de ces techniques sont toujours individualisés, en fonction du niveau lésionnel, du délai écoulé et des objectifs fonctionnels prioritaires (le plus souvent la flexion du coude et la stabilité de l'épaule).

Sources : Scoping Review of the Published Guidelines for the Management of Traumatic Brachial Plexus Injuries, Cureus, 2025 (PMC) ; Goubier, Battiston, Casanas, Quick, « Adult traumatic brachial plexus injuries: advances and current updates », Journal of Hand Surgery (European Volume), 2024.

Votre parcours
01

Consultation

Évaluation clinique et diagnostic.

02

Traitement

Une stratégie thérapeutique adaptée à votre situation.

03

Intervention

Lorsque la chirurgie est indiquée, elle est réalisée dans un environnement spécialisé.

04

Suivi

Accompagnement postopératoire et rééducation si nécessaire.

Portrait du Dr Luc Kopel

Chirurgien orthopédique de la main et du membre supérieur

Secteur 2 OPTAM-CO

Ancien Assistant spécialisé à l’Hôpital Européen Georges Pompidou

Langues parlées : 🇫🇷 Français🇬🇧 English🇪🇸 Español

Le chirurgien

« La chirurgie de la main est une chirurgie de précision : chaque geste compte pour redonner de la fonction, pas seulement de la mobilité. »

Diplômé de la Faculté de médecine Paris XII, le Dr Luc Kopel effectue son internat de chirurgie orthopédique à Paris dans plusieurs hôpitaux universitaires — Avicenne, Antoine Béclère, Robert Debré, l'Hôpital Européen Georges Pompidou — avant de compléter sa formation par un fellowship à l'Alps Surgery Institute d'Annecy, auprès du Dr Laurent Lafosse. Il obtient le titre de chirurgien de la main en 2024 et exerce aujourd'hui en Île-de-France, où il prend en charge l'ensemble des pathologies de la main, du poignet, du coude et de l'épaule.

Compétences
  • Microchirurgie
  • Arthroscopie
  • Chirurgie prothétique
  • Chirurgie mini-invasive
Le Dr Luc Kopel et son équipe pendant une intervention chirurgicale
Formation

Internat de chirurgie orthopédique et traumatologique à Paris

  • Faculté de médecine Paris XII
  • Internat de chirurgie orthopédique et traumatologique à Paris
    • Hôpital Avicenne
    • Hôpital Antoine Béclère
    • Hôpital privé de l'Ouest Parisien
    • GH Raincy-Montfermeil
    • Hôpital de Gonesse
    • Hôpital Robert Debré
    • GH La Croix Saint-Simon
    • Hôpital Européen Georges Pompidou
    • Clinique de la Montagne
  • Fellowship, Alps Surgery Institute à Annecy

Parcours professionnel

2021 – 2022

Assistant spécialisé en Chirurgie Orthopédique

Hôpital de Montfermeil.

2022 – 2024

Assistant spécialisé, Service de Chirurgie de la Main

Hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP).

2024 – Aujourd’hui

Chirurgien libéral titulaire

  • Hôpital privé La Montagne-Lambert (associé CCMPO)
  • Clinique du Landy (associé Institut Main Landy)
  • Hôpital privé de Thiais
Le Dr Luc Kopel réalisant une intervention sous microscope opératoire
Diplômes

Titres universitaires

  • Master 1 — Biologie-Santé, Université Paris XII
  • 2018 — DIU Chirurgie de la main
  • 2019 — DU Microchirurgie de Paris, École du Fer à Moulin
  • 2020 — DIU Chirurgie de l'épaule et du coude
  • 2021 — DESC de Chirurgie orthopédique
  • 2021 — Doctorat en médecine, spécialité chirurgie orthopédique
  • 2024 — Titre de chirurgien de la main
Le Dr Luc Kopel réalisant un geste de suture en chirurgie
Titres et travaux

Publications

  • The 360 Double Lasso Loop for Biceps Tenodesis: Tips and Tricks

    Lafosse T, Kopel L, Beckers J, Lafosse L. — Arthroscopy Techniques, 2021

  • Impact of the COronaVIrus Disease 2019 lockdown on hand and upper limb emergencies: experience of a referred university trauma hand centre in Paris, France

    Pichard R, Kopel L, Lejeune Q, Masmoudi R, Masmejean EH. — International Orthopaedics, 2020

  • A pilot-study focusing on internal rotation after reverse total shoulder arthroplasty using the Activities of Daily Living which require Internal Rotation (ADLIR) score

    Beckers JJ, Lafosse L, Caruso G, Kopel L, Commeil P, Mariaux S, Lafosse T. — Shoulder & Elbow, 2022

Communications

  • Reconstruction des amputations pulpaires par lambeau en îlot palmaire bipédiculé dans les doigts longs (une version modifiée du lambeau de Tranquilli-Leali) : une étude multicentrique

    Kopel L — GEM, 2021

  • RCPI + PRC in wrist arthritis stage III & IV: a 35 cases serie

    Kopel L — GEM, 2018

  • Reconstruction de poulies digitales par une nouvelle technique en 8 de chiffre : étude biomécanique et résultats préliminaires

    Kopel L, Le Mapihan M, Jehanno P, Masmejean E. — SOFCOT, 2023

Affiliations

  • Membre de la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT)
  • Membre de la Société Française de Chirurgie de la Main (SFCM)
Informations pratiques Cabinets de consultation

Horaires

Lundi – vendredi
9h–13h & 14h–18h

Conventionnement

Secteur 2 — OPTAM-CO
RPPS 10101802584

Règlement

Carte Vitale et mutuelle acceptées. Pas de tiers payant généralisé.

Langues parlées

Français, anglais, espagnol

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